Le légendaire joueur de baseball Hank Aaron est mort

Hank Aaron est décédé paisiblement dans son sommeil à l'âge de 86 ans.
Photo: Ron Harris Associated Press Hank Aaron est décédé paisiblement dans son sommeil à l'âge de 86 ans.

Plus qu’un grand joueur de baseball, Hank Aaron était un grand homme aux yeux de son ex-coéquipier Claude Raymond, qui a été touché par le décès du membre du Temple de la renommée du baseball, vendredi.

« Quand tu parles de Hank Aaron, tu parles d’un gentleman extraordinaire », a déclaré Raymond au cours d’un entretien téléphonique avec La Presse canadienne, quelques minutes seulement après avoir appris le décès de son ex-coéquipier.

Raymond a été son coéquipier de 1961 à 1963 avec les Braves de Milwaukee, puis à Atlanta, de 1967 jusqu’à son départ vers Montréal en 1969.

« Ç’a été un privilège de jouer avec lui à Milwaukee et Atlanta, a souvent répété Raymond au cours de cet entretien. Dans mon livre à moi, c’est lui le roi des circuits à 755, pas Barry Bonds à 762. Hank n’a jamais eu besoin d’aide pour frapper ses circuits.

« Mais plus que tout, c’est de l’homme que je me souviens. Un gars réservé, qui ne parlait pas beaucoup. Mais quand il parlait — jamais fort et toujours seul à seul avec vous —, tout le monde l’écoutait », a-t-il ajouté.

Mais Raymond se rappelle aussi le redoutable compétiteur qu’il était.

« Ce n’était pas qu’un frappeur de circuits, mais un joueur très complet. Il pouvait voler un but quand il voulait », a souligné Raymond avec justesse, Aaron ayant terminé avec 240 larcins et 5 saisons de 20 buts volés ou plus, dont une de 31 en 1963, année où il a frappé 44 circuits et produit 130 points.

« Il avait aussi un bras extraordinaire et était un excellent voltigeur défensif. Souvent, je me faisais frapper une balle et je me dirigeais vers le troisième but, car je me disais que ça allait être au moins un double. Quand je me levais les yeux, Hank était sous la balle pour la capter. Il était très intelligent. Comme voltigeur de droite, tu ne pouvais demander mieux que ça. Mais les gens en parlaient moins, car contrairement à Roberto Clemente, à qui je ne veux rien enlever, pour Hank, ça semblait toujours facile », s’est-il souvenu.

Raymond a souvent mentionné qu’il devait sa première victoire dans les Majeures au cogneur de puissance des Braves.

« On jouait contre les Phillies et Jack Baldschun, un lanceur de balles tire-bouchon, était au monticule pour eux. Je venais de lancer la huitième et le pointage était égal en neuvième. Hank vient s’asseoir à côté de moi », a-t-il commencé par dire.

« “Frenchie, qu’il me dit, je vais aller au bâton contre lui et il va m’envoyer des balles tire-bouchon. Je vais mal paraître sur deux lancers d’affilée, avant qu’il m’envoie une troisième balle tire-bouchon. Je vais frapper un circuit et nous allons gagner.” Comme de fait, c’est ce qui est arrivé. Sur le premier tir, son élan était si raté qu’il en a perdu son casque protecteur, comme s’il n’avait vu ce lancer de sa vie », a raconté Raymond.

« J’ai été chanceux : mes trois ou quatre premières victoires, c’est lui ou Eddie Matthews qui a frappé un circuit à notre dernier tour au bâton pour me donner la victoire », a-t-il résumé.

Raymond et Aaron ont été coéquipiers alors que la ségrégation raciale battait encore son plein aux États-Unis. Raymond se rappelle que dans certaines villes, Saint Louis par exemple, l’autobus de l’équipe faisait un détour par les quartiers afro-américains de la ville pour y déposer Aaron et les autres joueurs noirs ou latinos du club.

