Le président du comité d’organisation des JO de Tokyo démissionne

M. Mori, ancien premier ministre japonais connu pour ses dérapages verbaux, a déclaré la semaine dernière que les femmes avaient des difficultés à parler de manière concise lors des réunions, ce qui est « embêtant ».
Photo: Toshifumi Kitamura Archives Agence France-Presse M. Mori, ancien premier ministre japonais connu pour ses dérapages verbaux, a déclaré la semaine dernière que les femmes avaient des difficultés à parler de manière concise lors des réunions, ce qui est « embêtant ».

Critiqué de toutes parts pour des propos sexistes tenus la semaine dernière, le président du comité d’organisation des Jeux olympiques (JO) de Tokyo, Yoshiro Moria a annoncé vendredi sa démission.

« Mes déclarations inappropriées ont causé beaucoup de trouble [...]. Je souhaite démissionner de la présidence dès aujourd'hui », a déclaré vendredi M. Mori, 83 ans, lors d'une réunion du conseil exécutif de Tokyo-2020.

Plusieurs grands médias nippons, citant des sources anonymes, avaient indiqué jeudi que M. Mori avait informé des responsables de sa volonté de démissionner et de l’annoncer lors d’une réunion des organisateurs des JO vendredi.

Le patron de JO de Tokyo, un ancien premier ministre japonais (2000-2001) connu pour ses dérapages verbaux, avait déclaré la semaine dernière que les femmes ont des difficultés à parler de manière concise, ce qui est « embêtant ». L’homme de 83 ans s’était excusé maladroitement le lendemain, tout en excluant de démissionner.

Une avalanche de critiques avait suivi au Japon et à l’étranger. Même des commanditaires des Jeux comme le géant Toyota, habituellement discrets, étaient montés au créneau, affirmant eux aussi que les remarques de M. Mori étaient contraires à l’esprit olympique.

Dans un premier temps, après les excuses de M. Mori, le Comité international olympique (CIO) avait déclaré qu’il considérait l’affaire close, mais avait ensuite estimé que ses propos étaient « complètement inappropriés », alors que les réactions étaient de plus en plus vives.

Des sportifs comme la vedette japonaise du tennis Naomi Osaka, des bénévoles impliqués dans l’organisation des Jeux, des élus de l’opposition au Japon ou encore des membres du personnel d’ambassades à Tokyo ont tous protesté de diverses manières ces derniers jours.

La gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, avait aussi accentué la pression mercredi en annonçant qu’elle comptait ne pas assister à une réunion de toutes les parties prenantes des JO prévue plus tard ce mois-ci, estimant le moment inopportun.

Lancée il y a une semaine, une pétition en ligne appelant les responsables des JO à ne pas rester les bras croisés dépassait les 146 500 signatures au moment où ces lignes étaient écrites.

Un nouveau président à la rescousse?

Selon plusieurs médias japonais, l’ancien joueur de soccer Saburo Kawabuchi, 84 ans, pourrait être nommé à la place de M. Mori. Ce dernier a demandé jeudi à M. Kawabuchi de lui succéder, et ce dernier a accepté, toujours selon les médias locaux. « Si je suis élu président, je ferai de mon mieux », a déclaré M. Kawabuchi à des journalistes après un entretien d’environ une heure avec M. Mori, a rapporté la chaîne de télévision publique NHK.

En tant que premier dirigeant de la J-League (1991-2002) puis de la fédération japonaise de football de 2002 à 2008, M. Kawabuchi a joué un rôle clé dans le développement du soccer professionnel au Japon et la popularisation de ce sport dans le pays. Il a par la suite présidé la Fédération japonaise de basketball, et occupe actuellement la fonction symbolique de maire du Village olympique.

Nouvelle tuile

L’affaire Mori est un nouvel épisode de la tumultueuse saga des Jeux olympiques de Tokyo, déjà marquée par deux démissions de hauts responsables en 2019.

En mars 2019, le président du Comité olympique japonais Tsunekazu Takeda, grand artisan de la candidature victorieuse de Tokyo pour les JO de 2020, avait annoncé son départ, officiellement parce qu’il avait atteint la limite d’âge à son poste.

Mais M. Takeda venait surtout d’être mis en examen quelques mois plus tôt par la justice française, qui le soupçonne d’avoir versé des pots-de-vin à des membres du CIO en 2013 pour obtenir leur soutien à la candidature de Tokyo.

Un mois plus tard, c’était au tour du ministre japonais chargé des JO, Yoshitaka Sakurada, de démissionner à cause de gaffes à répétition.

Il avait notamment tenu des propos jugés choquants vis-à-vis des habitants de zones ravagées par le tsunami de mars 2011 au Japon, et s’était aussi dit auparavant « déçu », sans montrer la moindre compassion, quand la nageuse Rikako Ikee, grand espoir nippon de médaille olympique, avait annoncé souffrir d’une leucémie.

Reportés l’an dernier en raison de la pandémie, les JO de Tokyo doivent se tenir cet été, du 23 juillet au 8 août 2021.

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