Le Tricolore à l’assaut de son plus grand défi de la saison

À Las Vegas, la ville du spectacle, les jeux de lumière et les effets spéciaux s’invitent même dans l’aréna des Golden Knights.
Photo: John Locher Associated Press À Las Vegas, la ville du spectacle, les jeux de lumière et les effets spéciaux s’invitent même dans l’aréna des Golden Knights.

Le Canadien de Montréal jouera lundi le premier match de sa demi-finale des séries de la Coupe Stanley dans un Las Vegas caniculaire. Les 44° C prévus dans cette ville du Nevada entreront toutefois en compétition avec l’intense fièvre des séries qui y sévit.

Malgré leur jeune âge, les Golden Knights ont déjà conquis le cœur de leurs partisans. L’équipe en est à sa troisième participation aux demies en quatre saisons d’existence. Le T-Mobile Arena se remplit chaque soir depuis le tout début. Quelques nouvelles patinoires pour hockeyeurs amateurs ont aussi poussé dans cette ville sise au milieu d’un désert.

« Le hockey s’est développé énormément ici, depuis quatre ans », relate au Devoir la Québécoise Hélène Renaud, résidente de Las Vegas depuis près d’une décennie. « La première année, les gens étaient tous déguisés en Golden Knights ou habillés avec un morceau de vêtements de l’équipe. C’était quasiment pas croyable. De voir ça ici, ça me surprend énormément. » Cette année ne fait pas exception, raconte cette partisane du Canadien. « Lorsque vous circulez en voiture, il y a à peu près une plaque de voiture pour les Golden Knights sur trois ou quatre. Sans exagérer ! Et, partout dans les commerces, il y a des fanions et autres articles pour la vente associée aux Golden Knights. »

« On le sait quand ça joue », confirme la chanteuse québécoise Elyzabeth Diaga, qui produit son spectacle sur le célèbre Strip. Les chandails gris et or se multiplient dans les rues les jours de match, et le trafic se fait plus dense. « Ici, c’est la ville du spectacle. Une partie de hockey, c’est un spectacle, avec des effets spéciaux et tout », relate-t-elle pour expliquer le succès de l’équipe.

Les partisans des Golden Knights jouissent d’ailleurs de mesures sanitaires bien moins strictes pour profiter du spectacle. Dans leur aréna entièrement rempli, la distanciation physique n’est pas obligatoire. En ville, les commerces sont ouverts au maximum de leur capacité, et le masque n’est requis que pour les citoyens qui n’ont pas encore reçu leur vaccin.

« Ça devrait être fou lundi, prévient Hélène Renaud. Je ne sais vraiment pas ce qui va se produire. »

Le succès des Golden Knights est un véritable « cas d’exemple » de succès marketing, selon Frank Pons, directeur de l’Observatoire international en management du sport. « D’abord, c’est le premier sport d’une ligue majeure à Vegas », note-t-il en soulignant l’importance stratégique de cette priorité. Ensuite, les efforts pour rejoindre les quelque 2,2 millions d’habitants de la région métropolitaine ont porté leurs fruits. « Dans les écoles, par exemple, avec l’initiation à des camps de patinage. C’est hyper intéressant pour les écoles et ça permet d’amener une nouvelle mentalité et un nouveau sport. »

« On croyait, avant l’arrivée des Golden Knights, que l’équipe allait être une équipe de touristes, c’est-à-dire qu’on allait s’adresser aux touristes, ajoute-t-il. Or, ce n’est pas le cas. C’est une des équipes qui ont le plus de soutien des fans locaux, parce qu’ils attendaient ça de manière importante. »

Des Québécois à Las Vegas

Les joueurs du Canadien affronteront pour la première fois cette saison une équipe de l’extérieur du Canada. Plusieurs vedettes des Golden Knights proviennent toutefois du Québec : Marc-André Fleury, originaire de Sorel, Jonathan Marchessault, de Cap-Rouge, William Carrier, de LaSalle et Nicolas Roy, d’Amos. L’entraîneur-chef, Peter DeBoer, est né en Ontario.

