Natation artistique Canada suspend deux entraîneuses 

Les requérantes déplorent un environnement toxique sous la gouverne de quatre entraîneurs-chefs — Julie Sauvé (2009-2012), Meng Chen (2012-2017), Leslie Sproule (2017-2018) et Gabor Szauder, en poste depuis 2018.
Photo: Pedro Pardo Agence France-Presse Les requérantes déplorent un environnement toxique sous la gouverne de quatre entraîneurs-chefs — Julie Sauvé (2009-2012), Meng Chen (2012-2017), Leslie Sproule (2017-2018) et Gabor Szauder, en poste depuis 2018.

Natation artistique Canada (NAC) a sanctionné deux anciennes entraîneuses et pourrait sévir contre un autre à la suite de la demande d’autorisation d’action collective déposée la semaine dernière par cinq anciennes nageuses de l’équipe nationale.

NAC a ainsi suspendu provisoirement Meng Chen et Leslie Sproule en attendant la conclusion du processus indépendant relatif au sport sécuritaire. Cette sanction entre en vigueur immédiatement et les deux entraîneuses peuvent porter cette décision en appel.

Aucune autre action ne sera prise pour le moment.

Pourquoi maintenant ? Le moment semble particulier plus d’une semaine après le dépôt, en Cour supérieure du Québec, d’une demande d’action collective contre NAC pour abus psychologique, harcèlement et négligence. Les cinq anciennes nageuses à l’origine de cette action sont les Québécoises Chloé Isaac et Gabrielle Boisvert, les Ontariennes Erin Wilson et Sion Ormond ainsi que l’Albertaine Gabriella Brisson, membres de l’équipe nationale entre 2007 et 2020.

« C’est la première fois que nous sommes mis au courant des agissements allégués contre ces entraîneuses, a déclaré Jackie Buckingham, présidente et cheffe de la direction de NAC en entrevue à La Presse canadienne, vendredi.

« Dès que nous avons reçu ces informations, conformément à nos politiques, nous avons agi. Dès que nous sommes mis au courant d’agissements comme ceux décrits dans la demande d’action collective, nos politiques nous engagent à réagir. »

Pourtant, l’une des avocates au dossier, Me Cara Cameron, a soutenu la semaine dernière que NAC a été informée de plusieurs façons au fil des 10 dernières années des problèmes vécus par les athlètes, que ce soit de façon verbale, par des lettres des athlètes elles-mêmes ou de leurs parents.

« C’est la première fois que j’entends de telles allégations, a répété Buckingham, en poste depuis sept ans. Depuis 2016, NAC a mis en place d’importantes structures afin d’assurer un environnement de travail plus sécuritaire..

«J’ai été choquée et attristée quand j’ai pris connaissance de ces allégations, a poursuivi la présidente. Nous croyons que nos athlètes méritent le meilleur et ça nous a collectivement brisé le cœur de lire ces allégations. Maintenant, nous allons redoubler nos efforts afin d’éviter ce type de situations pour nos athlètes. »

« Au cours des dernières semaines, nous avons notamment recentré nos priorités stratégiques. Nous voulons être des pionniers en la matière. Nous croyions être sur la bonne voie, mais quand vous entendez des allégations comme celles-là, ça fait mal. Nous avons réalisé que notre organisation a du travail à faire et c’est sur quoi nous portons toute notre attention. »

Aucune des allégations faites par les requérantes n’a été prouvée devant les tribunaux. Elles déplorent un environnement toxique sous la gouverne de quatre entraîneurs-chefs — Julie Sauvé (2009-2012), Meng Chen (2012-2017), Leslie Sproule (2017-2018) et Gabor Szauder, en poste depuis 2018.

Ce dernier est pour l’instant épargné. NAC a spécifié que les allégations contenues dans le recours ont déjà fait l’objet d’une enquête, qui est terminée et en attente de l’audience du panel disciplinaire.

NAC précise que « dans ce cas, l’enquête a déterminé qu’il n’y avait pas de preuves évidentes pour conclure qu’il existe un environnement d’entraînement dangereux au sein du programme de l’équipe nationale senior ».

La fédération nationale ajoute que « le processus disciplinaire déterminera s’il y a eu non-respect du code de conduite de NAC [non liée au sport sécuritaire] ».

Julie Sauvé est quant à elle décédée en avril dernier.

Importants changements

Buckingham affirme que d’importants changements ont été apportés aux méthodes d’entraînement lors du retour des athlètes après la pause des Fêtes : formations sur le sport sécuritaire, ajout de personnel autour de la piscine pour rapporter des cas éventuels de comportements répréhensibles, formation avec une spécialiste des abus psychologiques, etc.

De nouveau, pourquoi avoir attendu si longtemps avant l’instauration de ces nouvelles mesures ?

« Le coaching est un reflet de la société. L’an dernier, notre pays et, en fait, le monde entier ont vécu un éveil social. Nous savons que nos athlètes, particulièrement dans le groupe d’âge auquel elles appartiennent, vont définir ce qui est acceptable d’une façon bien différente que les athlètes d’il y a 15 ou 20 ans. C’est donc la responsabilité et l’obligation des sports d’évoluer au même rythme que le reste de la société », a avancé Buckingham.

« Dans ce cas-ci, nous faisions bonne figure : nous étions parmi les premiers à nous doter de politiques de sport sécuritaire et d’un commissaire indépendant, tel qu’exigé par Sports Canada, a-t-elle poursuivi. Nous avons été l’une des premières fédérations à exiger une formation pour nos entraîneurs et parmi les premières également à faire suivre cette formation par nos athlètes, afin qu’ils sachent ce qui était attendu de la part de leurs entraîneurs.

« C’est une cible en mouvement : pour les organisations sportives, la ligne entre ce qui était acceptable et ce qui ne l’est plus a bougé. C’est notre responsabilité de continuer d’éduquer nos dirigeants afin que ce soit clair pour tout le monde. Et même si cette cible est en mouvement, ils seront toujours responsables. C’est pourquoi c’est si important de les former adéquatement. »

Tokyo 2020

Elle souhaite maintenant que toute cette affaire ne mine pas la préparation de l’équipe nationale senior en vue des Jeux olympiques de Tokyo, même si elle estime que c’est déjà le cas.

« L’attention portée par les médias à cette affaire a grandement affecté nos athlètes, a-t-elle dit. Elles se sentent prises au milieu de tout cela, elles voudraient dire quelque chose, mais ne savent pas quoi dire.

« Ajoutez à cela la pandémie, ç’a été très difficile de se préparer pour les Jeux. Nous n’avons pas fait du bon travail pour expliquer ce que nous faisons et j’en prends l’entière responsabilité. Ça aurait aidé et peint un portrait différent de la fédération. Nous étions tellement concentrés sur la façon de préparer les athlètes en vue des Jeux que nous avons négligé certaines autres de nos responsabilités. »

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