Jennifer Abel compte retrouver le goût des Jeux

La plongeuse Jennifer Abel en 2019
Photo: Pedro Pardo Agence France-Presse La plongeuse Jennifer Abel en 2019

À l’aube de ses quatrièmes et derniers Jeux olympiques, la plongeuse Jennifer Abel a compris que son obsession du podium était en train de lui faire oublier les joies et le sentiment de réalisation que pouvait lui apporter son sport. Armée de cette nouvelle perspective, elle compte bien toutefois remporter à Tokyo la rare médaille qui, selon elle, lui manque encore.

Le palmarès de la Lavalloise est tout simplement stupéfiant. Plus jeune membre, à 16 ans, de toute la délégation canadienne aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, elle a remporté au fil de sa carrière plus de médailles internationales (23) que tout autre athlète canadien, homme ou femme, en sport aquatique. Sa 3e place (avec Émilie Heymans) en plongeon synchronisé au tremplin de 3 mètres aux Jeux de Londres, en 2012, a aussi fait d’elle la première et seule femme noire à remporter une médaille olympique en plongeon.

Et pourtant, aux derniers Jeux de Rio, c’était comme si tout cela ne comptait pas pour elle quand elle est arrivée, deux fois plutôt qu’une, au pied du podium, terminant quatrième au 3 mètres individuel et au 3 m synchro. « Quatrième ! Aux Jeux olympiques ! C’est quand même plutôt bien ! De voir comment ça m’a fait mal m’a fait réaliser que j’avais perdu ma vue d’ensemble. »

C’est au contact de sa nouvelle jeune partenaire de plongeon synchronisé, Mélissa Citrini-Beaulieu, que Jennifer Abel a compris qu’elle avait perdu quelque chose en chemin. « Elle commençait sur la scène internationale. Contrairement à moi, elle avait tout le temps hâte et était tout le temps excitée avant une compétition. Ça m’a rappelé comment j’étais quand j’ai commencé. Ça m’a fait prendre conscience de la chance que j’avais et de la valeur de ce que j’avais accompli. Je me suis même trouvée égoïste de me trouver tellement nulle avec mes quatrièmes places quand il y en a qui se donnent corps et âme seulement pour participer aux Jeux. »

Cette pression de monter sur le podium vient d’abord des athlètes eux-mêmes, bien plus que des entraîneurs, des fédérations sportives, des médias ou du public, croit-elle. « Oui, bien sûr, tous ces gens contribuent à fixer les attentes, mais ce sont d’abord les athlètes, surtout ceux qui ont des chances de remporter des médailles, qui se les imposent en premier. »

« Aujourd’hui, je n’échangerais mes deux quatrièmes places aux Jeux de Rio pour rien au monde, affirme-t-elle. Parce que si j’avais plutôt fini troisième, je n’aurais pas eu cette prise de conscience. »

La médaille manquante

Toutes ces considérations n’empêchent pas Jennifer Abel de se dire « en mission aux Jeux de Tokyo » afin de remporter « la médaille qui manque à [son] parcours », c’est-à-dire celle d’une épreuve à titre individuel. Les choses se présentent plutôt bien pour la plongeuse : elle a décroché une cinquième place à l’épreuve individuelle au tremplin de 3 mètres et une médaille d’argent avec sa coéquipière Mélissa Citrini-Beaulieu au 3 mètres synchronisé en mai dernier, lors de leur première compétition internationale après presque un an et demi de pause forcée.

Organisées à l’endroit même où se tiendront les compétitions olympiques, ces épreuves de la Coupe du monde de plongeon ont permis aux athlètes de jeter un œil au site de leur future compétition. « C’est une très belle piscine, mais très longue. Il était important de commencer à y trouver nos repères visuels pour nos plongeons », explique Jennifer Abel.

C’était aussi, pour chaque plongeur, l’occasion de mesurer le degré d’appréciation des juges quant au résultat de leurs derniers mois de travail et, surtout, de pouvoir observer leurs compétiteurs. « Ça m’a permis de voir que j’étais encore dans la game et ce qui avait encore besoin d’être ajusté. »

Pour une dernière fois

La plongeuse sait que ces Jeux seront très différents de ses trois premiers, à cause de la pandémie et des règles sanitaires, mais elle dit ne pas trop s’en faire. « Il n’y aura pas grand place pour festoyer. En gros, je serai soit à la piscine, soit dans mon logement. »

La perspective de plonger devant des gradins vides ne la dérange pas trop non plus. « On a l’habitude. Les estrades sont rarement remplies en compétitions internationales. »

Après, elle compte arrêter. « Je ne suis pas si vieille, mais je suis quand même l’une des plus vieilles dans mon sport. Le physique et le mental sont encore très bons. C’est juste que je suis prête à voir ce que la vie me réserve en dehors de la piscine. »



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