Le Tour de France n'est pas fini - Armstrong a déjà gagné

Journée de repos, hier, pour Lance Armstrong et tous les cyclistes du Tour de France.
Photo: Agence Reuters Journée de repos, hier, pour Lance Armstrong et tous les cyclistes du Tour de France.

Nîmes — En programmant deux contre-la-montre individuels et la traversée des Alpes dans la dernière semaine de course, les organisateurs du Tour de France pensaient maintenir le suspense jusqu'à Paris. Mais Lance Armstrong et l'US Postal ont tout gâché.

Le champion américain, déjà très fort dans le prologue puis dans le contre-la-montre par équipes, a décimé ses adversaires dans les Pyrénées et rien ne semble pouvoir l'arrêter dans sa quête d'un sixième succès historique le 25 juillet prochain sur les Champs-Élysées. Certes le Tour n'est pas fini, mais Armstrong l'a déjà gagné.

Contrairement à l'an dernier où, moins bien préparé qu'à l'accoutumée, il avait été mis en difficulté, le Texan survole à nouveau l'épreuve, épaulé à la perfection par le rouleau-compresseur bleu de l'US Postal, qui n'a jamais semblé aussi bien rodé.

Avant les deux arrivées en altitude à la Mongie et au Plateau de Beille, Armstrong pointait à 9:35 minutes du maillot jaune français Thomas Voeckler (Brioches La Boulangère). En deux jours, il a réduit cet écart à 22 secondes et occupe désormais la 2e place du classement général devant tous ses rivaux, ou plutôt ce qu'il en reste.

Car tous les adversaires annoncés du quintuple vainqueur de la Grande Boucle ont abdiqué devant le travail de sape de l'US Postal. En mauvaise condition physique, le vainqueur du Tour 1997 Jan Ullrich a été mis à mal dans les Pyrénées. L'Allemand accuse un retard de 6:39 minutes sur son rival américain, et les deux contre-la-montre encore au programme ne devraient pas lui permettre de combler ce fossé.

«Je suis bien sûr déçu, car j'étais venu pour gagner mais, Lance est cette année de nouveau imbattable» a déclaré Ullrich, 8e du classement général.

Quant à l'Américain Tyler Hamilton (Phonak), mal remis de sa blessure au dos subie dans la chute collective d'Angers, il a déjà renoncé. Dernier grand rival d'Armstrong, le Basque Iban Mayo (Euskaltel) a joué de malchance depuis le départ de la course et a sombré dans les Pyrénées. Il est 49e, à 45 minutes et 4 secondes de Voeckler...

Heureusement, Armstrong a dégoté de nouveaux adversaires en chemin. Parmi eux, Ivan Basso (CSC), qui a été le seul à pouvoir le suivre dans les Pyrénées. L'Italien, sacré meilleur jeune du Tour il y a deux ans, a remporté sa première victoire d'étape vendredi à la Mongie devant lui. Le lendemain, au Plateau de Beille, Basso, âgé de 26 ans, a pris la 2e place derrière le «cow-boy», qui a signé ce jour-là sa 17e victoire d'étape sur le Tour.

Au général, Basso pointe à 1:17 minute d'Armstrong et constitue désormais la seule véritable menace. Mais l'ancien champion du monde des moins de 23 ans n'a pas encore attaqué et s'il se contente de suivre le rythme de l'Américain dans les Alpes, il est peu probable qu'il puisse le battre à Paris.

Quand il se penche sur le classement général, le directeur sportif de l'US Postal, Johan Bruyneel, ne fait pas de mystères et annonce que son protégé devrait logiquement gagner le Tour devant Basso et le champion d'Allemagne Andreas Kloden (T-Mobile), actuel 4e du général à 2:56 minutes du Texan. Armstrong devrait pouvoir s'emparer de la tête du classement général dès aujourd'hui à l'issue de la première étape alpestre disputée entre Valréas et Villard-de-Lans (180,5 km), au lendemain de la journée de repos. À moins que Thomas Voeckler ne s'accroche encore comme un beau diable à sa tunique. L'Alsacien de 25 ans vivra aujourd'hui son 10e jour de course en jaune. Aucun coureur français n'avait fait aussi bien depuis Pascal Lino en 1992.

Bref, les adversaires de l'Américain n'ont plus qu'à prier pour que la malédiction du 6e Tour — qui a vaincu Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain — frappe encore.