Marie-Ève Dicaire s'incline devant une Claressa Shields dominante

Claressa Shields (à gauche) a complètement dominé l’affrontement.
Photo: Carlos Osorio Associated Press Claressa Shields (à gauche) a complètement dominé l’affrontement.

Claressa Shields était tout simplement dans une classe à part. L’Américaine a complètement dominé Marie-Ève Dicaire et a écrit l’histoire en devenant la championne unifiée des super-mi-moyennes au Dort Federal Event Center, à Flint, au Michigan.

Shields (11-0, 2 K.-O.) a complètement dominé l’affrontement, obtenant un pointage parfait de 100-90 de la part des trois juges. Des pointages amplement mérités.

« J’ai dominé, mais je voulais lui passer le K.-O., a déclaré la championne après sa victoire. J’ai simplement manqué de temps. »

Avec cette victoire, elle conserve ses titres du World Boxing Council (WBC) et de la World Boxing Organization (WBO) ; ajoute la ceinture de l’International Boxing Federation (IBF) que détenait Dicaire (17-1) ; en plus d’ajouter le titre vacant de super championne de la World Boxing Association (WBA).

En devenant championne unifiée dans une deuxième division de poids, elle écrit l’histoire en étant la première, hommes ou femmes, à réussir pareil exploit. En ajoutant ses deux médailles d’or olympiques acquises en 2012 et 2016, difficile de dire qu’elle n’est pas la meilleure boxeuse de l’histoire.

« J’ai réussi ! », a lancé Shields devant les quelque 350 spectateurs admis dans l’enceinte.

Elle a d’ailleurs souligné cette semaine qu’après cette victoire, elle voulait être surnommée G.W.O.A.T. (Greatest Woman of All Time), et non T-Rex.

Soirée d’apprentissage

Du côté du clan Dicaire, on a relativisé cette défaite.

« Ce n’était pas le résultat espéré, mais je n’ai aucun regret, a indiqué la boxeuse de St-Eustache quelques minutes seulement après être sortie du ring. Ce soir, Claressa Shields a été la plus forte, mais ça ne veut pas dire qu’elle le sera toujours. »

« Parfois tu gagnes, parfois tu apprends. Ce soir, j’ai appris. Ce combat va me servir d’un tremplin. »

Son promoteur — et exceptionnellement homme de coin — Yvon Michel est d’ailleurs convaincu que sa protégée rebondira.

« Nous sommes très fiers de Marie-Ève. Elle a démontré beaucoup de courage et encaissé tous les coups de Shields, ce dont certains doutaient. Je suis convaincu qu’elle va redevenir championne du monde. C’est simple : à mon avis, il n’y a pas une fille en mesure de battre Shields. »

« Marie-Ève a perdu sa ceinture ce soir, mais pour moi, elle est encore championne du monde, a ajouté son entraîneur, Stéphane Harnois. Elle a perdu contre Shields, mais ce n’est pas notre dernière bataille : je vous promets qu’on va redevenir championne du monde. On sort grandi de ça. Le monde entier a vu Marie-Ève, mais surtout Shields, l’oeil tuméfié à la fin du combat. »

Cette dernière a tendu des pièges tout au long de la soirée à Dicaire, qui a été incapable de toucher solidement son adversaire.

La Québécoise de 34 ans a toutefois goûté à la médecine de son adversaire.

Dès le premier assaut, Shields, 25 ans, a donné le ton avec une solide droite par-dessus le jab de Dicaire. Un peu plus tard dans le round, elle l’a touchée de deux solides crochets de la gauche.

Shields a poursuivi son travail de démolition dans les rounds suivants. La rapidité de ses mains a été ahurissante. Assurément du jamais vu pour Dicaire en carrière.

L’Américaine a aussi fait preuve d’une précision chirurgicale, ne laissant aucune chance à Dicaire, qui n’a jamais vraiment été capable d’installer sa stratégie, encore moins d’approcher efficacement Shields.

Même dans les rounds où elle semblait moins active, l’Américaine a gagné haut la main les échanges.

Dicaire a peut-être connu ses meilleurs moments au cinquième, alors qu’elle a placé quelques bons coups. Toutefois, elle semblait toujours sautillante sur ses pieds et on ne l’a pas sentie en mesure d’appliquer un coup qui aurait pu faire réfléchir son adversaire.

« On était conscient qu’on n’aurait jamais gain de cause en prenant Claressa de front et qu’en restant devant elle, les coups allaient pleuvoir, a expliqué Dicaire. La stratégie était de toujours sortir en angle, chose que j’ai parfois oublié de faire. Pour ce faire, je devais être toujours en mouvement, c’est pourquoi je sautillais beaucoup. »

À compter du sixième, Dicaire s’est souvent retrouvée dans le pétrin, et forcée d’accrocher. Elle a également joué du coude, mais l’arbitre, le Montréalais Michael Griffin, veillait au grain et lui a offert des remontrances en chaque occasion.

Soirée féminine

La portion télé à la carte de l’événement présentait quatre combats féminins, une autre première en Amérique du Nord.

En demi-finale, Danielle Perkins (3-0, 1 K.-O.) a vaincu Monika Harrison (2-2-1, 1 K.-O.) pour mettre la main sur la ceinture WBC silver des lourdes par décision unanime dans un combat à sens unique. Les trois juges ont vu un combat de 80-72.

Perkins a servi une leçon de boxe à Harrison, qui n’a jamais été dans le coup.

Sacrée championne du monde amateur en 2019 après avoir gagné le bronze l’année précédente, Perkins est passée chez les professionnelles quand les Jeux olympiques de Tokyo ont été reportés. Elle s’est lancée en boxe quand un accident de voiture l’a forcée à mettre fin à sa carrière de basketteuse professionnelle.

Le premier combat féminin de la soirée a opposé les poids coqs Marlen Esparza (9-1, 1 K.-O.) à la Torontoise Shelly Barnett (4-4-2). Esparza, médaillée de bronze des Jeux olympiques de Londres et d’argent des Panaméricains de Toronto, n’a fait qu’une bouchée de Barnett, signant une victoire par décision unanime. Tous les rounds ont été à l’Américaine ; deux juges ont même donné un round de 10-8 sans chute, pour un pointage de 60-53.

Dans le combat suivant, Jamie Mitchell (6-0-2, 4 K.-O.) a complètement dominé Noemie Bosques (12-16-3, 2 K.-O.) chez les poids coqs, à un point tel que l’arbitre a stoppé le combat à la fin du cinquième round pour un K.-O. technique.

En tout début de soirée, le poids moyen Timur Kerefov (11-0, 6 K.-O.), protégé de l’ex-entraîneur d’Adonis Stevenson, Sugar Hill, a défait Manny Woods (16-11-1, 6 K.-O.) par K.-O. technique. L’arbitre a stoppé le combat au troisième round en raison d’une vilaine coupure à l’œil gauche de Woods.

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