La plongeuse québécoise Jennifer Abel aborde les Jeux de Tokyo en toute sérénité

Si l’expérience de Rio a fait très mal, entraînant une remise en question, Jennifer Abel n’a jamais songé à ne pas entreprendre un quatrième cycle olympique menant aux Jeux de Tokyo.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Si l’expérience de Rio a fait très mal, entraînant une remise en question, Jennifer Abel n’a jamais songé à ne pas entreprendre un quatrième cycle olympique menant aux Jeux de Tokyo.

À Tokyo, la plongeuse Jennifer Abel sera en mission. De sa pénible expérience des Jeux de Rio où elle a terminé au pied du podium à ses deux épreuves, elle estime avoir beaucoup appris sur elle-même. Et cet apprentissage à la dure lui permet d’aborder sa quatrième aventure olympique avec une attitude bien différente.

Habituée au podium sur la scène internationale, la Lavalloise de 29 ans reconnaît qu’elle a vécu une certaine crise d’identité à son retour de Rio.

« J’ai trouvé ça vraiment difficile de revenir à la maison avec deux quatrièmes places, avoue-t-elle encore aujourd’hui. Car je visais deux médailles. Habituellement, je reviens toujours avec une médaille, que ce soit en synchro ou en individuel.

« Je me demandais qui j’étais si je ne suis pas la Jennifer qui ramène des médailles. C’est certain que ça m’a pris du temps avant d’en tirer un élément positif. Mais aujourd’hui, je n’échangerai pas ces deux quatrièmes places pour une médaille. Car je n’aurais pas fait tout le cheminement que j’ai fait depuis ces dernières années. Et je n’aurais pas la même vision des choses que maintenant », a-t-elle confié.

En fait, les Jeux de Rio lui ont enseigné une importante leçon de vie.

« Je vaux beaucoup plus qu’une médaille olympique, dit-elle en riant. Finir 4e, c’est excellent aussi. Ce n’est pas toujours l’objectif qu’on se fixe, mais je n’ai pas offert une mauvaise performance pour autant. »

Tous les quatre ans, les projecteurs sont braqués sur les athlètes olympiques et, trop souvent, on juge le succès de leur carrière en fonction d’un podium à ce rendez-vous. Si Abel admet que cette vitrine amplifie l’ampleur d’un succès ou d’un échec, l’expérience lui fait dire que ce n’est pas tout.

« C’est certain que pour quelqu’un qui travaille tellement fort et qui gagne une médaille olympique, c’est phénoménal. Après Rio, j’ai toutefois appris à regarder la grande photo de ma carrière au complet et non simplement ma carrière sur trois Jeux olympiques à ce moment-là », a-t-elle expliqué.

Bonne décision

Si l’expérience de Rio a fait très mal, entraînant une remise en question, Abel n’a jamais songé à ne pas entreprendre un quatrième cycle olympique menant aux Jeux de Tokyo.

« Je savais que je n’avais pas tout à fait atteint tous mes objectifs. Mais en même temps, il me fallait savoir si je voulais participer à autant d’épreuves, continuer l’épreuve en synchro ou me concentrer sur l’individuelle. Heureusement, j’ai continué mon parcours dans ces deux épreuves », dit-elle.

Abel et sa nouvelle partenaire Mélissa Citrini-Beaulieu, de quatre ans sa cadette, ont offert une solide performance à la Coupe du monde de Tokyo, en mai dernier, pour s’assurer la médaille d’argent au tremplin de 3 mètres synchro derrière les Chinoises.

Pour la médaillée de bronze en synchro des Jeux de Londres en 2012 en compagnie d’Émilie Heymans, ce résultat a confirmé le bien-fondé de sa décision de poursuivre en synchro.

« C’est ce que j’avais besoin en 2016, après Rio. Mélissa, c’est une belle fleur qui est en train de fleurir d’une façon magnifique. Toutes les deux, nous avons la même éthique de travail. C’est vraiment plaisant d’avoir quelqu’un à ses côtés qui travaille aussi fort, qui poursuit les mêmes objectifs », résume-t-elle.

Barres très hautes

Si Abel a mûri depuis sa participation aux Jeux de Pékin en 2008 à l’âge de 16 ans, elle n’a pas changé son approche de la compétition.

« Je demeure très exigeante envers moi-même. Je suis perfectionniste aussi. Mes barres sont placées très hautes », assure-t-elle.

Plongeuse très athlétique, elle est de ces athlètes qui aiment innover dans sa discipline.

« Je n’ai pas peur d’essayer de nouvelles choses qui peuvent me rendre meilleure », admet Abel.

Et quelle est la plus grande différence entre la Jennifer de Pékin en 2008 et celle d’aujourd’hui ?

« Je suis simplement plus stable. Avant, je devais toujours me prouver quelque chose, raconte-t-elle. Je me contrôle beaucoup mieux émotivement, c’est plus facile de gérer mes émotions. »

En couple avec le boxeur professionnel David Lemieux, Abel note que vivre avec quelqu’un qui vit la même réalité du sport de haut niveau est bénéfique aux deux.

« Quand j’arrive à la maison et que ç’a été moins bien à l’entraînement ou en compétition, j’ai quelqu’un qui peut me ramener sur terre et me faire voir les choses du côté positif. C’est ça la beauté d’être avec une personne qui comprend ce qu’on vit, parce qu’on peut vraiment s’épauler », estime-t-elle.

« Quand on s’engage dans quelque chose les deux, on le fait à 100 % », ajoute-t-elle.

À Tokyo et contrairement à ce qu’elle a connu précédemment, Abel n’aura pas le soutien de ses proches sur place puisque, pandémie oblige, les spectateurs étrangers ont été interdits au Japon pendant les Jeux.

« Je suis vraiment déçue de ça. Parce que mon frère, mes parents, mon conjoint avaient déjà tous leur hôtel et leurs billets. J’aurais aimé vivre ça avec eux », mentionne-t-elle.

« Mais sur le plan de la performance, ça ne change rien, car je suis habituée à partir en compétition sans qu’ils soient à mes côtés », conclut-elle.

Jennifer Abel participe à l’épreuve au 3 mètres synchro avec Mélissa Citrini-Beaulieu, le 25 juillet. L’épreuve individuelle au 3 mètres s’étale sur trois jours, du 30 juillet au 1er août, au Centre aquatique de Tokyo.

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