L’escrimeur Marc-Antoine Blais-Bélanger, un athlète bien ordinaire

«Je suis tout de suite tombé amoureux du sport, dit Marc-Antoine Blais-Bélanger de l’escrime, qu’il a pratiquée durant toutes ses années de secondaire et de cégep au collège Brébeuf. On y trouve un équilibre entre les facteurs physiques, tactiques et mentaux qui fait dire à certains que c’est comme courir le 100 mètres en jouant aux échecs.»
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Je suis tout de suite tombé amoureux du sport, dit Marc-Antoine Blais-Bélanger de l’escrime, qu’il a pratiquée durant toutes ses années de secondaire et de cégep au collège Brébeuf. On y trouve un équilibre entre les facteurs physiques, tactiques et mentaux qui fait dire à certains que c’est comme courir le 100 mètres en jouant aux échecs.»

Si vous le croisiez dans la rue, vous ne le remarqueriez probablement pas. Pas particulièrement imposant physiquement, il travaille, le jour, comme ingénieur pour une firme montréalaise spécialisée dans le bâtiment et pratique un sport dont on ne parle presque jamais, même durant les Jeux olympiques. L’escrimeur Marc-Antoine Blais-Bélanger croit pourtant en ses chances de remporter une médaille aux Jeux de Tokyo dans deux semaines.

Ses entraîneurs du club d’escrime du collège Jean-de-Brébeuf admettent eux-mêmes que l’épéiste de 26 ans peut sembler humble, pour ne pas dire effacé, lorsqu’il se présente en compétition. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Sous ses allures calmes et réservées se cache un athlète studieux et travailleur « à la main extrêmement rapide », qui « arrive très vite à décoder le style de ses adversaires », qui les rend fous en aimant se garder le plus près d’eux possible et « qui sait gagner » lors des grands rendez-vous.

À preuve, ce tournoi qui s’est tenu au mois de mai au Costa Rica, où une quinzaine de pays des Amériques avaient chacun envoyé un représentant dans l’espoir de remporter le dernier billet encore disponible pour les Jeux de Tokyo. Classé sixième au début du concours après plus d’un an sans avoir pu faire de compétition à cause de la pandémie de COVID-19, Marc-Antoine Blais-Bélanger y a vaincu tour à tour les trois favoris, pour voir s’ouvrir devant lui les portes de son rêve olympique.

« Je suis tout de suite tombé amoureux du sport », dit-il de l’escrime, qu’il a pratiquée durant toutes ses années de secondaire et de cégep au collège Brébeuf avant d’obtenir une bourse d’études aux États-Unis et d’y aider l’équipe de l’Université d’Ohio State à remporter le championnat collégial américain. « On y trouve un équilibre entre les facteurs physiques, tactiques et mentaux qui fait dire à certains que c’est comme courir le 100 mètres en jouant aux échecs. »

L’aide des siens

De retour à Montréal après ses études aux États-Unis, il prendra le 10e rang au Championnat du monde en 2018, après quoi le succès sera plus difficile, puis viendra la pandémie. Ne voulant pas renoncer « à son rêve de p’tit gars d’aller un jour aux Jeux olympiques », il se tournera alors tout naturellement vers le club de son ancien collège.

« Il était au bout du rouleau, raconte Jacques Cardyn, l’entraîneur qui y suit Marc-Antoine Blais-Bélanger depuis les tout débuts. Ça faisait 16 ans qu’il se consacrait à son sport. Je trouvais ça dommage que ça finisse comme ça, si près d’une chance de participer aux Jeux olympiques », dit celui qui a lui-même raté son premier rendez-vous olympique en raison du boycottage des Jeux de Moscou en 1980, mais qui a heureusement pu se reprendre quatre ans plus tard à Los Angeles.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’escrimeur Marc-Antoine Blais-Bélanger

Au collège Jean-de-Brébeuf, on prend l’escrime très au sérieux. Encore cette année, des dizaines de nouveaux élèves de 1re secondaire sont venus se joindre à son club, qui se vante d’avoir eu au moins un représentant à presque tous les Jeux d’été depuis sa mise sur pied en 1984. Pour Marc-Antoine Blais-Bélanger, on a organisé un programme d’entraînement personnalisé adapté à son horaire de travail en collaboration avec l’Institut national du sport (INS) au Stade olympique. On a aussi appelé à la rescousse une quinzaine d’anciens et de jeunes membres du club pour lui permettre de s’exercer contre des adversaires de différents styles.

Prévu le 25 juillet, le concours masculin individuel d’épée à Tokyo opposera seulement un peu plus d’une trentaine de concurrents qui s’affronteront dans des combats de moins de dix minutes où l’on sera éliminé à la première défaite. « Il y a toujours beaucoup de surprises à l’escrime, et encore plus à l’épée. Comme tout cela peut se passer très vite, le gagnant est celui qui connaît une bonne journée », dit le Québécois, qui ne voit pas pourquoi ça ne serait pas son cas. « Il y a mille façons de gagner à l’épée. J’espère revenir au moins avec une médaille », affirme-t-il, même s’il sait que sa qualification tardive le condamnera à être opposé dès le départ aux favoris de la compétition.

Champions anonymes

Entraîneur-chef de l’école d’escrime Brébeuf et six fois participant aux Jeux olympiques, Jean-Marie Banos ne cache pas sa frustration devant le peu d’attention accordé à son sport, comme à presque tous les autres sports qui ne sont pas liés à la poignée de grandes ligues professionnelles nord-américaines. « En France ou en Hongrie, on peut voir la finale de la coupe du monde d’escrime à la télévision », dit-il.

Sylvain Blais admet lui-même qu’il ne connaissait pas grand-chose à l’escrime lorsque son fils a commencé à s’intéresser au sport. « Ça lui a probablement facilité la vie de ne pas avoir des parents qui essayaient de jouer les gérants d’estrade. » Aujourd’hui, il se doute bien que ses voisins n’ont jamais entendu parler des exploits de Marc-Antoine ni de son prochain voyage au Japon.

Comme lui, il se plaît à penser que tout est possible s’il connaît une bonne journée. Mais son cœur de père se serre en pensant que l’inverse pourrait aussi se produire. « Tout ce que j’espère, c’est qu’il ne soit pas éliminé dès le premier tour et qu’il puisse gagner au moins un ou deux combats. Qu’il n’ait pas de regret, qu’il ait le sentiment d’avoir pu tout donner et qu’il en revienne avec les plus beaux souvenirs possibles. »

Mais si ces Jeux olympiques seront les premiers de son fils, ils ne seront peut-être pas ses derniers. « Marc-Antoine ne sera vraiment pas trop vieux pour les prochains Jeux, dit son entraîneur de toujours, Jacques Cardyn. Les Jeux, c’est le pinacle pour un athlète, mais c’est aussi une grande fête et une expérience qui te reste toute ta vie. Malheureusement, cette année, ça risque d’être plate à mort. Aussi je lui souhaite d’être à Paris dans trois ans. »



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