Une si longue traversée du désert au soccer pour l’Angleterre

Il aura fallu plus d’un demi-siècle pour que l’équipe aux Trois Lions retrouve une finale d’un tournoi majeur, dimanche contre l’Italie à l’Euro (15 h, heure de Montréal).
Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse Il aura fallu plus d’un demi-siècle pour que l’équipe aux Trois Lions retrouve une finale d’un tournoi majeur, dimanche contre l’Italie à l’Euro (15 h, heure de Montréal).

Les Anglais aiment le répéter : ils ont inventé le football. Mais si leurs clubs brillent, leur sélection n’a qu’un joyau, le Mondial-1966.

Il aura fallu plus d’un demi-siècle pour que l’équipe aux Trois Lions retrouve une finale d’un tournoi majeur, et ça se passera dimanche contre l’Italie à l’Euro (15 h, heure de Montréal).

Un sacre et une controverse

En 1966, la Coupe du monde se joue en Angleterre et le pays hôte brille devant son public. Après un quart de finale âpre contre l’Argentine (1-0), un doublé de Bobby Charlton face au Portugal d’Eusebio (2-1), l’équipe d’Alf Ramsey affronte en finale l’Allemagne de Franz Beckenbauer et d’Uwe Seeler.

À 2-2, les prolongations accouchent d’une des plus grandes controverses de l’histoire du soccer. Un tir de Geoff Hurst s’écrase sur la transversale et rebondit… sur ou derrière la ligne ? Les images ne lèveront jamais l’incertitude. Après avoir consulté son assistant, l’arbitre valide le but. L’Angleterre l’emporte finalement 4 à 2. Tout à sa liesse, Wembley ne le sait pas encore, mais vient la disette.

Les vaches maigres

L’Angleterre tenante du titre vit un cauchemar au Mondial-1970 : en quart de finale, alors qu’ils sont menés 2-0 à l’heure de jeu, les Allemands prennent une revanche sur le « Wembley Tor » de 1966 par des buts de Beckenbauer, Seeler et Gerd Müller en prolongation. Dans les buts, Peter Bonetti ouvre une tradition anglaise : celle des gardiens maillons faibles.

Éliminés sans bavure en quart de finale de l’Euro-1972 contre les mêmes Allemands (3-1) à Wembley, les Anglais manquent les Euros 1976 et 1984, se font sortir en poules en 1980. Les Coupes du monde de soccer 1974 et 1978 se jouent également sans eux. En 1982, ils s’en vont après le deuxième tour sur deux piteux matchs nuls contre l’Allemagne et l’Espagne.

Tirs au but maudits, main de Dieu

Le Mondial-1986 est celui de la promesse du renouveau, avec Gary Lineker en fer de lance, David Platt et Chris Waddle. Ils sont encore acteurs d’une immense controverse, mais du côté perdant cette fois. Diego Maradona marque de la main, celle de Dieu dira-t-il, avant de doubler la mise au bout d’un slalom échevelé pour inscrire le « but du siècle ».

Prometteur, ce premier tournoi de l’ère Robson sera suivi de déceptions, dont la plus cruelle est une élimination… par l’Allemagne lors du Mondial-1990, en demi-finale.

C’est encore aux tirs au but qu’est indiquée la porte de sortie. La malédiction se répète à l’Euro-1996… encore face aux Allemands (1-1 a.p.). Et pourtant, avec l’imprévisible Paul Gascoigne et l’efficace Alan Shearer, les Anglais y ont cru, entonnant pour la première fois leur hymne pop Football is coming home (le soccer rentre à la maison).

Génération dorée en toc

Arrive l’ère de la « génération dorée » : Rio Ferdinand, John Terry, Ashley Cole derrière, Steven Gerrard, David Beckham, Frank Lampard, Paul Scholes, Wayne Rooney, Michael Owen. Au Mondial-1998, Owen signe son avènement d’un but splendide contre l’Argentine en huitièmes. Mais Beckham tombe dans le piège de la provocation de Diego Simeone, prend un carton rouge et l’Angleterre sort… aux tirs au but.

Suivront le fiasco de l’Euro-2000 (élimination en poules), la désillusion du quart de finale contre le Brésil en 2002 : le but de l’élimination est-il imputable à la frappe splendide de Ronaldinho ou aux insuffisances du gardien David Seaman ?

Le recrutement sacrilège de sélectionneurs étrangers (Sven Goran Eriksson puis Fabio Capello) n’empêche pas la répétition des erreurs. Les compétitions sont abordées avec tambours et trompettes avant un retour tête basse à la maison. À l’Euro-2004, ils acculent le champion sortant français, mais cèdent dans les derniers instants sur deux coups de patte de Zinédine Zidane (2-1). Puis ils se font sortir par le Portugal… aux tirs au but. Un scénario répété au Mondial-2006 après un carton rouge pour Wayne Rooney, piégé par Cristiano Ronaldo. Et c’est encore aux tirs au but que les Italiens les sortent de l’Euro-2012.

Les compétitions sont une succession de fiascos : étrillés par l’Allemagne au Mondial-2010 (4-1), ils ne passent pas les poules en 2014. Le fond avait déjà été atteint à Wembley avec une défaite ignominieuse contre la Croatie (marquée par une bourde du gardien Scott Carson, une tradition…), qui prive les Anglais d’Euro-2008. Un tabloïd publie une photo du sélectionneur Steve McClaren tenant un parapluie avec ce titre : « L’imbécile sous le pépin » (The wally with a brolly).

Southgate, le bâtisseur inattendu

Après une élimination par les Islandais en huitièmes de finale de l’Euro-2016, l’Angleterre ne semble pas sur la voie de la rédemption. D’autant que Sam Allardyce renonce au poste de sélectionneur, éclaboussé par une affaire de corruption.

Gareth Southgate arrive, d’abord comme intérimaire. Il lance des jeunes, comme Trent Alexander-Arnold, s’appuie sur des cadres, comme Harry Kane. Bilan : une demi-finale au Mondial-2018 et désormais une finale à l’Euro. « Football is coming home. »

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