Tour de France - Armstrong s'envole

Lance Armstrong refuse encore d’envisager, du moins en public, un sixième titre et pourtant...
Photo: Agence Reuters Lance Armstrong refuse encore d’envisager, du moins en public, un sixième titre et pourtant...

L'Alpe d'Huez — La malédiction du sixième Tour n'a pas d'effet sur Lance Armstrong. L'Américain, qui se dirige à pas de géant vers un nouveau succès historique dans la Grande Boucle, a survolé hier le contre-la-montre de l'Alpe d'Huez, reléguant une nouvelle fois tous ses rivaux au rang de faire-valoir.

Le leader de l'US Postal, qui a signé son troisième succès individuel depuis le début de la course le 3 juillet dernier, a avalé les 21 virages et les 15,5 km de ce premier chrono en pente parti du Bourg-D'Oisans à 23,436 km/h de moyenne! Dans son style habituel, en danseuse sur son vélo, s'appuyant sur un rythme de pédalage infernal, Armstrong s'est imposé en 39:41 minutes et a été le seul à passer sous les 40 minutes au sommet.

Deuxième de l'étape, son grand rival Jan Ullrich (T-Mobile), le visage décomposé par la souffrance, lui a abandonné 1:01 minute. Le champion d'Allemagne Andreas Kloden (T-Mobile) a perdu 1:41 minute, tandis que son dauphin au classement général Ivan Basso (CSC) a concédé 2:23 minutes.

«Je voulais vraiment cette victoire en raison de toute l'histoire qui entoure cette montagne et de son importance dans la course, a commenté Armstrong. Cette journée était très importante.»

Devant les centaines de milliers de spectateurs massés au bord de la route, le quintuple vainqueur du Tour, déjà victorieux à Arras du contre-la-montre par équipe avant ses triomphes au Plateau de Beille et à Villard-de-Lans, a mis son maillot jaune de leader hors de portée de ses rivaux.

«C'était beaucoup d'émotion, d'adrénaline, a commenté le Texan de 32 ans. Il y avait beaucoup de public et j'ai eu très peur. A mon avis, ce n'est pas une bonne idée de faire un contre-la-montre dans l'Alpe d'Huez. Il y avait beaucoup des supporters allemands qui ont été "dégueulasses" mais c'est la vie.»

Montagne de légende

L'Alpe d'Huez, gravie 24 fois par les hommes du Tour de France, n'avait encore jamais accueilli de contre-la-montre sur sa pente. Armstrong, qui s'était déjà imposé sur cette montagne de légende en 2001, est bel et bien intouchable. Basso, qui a été avalé par l'Américain dans les derniers kilomètres de l'ascension, pointe désormais à 3:48 minutes au général. Et Kloden, troisième, est relégué à 5:03. Quant à Ullrich, il doit se contenter de la quatrième place, à 7:55 minutes. Autant dire que la course est jouée.

«Je ne m'attendais pas à prendre autant de temps à Ivan Basso, a ajouté le "boss". Au début, je ne savais pas à quelle vitesse j'allais et quelle était ma forme. Mais un spectateur m'a dit "Une minute d'avance". Je lui ai répondu, "non, non ce n'est pas possible".»

Parti un peu moins vite qu'Ullrich, impressionnant de puissance dans les premiers kilomètres, Armstrong, suivi dans la voiture de l'US Postal par sa fiancée Sheryl Crow, a ensuite fendu la foule dès que la route s'est élevée. Et après 9,5 kilomètres, l'ancien champion du monde comptait déjà 40 secondes d'avance sur l'Allemand, beaucoup plus à l'aise dans les Alpes que pendant la traversée des Pyrénées, mais incapable de rivaliser. Comme tous les autres: le grimpeur espagnol Francisco Mancebo (Îles Baléares) a perdu 3:41 minutes et tiré un trait sur le podium. Quant à l'ancien maillot jaune français Thomas Voeckler, il a fini 88e, à 6:36 minutes.

«J'espérais perdre un peu moins de temps, mais Lance était supérieur, a commenté Basso, huitième de l'étape. Je n'ai rien à me reprocher, j'ai donné le maximum.»

Dimanche à Paris, Armstrong devrait dépasser les quintuples vainqueurs du Tour Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Mais l'Américain refuse encore d'envisager cette hypothèse en public.

«Aujourd'hui, j'étais concentré sur l'idée de finir l'étape en bonne santé et je voulais consolider ma place au général, a ajouté Armstrong, vainqueur hier de sa 19e étape sur le Tour. J'étais concentré, je ne pensais pas à un sixième succès. À ça, je n'y penserai que dans le dernier tour sur les Champs-Élysées.»

Homme de records, Armstrong en a laissé échapper un hier, par une seconde. L'Américain a effectué les 13,8 km d'ascension (7,9 % de moyenne) en 37:36 minutes. En 1995, Marco Pantani, disparu cet hiver après une overdose de cocaïne, avait fait mieux.