Tour de France: Pogacar solide avant les sommets pyrénéens

Le Slovène Tadej Pogacar aborde en position de force à six jours de l’arrivée à Paris.
Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse

Le Slovène Tadej Pogacar aborde en position de force à six jours de l’arrivée à Paris.

Le Tour s’est (re) posé en Andorre, lundi, avant le dernier coup de collier sur les cimes des Pyrénées que le maillot jaune, le Slovène Tadej Pogacar, aborde en position de force à six jours de l’arrivée à Paris.

Pour le tenant du titre, la perspective au classement est dégagée. Plus de cinq minutes d’avance sur un trio d’adversaires (Rigoberto Uran, Jonas Vingegaard, Richard Carapaz) qui luttent pour le podium final, un capital jamais vu depuis vingt ans à ce moment de la course.

Mais plusieurs ombres subsistent dans ce tableau au vu de la deuxième semaine de course qui a stabilisé les positions au sortir des Alpes.

Pour l’heure, Pogacar a quelques solides raisons d’être optimiste. « Je me posais des questions sur la chaleur », a déclaré le Slovène à l’issue de la 15e étape. « J’ai eu de très bonnes sensations. C’est bon signe pour la suite », d’autant que les prévisionnistes annoncent une température modérée pour les deux étapes les plus ardues à venir, qui arrivent mercredi au col du Portet, puis jeudi à Luz-Ardiden.

« J’aborde la troisième semaine avec beaucoup de confiance », insiste Pogacar, qui semble en mesure de creuser encore l’écart dans ces deux arrivées au sommet ou encore lors du contre-la-montre de 30,8 kilomètres programmé samedi dans les vignobles entre Libourne et Saint-Emilion.

Le débat van der Poel

Le Tour est-il d’ores et déjà joué pour la victoire ? Ce serait méconnaître la nature même de l’épreuve qui avait donné lieu l’an passé à un sensationnel renversement de situation. Surtout après une entame épuisante cette année, due en partie à l’ouragan Mathieu van der Poel qui a arrêté sa course prématurément pour préparer les JO de Tokyo comme l’a fait lundi l’Italien Vincenzo Nibali.

« Tout le monde s’est enflammé, à raison, sur le cyclisme spectaculaire proposé par Mathieu van der Poel dans la première semaine », a noté lundi le Français Guillaume Martin en posant les termes du débat sur ce qu’est le Tour, une succession de classiques d’un jour ou une épreuve de grand fond.

« Il a bien mis le bordel dans la course et il nous a laissés avec notre fatigue. Je trouve ça un peu facile et pas très respectueux du Tour », a estimé le Français, sur la même ligne que la légende du cyclisme Eddy Merckx qui a fait part des mêmes réserves tout en reconnaissant lui aussi les immenses qualités du Néerlandais, petit-fils de Raymond Poulidor.

Au-delà de la discussion — « VDP » a assuré qu’il ferait tout pour terminer le Tour… 2022 —, il reste que nul n’est à l’abri de payer la fatigue provoquée par les deux premières semaines de course, les 2591 kilomètres déjà parcourus à la vitesse moyenne de 41,7 km/h, une moyenne élevée.

Vingegaard, un caillou dans la chaussure

Dans l’hypothèse d’une faiblesse de Pogacar, la densité de ses poursuivants, jusqu’à maintenant un atout dans la mesure où ils peuvent se neutraliser dans la course au podium, deviendrait un facteur aggravant.

Autre nuage à l’horizon du Slovène, son équipe UAE affiche une fragilité renforcée par la chute du Polonais Rafal Majka, censé être son meilleur appui en montagne. Dimanche, Pogacar s’est retrouvé sans le moindre coéquipier loin (45 km !) de l’arrivée à Andorre-la-Vieille quand l’équipe Ineos comptait encore trois coureurs autour de l’Equatorien Richard Carapaz.

« Je pense qu’à un moment donné, les Ineos essayeront de rendre la course folle, de risquer le tout pour le tout », prévoit Guillaume Martin, qui rappelle aussi le précédent en avril du Tour du Pays Basque, la seule course par étapes qui a échappé cette année à Pogacar : « Il l’a perdue parce qu’il s’est retrouvé esseulé. »

Le dernier caillou dans la chaussure du maillot jaune s’appelle Jonas Vingegaard, le seul dans ce Tour à l’avoir distancé, même brièvement, au sommet du Ventoux mercredi dernier. En février dernier, Vingegaard avait réussi une performance passée inaperçue à l’époque : le jeune Danois (24 ans) avait déjà pris le dessus sur le Slovène dans une arrivée au sommet de l’UAE Tour.

Mais, seule une défaillance de Pogacar semble aujourd’hui à même de rebattre vraiment les cartes dans un Tour qui s’intéresse aussi aux autres maillots distinctifs, le vert promis à Mark Cavendish et surtout le blanc à pois rouges de la montagne lorgné par quatre coureurs (Poels, Woods, Quintana, van Aert).

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