Les Canadiens ont du mal à se qualifier aux jeux de Tokyo

Melissa Bishop-Nriagu détient la marque canadienne à 1:57,01, mais comme la saison 2020 a été rayée de la carte, son meilleur temps jusqu’ici est le 2 : 00,98 réussi en salle à Boston, en février dernier. 
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Melissa Bishop-Nriagu détient la marque canadienne à 1:57,01, mais comme la saison 2020 a été rayée de la carte, son meilleur temps jusqu’ici est le 2 : 00,98 réussi en salle à Boston, en février dernier. 

Melissa Bishop-Nriagu voulait mettre toutes les chances de son côté en déménageant le mois dernier en Colombie-Britannique pour faciliter son entraînement, mais la route vers les jeux Olympiques de Tokyo s’annonce ardue pour la coureuse canadienne, qui peine à se qualifier.

« C’est très difficile, et ça l’est encore plus en raison de la pandémie. Au final, j’ai besoin de courses et j’en ai besoin rapidement », confie la médaillée d’argent au 800 m.

Avant la pandémie, World Athletics (WA) a mis en place un nouveau système de qualification, qui permet d’obtenir automatiquement sa place à l’aide d’un résultat-cible. L’autre solution est de se classer parmi les 48 meilleurs de sa discipline, à l’issue d’un système de pointage complexe basé sur les cinq meilleurs résultats d’un athlète en compétitions majeures.

Pour Bishop-Nriagu, ce temps est d’une minute 59,50 secondes (1:59,50). Elle détient la marque canadienne à 1:57,01, mais comme la saison 2020 a été rayée de la carte, son meilleur temps jusqu’ici est le 2 : 00,98 réussi en salle à Boston, en février dernier. « La voie la plus facile est de réussir le standard et de passer à autre chose, mais ce n’est pas facile compte tenu des restrictions de déplacement », fait-elle valoir. Lueur d’espoir pour la jeune femme : les essais nationaux, prévus du 24 au 27 juin à Montréal, constituent une belle occasion d’établir le standard identifié par WA ou d’amasser des points de classement.

Athlétisme Canada espérait envoyer une délégation de plus de 60 athlètes au Japon cet été. Or, 24 seulement ont obtenu des résultats leur permettant de se qualifier jusqu’ici, en grande partie en raison de l’impossibilité de participer à des compétitions.

D’autres disciplines touchées

Champion olympique en titre au saut en hauteur, Derek Drouin devra travailler encore plus dur que Melissa Bishop-Nriagu pour se qualifier. Ennuyé par des blessures au cours des deux dernières saisons, il n’est même pas classé. Comme il reste à Toronto, il ne peut pas voyager pour prendre part à des compétitions internationales.

Athlétisme Canada fait pression pour que les règles de qualification soient simplifiées afin que tous profitent de chances équitables à Tokyo. « C’est injuste pour les Canadiens présentement, c’est terrible, déplore Simon Nathan, directeur haute performance d’Athlétisme Canada. Les dilemmes sont lourds pour les athlètes : si je ne voyage pas, je ne peux me qualifier. Si je voyage, il y a des endroits plus risqués que le Canada pendant la pandémie. Si je voyage, je dois me plier à la quarantaine au retour, sans rien faire pour deux semaines. Pendant ce temps, mes rivaux participent à des compétitions. Le stress vient de toutes les directions. »

L’athlétisme n’est pas le seul sport qui peine à offrir des occasions de qualifications à ses athlètes en raison des protocoles sanitaires du Canada. Le pays a promis d’envoyer la plus forte délégation de son histoire en basketball masculin l’an dernier, quand les JO devaient avoir lieu. Maintenant, le calendrier condensé de la NBA entre en conflit avec le tournoi de qualification, qui doit avoir lieu en juin, à Victoria.

De son côté, l’équipe de boxe est en quarantaine à moins de trois mois de son tournoi de qualification en Argentine après qu’un membre de l’équipe eut subi un test positif plus tôt cette semaine. Quant à la nouvelle discipline du canoë féminin, le Canada n’a toujours pas qualifié de C-2. Une qualification continentale doit avoir lieu au Brésil en avril. Il s’agira de l’unique chance de se qualifier… si elle n’est pas annulée.

Dernière minute

La date limite pour inscrire un athlète à une compétition aux JO de Tokyo est le 5 juillet, soit dans moins de cinq mois. « Nous verrons beaucoup de qualifications de dernière minute, concède Éric Myles, chef du sport au Comité olympique canadien (COC). Il y aura des histoires difficiles, déchirantes, c’est certain. Il y a tant de variables. Nous tentons de prévenir les injustices le plus possible, mais ce n’est pas simple. Le virus ne fait rien pour rendre les choses simples. »

Le Canada a gagné sa place dans 99 épreuves en vue de Tokyo 2020, ce qui représente 239 athlètes, selon M. Myles. Des 35 fédérations de sports estivaux, 28 sont toujours dans leur processus de qualifications. « Le poids émotif qui pèse sur ces athlètes, le personnel et les gens qui travaillent de près est considérable. »

Les athlètes paralympiques font face aux mêmes problèmes, mais avec un niveau de complexité de plus. Afin de pouvoir participer aux Paralympiques contre des athlètes aux handicaps similaires à Tokyo, ils doivent être classifiés avant les Jeux.

« En raison de toutes les annulations, nous avons plusieurs athlètes qui ne sont pas classifiés, alors ils ne pourront pas concourir », a déclaré le directeur des sports d’été d’À Nous le podium, Mark Hahto. « Certains d’entre eux sont des espoirs de médailles. Ils ne pourront pas être des Paralympiques si nous ne pouvons pas les inscrire à une compétition de classification. »