Frédéric Niemeyer - Les Jeux olympiques comme un Grand Chelem

Après un dernier tournoi préparatoire à Denver, Frédéric Niemeyer partira pour Athènes afin de participer à ses premiers Jeux olympiques. 
Patrick Ratthé
Photo: Après un dernier tournoi préparatoire à Denver, Frédéric Niemeyer partira pour Athènes afin de participer à ses premiers Jeux olympiques. Patrick Ratthé

À l'approche des Jeux olympiques d'Athènes, Le Devoir publie une série de portraits d'athlètes canadiens. Un rendez-vous avec nos espoirs olympiques, tous les samedis jusqu'au 7 août.

Attraper Frédéric Niemeyer lors d'un de ses rares et rapides passages à Montréal relève de l'exploit. L'horaire du tennisman de Deauville, en Estrie — il est né au Nouveau-Brunswick et a grandi en Afrique (au Cameroun et au Burundi) —, récemment déménagé dans la métropole, est chargé à bloc. Il enfile tournois par-dessus tournois, la routine habituelle, quoi! pour ce joueur professionnel classé 231e au classement mondial de l'ATP. Mais cette année, après les tournois de Los Angeles, Toronto — il s'est incliné au deuxième tour, jeudi, devant le Péruvien Luis Horna — et Denver en moins d'un mois, les Jeux olympiques s'ajoutent pour celui qui jouera en double avec le médaillé d'or des Jeux de Sydney en 2000, le Torontois Daniel Nestor, alors avec Sébastien Lareau, aujourd'hui à la retraite.

C'est d'ailleurs avec ce dernier que Frédéric s'entraînait le matin de la rencontre avec Le Devoir. Vingt-quatre heures de relâche entre deux tournois, et on le retrouve encore sur un terrain de tennis. «Aujourd'hui, c'était plus relax, sourit l'athlète de 28 ans. J'ai la chance d'avoir Sébastien qui me conseille et me parle de son expérience olympique et de jeu avec Daniel.» Niemeyer et Nestor n'ont joué que quatre fois en double ensemble jusqu'à maintenant, mais la situation ne l'inquiète pas. «On a essayé de jouer ensemble à Los Angeles, mais ça n'a pas fonctionné. À Toronto, on va pratiquer le plus souvent possible ensemble, mais après, lui, il part pour Cincinnati et moi, pour Denver. Après, on se revoit à Athènes. Mais on sait ce qu'on a à faire, on connaît notre rôle et notre place sur le terrain, on se complète bien.» Le vétéran Daniel Nestor, reconnu pour son calme «olympien» sur le terrain — contrairement à un Niemeyer plus émotif —, sera le leader du duo.

Que représentent les JO pour un joueur de tennis professionnel qui a connu les grands tournois, comme le Us Open qui suit les Jeux d'Athènes? Sourire du principal intéressé: «Je les considère comme le cinquième Grand Chelem de l'année, c'est aussi grand. En plus, [le tennis] c'est un sport assez nouveau aux JO, mais on le considère de plus en plus comme un gros événement, surtout depuis les deux derniers JO, en 1996 et en 2000.» Avec la médaille d'or remportée par Lareau et Nestor, la compétition olympique de tennis a pris encore plus d'importance au pays, selon Niemeyer.

«Ce sont mes premiers Jeux. C'est sûr que quand j'étais petit, je ne rêvais pas d'aller aux Olympiques. Je rêvais plutôt de jouer contre John McEnroe à Wimbledon. J'ai commencé à y penser alors que je regardais Sébastien et Daniel gagner leur médaille d'or. Je me suis informé au sujet des critères de sélection. Maintenant que j'ai la chance d'y aller, j'ai changé mon horaire pour essayer d'avoir mon potentiel à 100 % à mon arrivée à Athènes.»

Pour ses premiers Jeux donc, ce blond gaillard de 1m93 a tout de même de grands souliers à chausser: prendre la place de Sébastien Lareau. «Je n'ai pas le classement que Sébastien avait quand il a participé aux JO, tranche-t-il. Avec Daniel, ils étaient dans le top 10 au monde en double. Daniel a son titre à défendre, mais moi, je n'ai rien à perdre, donc je ne me mets pas plus de pression que ça. Mais j'y vais pour bien faire, j'ai des attentes et des objectifs personnels.» Cela dit, Niemeyer estime que leurs chances de médaille n'en sont pas diminuées, au contraire. Ils ont connu de bonnes et encourageantes victoires depuis janvier, entre autres, contre la meilleure équipe de double du Brésil et contre la Hollande.

Dans ses valises

Retour en arrière: l'an dernier, presque à la même période, Simon Larose défrayait les manchettes avec le succès qu'il remportait au Masters de Montréal. En entrevue, il confiait qu'il avait de la difficulté à joindre les deux bouts et à trouver des commanditaires. Le manque d'argent l'empêchait même d'avoir un entraîneur avec lui sur la route.

Questionné sur le sujet, Frédéric reconnaît que les choses n'ont pas vraiment évolué, il rencontre les mêmes problèmes. «J'essaie d'arriver, financièrement parlant, mais c'est vraiment difficile. Sébastien Lareau me "coache" quand je suis à Montréal, mais je n'ai pas assez d'argent pour pouvoir payer le salaire d'un entraîneur à temps plein qui m'accompagnerait dans les tournois à l'étranger. Ça voudrait dire doubler les dépenses que j'ai à payer en billets d'avion, chambres d'hôtel, nourriture, etc., c'est impensable.» Le joueur de tennis voyage donc près de 12 mois par année seul et doit tout gérer lui-même, de l'achat des billets d'avion aux réservations d'hôtel en passant par le lavage et l'automotivation.

Et c'est de plus en plus difficile, surtout du point de vue psychologique, et encore davantage depuis le 11 septembre 2001. «C'est devenu extrêmement compliqué de voyager. Avec les nouvelles mesures de sécurité, je n'ai plus le droit d'apporter mes raquettes dans l'avion, comme avant. Il y a beaucoup d'attente. C'est stressant.»

Toute cette question de haute surveillance et de probabilité d'attentats terroristes sur le site des Jeux d'Athènes énerve d'ailleurs plus l'athlète que les matchs qu'il aura à disputer. «J'avoue que j'y pense. Ce sont de gros rassemblements, avec toutes les télés du monde... C'est rien pour rassurer.»

Frédéric reconnaît que sa saison n'est pas satisfaisante jusqu'à maintenant — il n'a pas performé lors des matchs sur gazon, sa meilleure surface. Pourtant, dit-il, il se sent très en forme, mais les victoires ne sont pas au rendez-vous. Seule la pensée positive, estime-t-il, fait défaut pour l'instant, bien que sa victoire au premier tour du Masters à Toronto cette semaine, contre l'Espagnol David Sanchez, lui ait fourni une bonne dose de confiance. Il compte maintenant les jours qu'il lui reste avant son expérience olympique.