Le gardien étoile Marc-André Fleury a admis en conférence de presse ne pas garder de bons souvenirs de sa dernière confrontation contre le Canadien de Montréal en séries. Fleury et les Penguins de Pittsburgh avaient été victimes du fameux printemps Halak en 2010, s’inclinant en sept matchs face au gardien slovaque et à la formation montréalaise. « Je me souviens que nous avons perdu, c’est tout », a laissé tomber Fleury en fin de semaine.

« L’important, c’est la victoire, a-t-il insisté, aujourd’hui âgé de 36 ans. Le fait de jouer contre le Canadien, j’en entends plus parler avec la famille et les amis, mais je n’en fais pas un plat. C’est comme jouer contre l’Avalanche du Colorado ou le Wild du Minnesota. »

La première année, les gens étaient tous déguisés en Golden Knights ou habillés avec un morceau de vêtements de l’équipe. C’était quasiment pas croyable. De voir ça ici, ça me surprend énormément. 

D’ailleurs, l’entraîneur-chef ne craint pas de voir le gardien être distrait par l’attention médiatique. « À ses débuts, peut-être que ça aurait été différent, mais on parle d’un joueur d’expérience qui a remporté la Coupe Stanley plus d’une fois, a-t-il rappelé. Je ne suis pas inquiet avec ça. Il est plus que préparé pour ça. »

Le cadet du groupe de Québécois, Nicolas Roy, était prêt à reconnaître qu’il s’agissait d’une série un peu plus spéciale, selon lui. « Je ne mentirai pas. C’est l’équipe que je suivais dans ma jeunesse, a admis Roy. C’est spécial, mais l’objectif demeure de gagner la Coupe Stanley. Ça, ça ne change pas. »

Fleury ne voit pas non plus la série contre le Canadien comme une bataille entre deux gardiens, alors qu’il sera opposé à Carey Price. « Je ne l’affronte pas vraiment. Je pense aux joueurs qui essaient de marquer contre moi, a-t-il rappelé. Carey est excellent et j’ai beaucoup de respect pour lui, mais en fin de compte, ce sont les Golden Knights contre le Canadien. »

Fleury devrait malgré tout se retrouver sous les projecteurs. Le Québécois a connu une excellente campagne, avec une moyenne de 1,98 et un taux d’efficacité de ,928. Il est finaliste pour le trophée Vézina pour la première fois de sa carrière. Il a également accumulé 26 victoires pour grimper au troisième rang de l’histoire de la LNH à ce chapitre avec 492. Seulement Martin Brodeur (691) et Patrick Roy (551) ont plus de victoires à leur fiche en carrière.

Impossible d’occulter la présence chez les Golden Knights de l’ancien capitaine du Canadien, Max Pacioretty. Dimanche, ce dernier a banalisé les émotions engendrées par une telle rencontre. « Il n’y a pas de différence si tu joues contre la meilleure équipe de la ligue ou une équipe pour laquelle tu as joué dans le passé. Elles sont toutes les mêmes en séries éliminatoires et il faut les approcher de la même manière. »

« Ça va être une motivation en plus pour lui, c’est sûr », a pourtant commenté son coéquipier Jonathan Marchessault.

Plus de monde au Centre Bell ?

Le premier ministre François Legault a par ailleurs affirmé dimanche discuter avec la Santé publique d’une augmentation possible du nombre de spectateurs admis au Centre Bell. « Je mets de la pression sur le docteur Arruda », a-t-il déclaré en anglais, en marge d’une conférence de presse.

Selon lui, la limite de 2500 partisans pourrait « désavantager [le Canadien] par rapport à Vegas, qui a droit à 18 000 [spectateurs] ». Par contre, les règles sanitaires doivent être « justes » avec tout le monde, a-t-il expliqué. « On ne veut pas donner de droits spéciaux au Centre Bell », et ainsi laisser pour compte les festivals aux prises avec de plus strictes mesures.

L’organisation du Canadien de Montréal a envoyé une demande similaire la semaine dernière à Santé publique du Québec.

Le premier match à Montréal de cette demi-finale aura lieu vendredi. 

Avec La Presse canadienne​

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