La pression monte sur les commanditaires olympiques

Les commanditaires veulent profiter de la vitrine olympique, mais ces Jeux risquent de nuire à leur image de marque en raison des violations des droits de la personne signalées contre les Ouïgours musulmans, les Tibétains et d’autres minorités en Chine.
Photo: Mark Schiefelbein Associated PRess Les commanditaires veulent profiter de la vitrine olympique, mais ces Jeux risquent de nuire à leur image de marque en raison des violations des droits de la personne signalées contre les Ouïgours musulmans, les Tibétains et d’autres minorités en Chine.

D’une part, il y a les 15 principaux commanditaires olympiques, de nombreux noms connus comme Airbnb, Coca-Cola, Visa, Toyota, Samsung et General Electric. Ensemble, ils versent au moins un milliard de dollars américains au Comité international olympique (CIO).

Ils sont réunis par les Jeux olympiques d’hiver de 2022 à Pékin, qui s’ouvriront dans un peu moins d’un an. Les commanditaires veulent profiter de la vitrine olympique, mais ces Jeux risquent de nuire à leur image de marque en raison des violations des droits de la personne signalées contre les Ouïgours musulmans, les Tibétains et d’autres minorités en Chine.

Dans l’autre coin se trouvent des avocats et des activistes internationaux. Ils les ont qualifiés de « Jeux du génocide » et font pression sur les commanditaires, le CIO et les fédérations sportives mondiales pour qu’ils enquêtent.

Des milliers d’athlètes olympiques sont pris entre deux feux. Pour la plupart, c’est une occasion unique de devenir célèbre et de décrocher une médaille. Mais ils sont isolés. Ceux qui s’expriment peuvent être sanctionnés par les organismes olympiques, abandonnés par des commanditaires et menacés par l’État chinois.

« Ce n’est pas juste que ces énormes institutions pouvant s’exprimer laissent aux athlètes individuels le soin de le faire, déplore en entrevue Blair McDougall, directeur de la campagne britannique « Stop Uyghur Genocide » (« Stop à la répression des Ouïgours »). Les comités nationaux pourraient en parler, les commanditaires, le CIO. »

Au lieu de cela, c’est silence radio. « Une fois de plus, les athlètes sont utilisés comme des pions », soutient de son côté Rob Koehler, directeur général de Global Athlete, un groupe de défense des athlètes olympiques.

« Taire le problème »

Ce seront les deuxièmes Jeux olympiques à Pékin en 14 ans, après les Jeux d’été de 2008 qui devaient améliorer les droits de la personne en Chine. Ces Jeux olympiques ont atterri en Chine après le retrait de plusieurs candidatures européennes en raison des coûts et de l’opposition du public. Le CIO avait deux choix : Pékin ou Almaty, au Kazakhstan. Pékin a gagné lors d’un vote serré 44-40.

« Notre demande aux commanditaires est simple, insiste Blair McDougall : rencontrez les Ouïgours et les gens qui ont survécu au réseau des camps afin que vous ne soyez pas complice de l’utilisation des Jeux pour faire taire le problème, en étant utilisé comme un outil de propagande pour détourner l’attention de ce qui se passe. »

Associated Press a ainsi contacté les trois commanditaires olympiques basés au Japon. Toyota a simplement indiqué qu’il n’était pas en mesure de commenter la situation au Xinjiang, Bridgestone a envoyé une lettre type du CIO et Panasonic n’a pas immédiatement répondu.

Charte olympique

L’avocat des droits de la personne basé à Londres Michael Polak a déposé une plainte auprès de la commission d’éthique du CIO au sujet des « violations de la Charte olympique » par Pékin. Au lieu de répondre, la commission l’a renvoyé à une déclaration du président du CIO, Thomas Bach.

Le principe 6 de la charte, sous « olympisme », interdit la discrimination « de toute nature, telle que race, couleur, sexe, orientation sexuelle, langue, religion, opinion politique ou autre, origine nationale ou sociale, propriété, naissance ou autre statut. »

M. Polak prévoit de faire un suivi auprès de Ban Ki-moon, ancien secrétaire général des Nations unies et président de la commission d’éthique du CIO. La commission elle-même n’est pas indépendante du CIO, mais l’avocat pense qu’elle devrait l’être.

Le CIO a souvent répété sa position : il organise simplement des événements sportifs et « n’a ni le mandat ni la capacité de changer les lois ou le système politique d’un pays souverain ».

Le porte-parole du CIO, Mark Adams, a refusé une demande de l’Associated Press visant à rendre Juan Antonio Samaranch fils disponible pour un entretien avec un journaliste et un avocat des droits de la personne. M. Samaranch dirige les préparatifs du CIO pour Pékin.

Lors d’une récente entrevue accordée à l’agence de presse officielle chinoise Xinhua, il a qualifié les progrès des Jeux de « vraiment remarquables ».

Il participe également à la gestion de la Fondation Samaranch en Chine. La fondation affirme que son objectif est de promouvoir « l’olympisme ». Un programme répertorié sur son site Web est consacré à « une conduite sûre et des sports sains » dans le Xinjiang, la région où se trouvent les camps d’internement.

Selon Michael Polak, il est impossible pour le CIO de garantir que les éléments utilisés dans les Jeux — souvenirs, technologie pour chronométrer les courses ou vêtements — ne soient pas produits par le « travail forcé » ouïgour.

Déplacer les Jeux

La Chambre des communes à Ottawa a unanimement adopté cette semaine lors d’un référendum non contraignant une motion reconnaissant l’existence d’un génocide contre plus d’un million de Ouïgours et a appelé le CIO à déplacer les Jeux olympiques de Pékin. Le parlement néerlandais a adopté jeudi une motion similaire affirmant que le traitement équivalait à un génocide.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a déclaré qu’il pensait qu’un génocide était commis contre les Ouïghours.

L’avocat Michael Polak souligne que la convention des Nations Unies sur le génocide énonce une grande partie des comportements qui ont lieu en Chine. « Sur le plan international, il n’y a pas de contestation sur le fait que des crimes contre l’humanité sont en cours. Que cela équivaille à un génocide, il y a quelques arguments. Bien que la plupart des gens semblent maintenant admettre que cela atteint le stade du génocide. On parle d’empêcher des naissances et de séparer les enfants de leur famille. »

M. Polak ajoute par ailleurs que les Jeux pourraient par inadvertance profiter aux Ouïgours. « La couverture télévisée mettra en évidence les violations des droits, et les athlètes pourraient exprimer des critiques. Les athlètes font pression pour ce droit avec des changements à la règle 50 du CIO. »

Avec Yuri Kageyama, à Tokyo

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