Biathlon: le rapport qui accable Anders Besseberg

Anders Besseberg «a, de manière constante, protégé les intérêts de la Russie dans tous ses actes et ses prises de paroles, bien au-delà de toute rationalité», note la commission de révision externe mise en place par la Fédération internationale de biathlon.
Photo: Barbara Gandl APA via Agence France-Presse Anders Besseberg «a, de manière constante, protégé les intérêts de la Russie dans tous ses actes et ses prises de paroles, bien au-delà de toute rationalité», note la commission de révision externe mise en place par la Fédération internationale de biathlon.

Corruption, prostituées, parties de chasse en Russie : une commission indépendante mise en place par la Fédération internationale de biathlon (IBU) a publié jeudi un rapport accablant contre son ancien président Anders Besseberg, l’accusant d’avoir couvert des cas de dopage russes en échange de diverses faveurs.

La commission de révision externe de l’IBU, qui a examiné plus de 70 000 documents, décrit en détail la manière dont le dirigeant norvégien, en poste de 1992 à 2018 avant de démissionner après les premières révélations de l’affaire et un rapport de l’Agence mondiale antidopage (AMA), a servi le camp russe durant de nombreuses années avec l’aide de sa directrice générale, Nicole Resch.

Anders Besseberg « a, de manière constante, protégé les intérêts de la Russie dans tous ses actes et ses prises de paroles, bien au-delà de toute rationalité », note la commission de révision externe, lancée en 2018 par son successeur à la tête de l’IBU, le Suédois Olle Dahlin.

Dans ce document de plus de 200 pages, basé sur des témoignages de lanceurs d’alerte, des perquisitions menées par les polices autrichienne et norvégienne et sur le rapport de l’AMA, le Norvégien, aujourd’hui âgé de 74 ans, est notamment épinglé pour avoir reçu au moins 200 000 dollars (164 900 euros) de responsables russes, d’avoir été convié à des parties de chasse en Russie et d’avoir été fourni en prostituées.

« Tout le monde savait »

« Tout le monde savait dans les premiers cercles de la Fédération internationale que le président était accompagné d’une jeune “traductrice” pour tous ses séjours en Russie », précise le rapport.

Il aurait en contrepartie caché directement plusieurs cas de dopage. Il a également exercé un lobbyisme intense auprès du comité exécutif de l’IBU pour garantir la participation des Russes aux Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang en 2018 et pesé de tout son poids en septembre 2016 pour accorder l’organisation des Mondiaux de biathlon 2021 à Tioumen en Sibérie, alors que le scandale de dopage institutionnalisé dans le sport russe entre 2011 et 2015 avait déjà été révélé. Ces Championnats du monde, prévus du 10 au 21 février, ont finalement été réattribués à Pokljuka (Slovénie) après le départ d’Anders Besseberg.

Nicole Resch ne serait pas en reste. L’ex-secrétaire générale de l’IBU aurait ainsi reçu en 2009 une boîte de bijoux de la part du vice-président de la Fédération russe Alexander Tikhonov, selon le rapport.

Complaisance

Signe de sa complaisance envers les Russes, la dirigeante n’a pas suivi les protocoles habituels après la révélation aux JO 2014 de valeurs sanguines anormales chez le biathlète Evgeny Ustyugov, qui a depuis perdu tous ses titres entre 2010 et 2014 pour dopage, et elle aurait tenté d’étouffer une enquête après la découverte d’une seringue contenant de l’EPO.

Ce rapport, qui jette une lumière crue sur les liens de corruption entre les anciens responsables de l’IBU et la Russie, est désormais entre les mains de l’Unité d’intégrité du biathlon, seule habilitée à prendre des sanctions disciplinaires.

« Nous sommes choqués par les actes répréhensibles qui ont été décrits […] a réagi le président de l’IBU, Olle Dahlin, dans un communiqué. Grâce à la création de l’Unité d’intégrité et aux nombreuses réformes de gouvernance que nous avons introduites au cours des deux dernières années, nous avons maintenant les garanties que ces actes répréhensibles ne se reproduisent plus. »

L’Agence mondiale antidopage (AMA) a elle aussi accueilli « avec satisfaction » le rapport de la Commission de révision externe de l’IBU.

« Nous sommes heureux que notre travail ait contribué à l’enquête […] Les allégations présentées dans ce rapport sont révoltantes pour tous ceux qui se soucient de l’intégrité du sport. Cependant, il est important de reconnaître que l’IBU a pris, à la suite de ce scandale, des mesures importantes pour renforcer l’intégrité de son programme antidopage », a déclaré le président de l’AMA, Witold Banka.

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