Des débordements au centre-ville après la victoire

Projectiles et feux d’artifice lancés sur des policiers, rues bloquées, mobilier saccagé : de nombreux débordements ont été signalés au centre-ville de Montréal jeudi soir à la suite de la victoire historique du Canadien de Montréal, venant ainsi assombrir une soirée qui se voulait pourtant avant tout festive.

Des milliers de partisans du Canadien de Montréal se sont rendus jeudi soir près du Centre Bell pour encourager leur équipe favorite dans une ambiance survoltée qui a atteint son apogée lorsque le Tricolore a remporté son sixième match de la demi-finale 3-2 contre les Golden Knights de Las Vegas, vers 23 h.

« Les Canadiens de Montréal, après très longtemps, auront peut-être accès à la finale de la Coupe Stanley. C’est sûr que ça crée une effervescence chez les gens, qui — surtout après une période de pandémie comme celle qu’on a connue — est très libératrice ce soir », soulignait François Berthelot quelques heures avant la victoire du Tricolore.

M. Berthelot fait partie des milliers de partisans du Tricolore qui se sont rassemblés jeudi soir devant le Centre Bell pour encourager leur équipe. Plusieurs arboraient fièrement les couleurs du Canadien et scandaient fièrement « Go Habs Go ! » à chaque bon coup de l’équipe.

En battant les Golden Knights jeudi soir au Centre Bell, le Tricolore a récolté sa première participation en finale de la Coupe Stanley depuis 1993. « Je suis tellement fébrile », a lancé Réginald Flamand, un membre de la nation atikamekw de Manawan, qui n’a pas caché son admiration pour le gardien Carey Price. Il s’agissait d’ailleurs du premier match du Canadien de Montréal à avoir lieu le jour de la fête nationale du Québec.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Plusieurs partisans arboraient fièrement les couleurs du Canadien et scandaient «Go Habs Go!» à chaque bon coup de l’équipe. Peu d’entre eux portaient un couvre-visage.

Des débordements

Après avoir hurlé de joie à l’annonce de la victoire du CH, les manifestants ont commencé à marcher vers l’extérieur du périmètre entourant le Centre Bell. Des projectiles ont alors été lancés en direction de policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui avaient été mobilisés en grand nombre pour l’événement. Des « méfaits » ont aussi été commis, notamment sur du mobilier urbain, a indiqué la police. Le Devoir a notamment été témoin de boîtes postales renversées et de panneaux de signalisation transportés dans les rues du centre-ville, tandis qu’au moins une voiture du SPVM a été renversée sur le côté.

Les manifestants ont également bloqué la circulation dans plusieurs rues de la métropole, y compris la rue Sainte-Catherine et le boulevard René-Lévesque. Des bombes lacrymogènes ont été lancées dans la foule vers minuit, incommodant plusieurs passants et faisant fuir de nombreux manifestants. La police antiémeute est aussi intervenue dans un parc du centre-ville peu avant minuit, tandis que des feux d’artifice continuaient d’éclater un peu partout au centre-ville. Certains ont été projetés en direction de policiers.

Des agents des forces antiémeutes ont d’ailleurs été mobilisés en grand nombre près du Centre Bell. La police avait fermé le quadrilatère entourant le Centre peu avant 21 h en raison d’un trop fort achalandage pendant le match.

En matinée, vendredi, la police faisait ainsi état de 15 arrestations, en grande partie pour voies de fait et entrave au travail des policiers. Le SPVM a aussi remis 60 constats d’infraction au cours de la nuit de jeudi à vendredi, notamment pour consommation d’alcool sur la voie publique. De nombreuses canettes de bière ont d’ailleurs été laissées un peu partout dans les rues du centre-ville, qui avaient assurément besoin d’un bon ménage vendredi matin.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir

Des commerçants inquiets

Le bilan du SPVM ne fait état d’aucun acte de vandalisme sur les commerces du centre-ville en marge du match du Canadien. Plusieurs commerçants étaient toutefois inquiets jeudi soir. Dans le Vieux-Montréal, ils étaient nombreux à garder de mauvais souvenirs de la manifestation contre le retour du couvre-feu à 20 h à Montréal et à Laval d’avril dernier. Plusieurs commerces avaient alors été vandalisés dans les environs de la place Jacques-Cartier.

« J’espère que la joie et la Saint-Jean ne vont pas engendrer des problèmes comme ça. J’espère que les gens auront un peu de retenue », avait laissé tomber Eric Luksenberg, qui possède deux restaurants sur cette place publique.

« Ce soir, qu’il gagne ou qu’il perde [le Canadien], c’est sûr qu’il va y avoir un bordel », avait dit aussi le propriétaire du Ristorante Quattro, Frank Passa. « On est inquiets », avait confié au Devoir le restaurateur, qui peine déjà à joindre les deux bouts en raison de la pandémie.

Au Piranha Bar, rue Sainte-Catherine Ouest, on avait d’ailleurs pris les grands moyens en prévision du match : un deuxième portier avait ainsi été appelé en renfort. « Même moi, je serai là aussi, parce que s’il y a des débordements, ça peut devenir n’importe quoi. Il faut que je sois là s’il y a une vitre cassée », avait dit le propriétaire de l’établissement, Mathieu Malouin. Plusieurs commerces de la rue Sainte-Catherine avaient aussi été placardés en prévision du match.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir


À voir en vidéo