« On ne les revoyait qu’au stade le lendemain. Je me rappelle qu’en certaines occasions, Eddie Matthews, Lew Burdette et d’autres se levaient d’un bond pour dire au chauffeur qu’on ne pouvait pas laisser nos coéquipiers à tel ou tel endroit. Pour nous, c’était notre ami. Jamais qu’on ne lui proposait pas de venir au cinéma, manger ou prendre un verre avec nous », a assuré le Québécois.

Sans être un ami proche, Raymond a toujours entretenu une relation cordiale avec Aaron, même longtemps après leur retraite.

« Je me rappelle une année quand j’étais entraîneur avec les Expos, nous avions croisé Hank en Floride ou en Arizona — je ne me rappelle plus. Le lanceur Joey Eischen était avec moi, et Hank était une de ses idoles. Il m’avait demandé si je croyais qu’il pourrait obtenir son autographe. Je suis allé le présenter à Hank, qui lui a parlé comme s’il le connaissait depuis longtemps », a dit Raymond.

« Hank m’a souvent dit une phrase qui résume bien sa personnalité : “Je ne veux pas que les gens se souviennent de moi comme d’un grand joueur, mais comme d’une bonne personne’” Je pense qu’il a réussi », a-t-il conclu.

Dans son sommeil

Les Braves d’Atlanta, organisation avec laquelle il a joué dans 21 de ses 23 saisons dans le Baseball majeur, ont indiqué que l’homme de 86 ans est mort paisiblement dans son sommeil. La cause du décès n’a pas été divulguée.

Il avait effectué sa dernière sortie publique il y a plus de deux semaines, alors qu’il avait reçu la première dose du vaccin contre la COVID-19, s’empressant de prier ses compatriotes de faire de même sur ses réseaux sociaux par la suite.

« Le vaccin est efficace », avait-il écrit.

Henry Louis Aaron, né à Mobile, en Alabama, le 5 février 1934, a pendant longtemps été le « Roi des circuits » de la MLB, après avoir devancé les 714 circuits de Babe Ruth en avril 1974.

La quête d’Aaron pour devancer Ruth a été marquée par de nombreuses menaces de mort et des gestes déplorables, plusieurs n’acceptant pas qu’un Noir devance Ruth pour cette marque considérée la plus prestigieuse du baseball. Il a accepté tout ce fiel avec une dignité qui deviendra sa marque de commerce.

L’ancien no 44 des Braves de Milwaukee, des Braves d’Atlanta, puis des Brewers de Milwaukee détient toujours deux marques de la MLB, avec 2297 points produits et 6856 buts parcourus en carrière.

Joueur par excellence de la Nationale en 1957, il a terminé 6 fois 3e au scrutin et 12 fois parmi les 10 premiers. Pendant 21 saisons consécutives, de 1955 à 1975, il a participé au match des étoiles, en plus d’ajouter trois Gants d’or à son palmarès.

Il a pris sa retraite au terme de la saison 1976, sa deuxième avec les Brewers, avec des moyennes offensives de ,305 /,374/,555 et 3771 coups sûrs, qui lui conféraient alors le deuxième plus haut total de tous les temps, derrière les 4189 de Ty Cobb.

Il a été admis au Temple de la renommée du baseball en 1982.

Mais c’est pour un élan en particulier que beaucoup se souviendront de lui, celui qui a fait d’Aaron le Roi des circuits.

Le 8 avril 1974, devant une salle comble à l’Atlanta Stadium et une audience nationale à la télévision, Aaron a envoyé l’offrande d’Al Downing, des Dodgers de Los Angeles, par-dessus la clôture du champ gauche pour récolter un 715e circuit en carrière.

Il a terminé sa carrière avec 755.

Aaron a possédé cette marque pendant plus de 33 ans, soit jusqu’à Barry Bonds, dans la controverse en raison des allégations de dopage qui planent au-dessus de sa tête, en 2007.

En raison de ces allégations, beaucoup considèrent toujours Aaron, qui ne compte que sept circuits de moins que Bonds, comme le réel détenteur de la marque.

Au cours de ces années, « Hammerin’Hank » a petit à petit forgé sa place comme l’une des plus grandes icônes sportives des États-Unis, un trésor national digne de mention dans le même souffle que Ruth, Ali ou Jordan.

Avec Associated Press

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