Alexandre Despatie - Moi, mon plongeon, ma vie

Le plongeur Alexandre Despatie est bien conscient des espoirs que les Québécois placent en lui.
Photo: Pascal Ratthé Le plongeur Alexandre Despatie est bien conscient des espoirs que les Québécois placent en lui.

À l'approche des Jeux olympiques d'Athènes, Le Devoir publie une série de portraits d'athlètes canadiens. C'est un rendez-vous avec nos espoirs olympiques tous les samedis jusqu'au 7 août.

Les cheveux ébouriffés, c'est la mode qui veut ça. Les épaules carrées? Des années d'entraînement quasi quotidien. Le polo aux couleurs de McDonald's? Un renvoi d'ascenseur au commanditaire qui lui permet, à 19 ans, de rouler en voiture de luxe. Mais le calme olympien, à moins d'un mois des Jeux d'Athènes?

Le plongeur Alexandre Despatie est pourtant bien conscient des espoirs que les Québécois placent en lui. Depuis sa victoire-surprise aux Jeux du Commonwealth, en 1998 — il n'avait alors que 13 ans, le Livre des records Guinness l'a noté! — ils ont vu leur petit prince grandir et multiplier les succès sur la scène internationale. Depuis le début de l'année 2004, il s'est accroché au cou pas moins de douze médailles, dont sept d'or, au plongeon synchronisé, au 3 m et à la tour de 10 m, pour laquelle il a de plus en poche le titre de champion du monde. Aux Jeux de Sydney, où il était le plus jeune athlète de la délégation canadienne, le public avait chaleureusement applaudi sa quatrième position. De sa présence à Athènes, il attend maintenant un podium.

«C'est sûr que je ne suis pas dans la même situation [qu'à Sydney]», avoue l'athlète, sans en être autrement impressionné. «Déjà, en compétition, j'ai jamais été un gars vraiment nerveux, je sais pas pourquoi. Et j'ai appris. Depuis que j'ai treize ans que, pour le plongeon, au Canada, on s'attend à des résultats de ma part. Il a fallu que j'apprenne à dealer avec ça de ma propre manière. Ça m'est arrivé, au début, de me laisser distraire quand on me disait de ramener des médailles. Maintenant, je me dis: "Crime, c'est pas eux qui font la job. C'est pas eux qui sont sur le bout du tremplin." Pour moi, la pression, c'est l'athlète lui-même qui en fait ce qu'il veut. Il y en a à qui ça donne un boost. Moi, j'écoute pas.»

Au niveau d'excellence où il évolue, tous les plongeurs ont plus ou moins les mêmes capacités physiques. La différence entre la première marche du podium et une sixième position, c'est souvent affaire de concentration. «Si tu arrives en compétition en pensant: "O.K., il y a tellement de monde qui veulent que je fasse ci, ou ça...", ton focus est complètement déplacé. Tu penses plus à ce que tu as à faire, tu penses à ce avec quoi tu dois revenir. Mais t'as plein de choses à réussir avant ça. L'important, c'est vraiment de se concentrer sur chaque plongeon, un par un.»

Quand un amateur l'arrête en pleine rue pour lui prodiguer des encouragements — ça arrive! — Alexandre Despatie remercie de bon coeur. «Ça me fait plaisir et j'en profite, assure-t-il. Mais je repars et c'est oublié, ça sort de mon esprit. Si je plonge, c'est pour ma satisfaction personnelle, parce que je me sens dans mon élément en compétition. Pas pour la reconnaissance ou la couleur d'une médaille.»

Ces succès sportifs, associés à une gueule d'ange extrêmement médiatique, lui valent toutefois de nombreux avantages collatéraux. Il a déjà fait plusieurs fois le tour du monde. Les magazines et les télés se l'arrachent. Et grâce notamment à son association de longue date avec McDonald's, il est loin de connaître les difficultés financières avec lesquelles de nombreux athlètes québécois — et la majorité des adolescents! — doivent composer.

Années privilégiées

Le principal intéressé en convient volontiers: il doit au plongeon de vivre des années privilégiées. Il y est pourtant venu par hasard — ou, plutôt, par simple impatience. Vers l'âge de dix ans, entre le ski et le plongeon, il a choisi le sport dans lequel le développement est le plus rapide. Il avait les qualités acrobatiques nécessaires et, surtout, il n'a jamais eu peur au moment de sauter. La puissance, la coordination et la souplesse, il les a acquises à force de persévérance.

Résultat? Tout jeune, il multiplie les compétitions... et les victoires. Aujourd'hui, sans le regretter, il constate qu'il y a peut-être perdu une partie de son enfance. «À dix, onze, douze ans, je voyageais et je m'entraînais vingt ou vingt-cinq heures par semaine. J'ai pas eu le temps de faire l'enfant. Pas seulement parce qu'il fallait que je sois sérieux dans ce que je faisais même à ce moment-là, mais parce que j'ai vite été obligé de suivre et de faire comme les plus vieux parce que, sinon, j'aurais été tout seul tout le temps. J'ai dû développer, très vite, beaucoup de maturité.»

Et en voyant ses amis boucler leurs études et se lancer peu à peu dans une carrière, Alexandre Despatie se prend aujourd'hui à s'inquiéter, déjà, de l'après-plongeon. Si la nervosité ne l'atteint pas sur un tremplin, en ce qui concerne la «vraie vie», ça semble être autre chose. «Je veux pas penser à ça tout de suite», affirme-t-il en secouant la tête — un seul geste d'impatience, mais qui tranche avec son calme de sphinx. Quand on insiste, il avoue être attiré par la carrière d'acteur. «Je vais continuer le plongeon jusqu'en 2008, c'est certain. Mais après, si je m'embarque jusqu'en 2012, je vais avoir 27, 28 ans. C'est vieux pour commencer dans le métier... Mais bon, je sais pas. Je verrai en temps et lieu ce qui va se passer.»

Pour l'instant et jusqu'à Athènes, son quotidien est réglé au quart de tour: six heures d'entraînement cinq jours par semaine, journées réservées aux médias, menus planifiés par une nutritionniste, dodo à heure fixe — ou presque. «Quand même, je suis encore un adolescent et je sors avec mes amis une fois de temps en temps! Mais c'est sûr que je peux pas faire tout ce que je veux quand je veux. Quand mes amis décident en plein milieu de la semaine de sortir, c'est impossible pour moi: je m'entraîne le lendemain.» Mais la tentation de déroger est forte. «C'est plus difficile aujourd'hui de rester sur la bonne track parce que je me rends vraiment compte de ce que je manque. Je sais quelle vie mènent les autres. En même temps, je sais qu'eux, ils ne partent pas pour les Jeux olympiques dans quelques semaines. Alors, bon... Je profiterai de mes vacances en revenant!»