Derrière PSG-Basaksehir, un racisme persistant en Europe de l’est

Des joueurs du PSG-Basaksehir
Photo: Francois Mori Associated Press Des joueurs du PSG-Basaksehir

« C’est le Noir là-bas » : sportifs, sociologues et linguistes de Roumanie analysent sous toutes les coutures les propos de l’arbitre roumain ayant entraîné le report du match de C1 entre le Paris SG et Basaksehir, un débat nécessaire sur le racisme persistant dans les tribunes d’Europe de l’est.

À Bucarest, nombre de voix appellent à attendre la conclusion de l’UEFA sur ce scandale mondial provoqué par Sebastian Coltescu.

Et sur les réseaux sociaux, les commentaires reprochant aux instances européennes du football de ne pas avoir réagi lorsque des sportifs roumains ont été traités de « Tziganes » (terme péjoratif désignant les Roms) sont légion.

Mais le président de la Fédération roumaine de football (FRF), Razvan Burleanu, est ferme : « Ces mots-là n’ont pas leur place dans un stade ». Idem pour le ministre Ionut Stroe, qui a rapidement présenté ses « excuses au nom du sport roumain ».

Dans les médias locaux, toutefois, les avis sont partagés. « En roumain, dire que quelqu’un est noir (« negru » ) n’est pas une offense, mais une référence à la couleur de sa peau, une simple précision », affirme Ovidiu Ioanitoaia, vétéran de la presse sportive. Au contraire, lance son confrère plus jeune Theodor Jumatate, « c’est l’expression la plus brutale du racisme, l’essence même de l’humiliation ».

Saisi plus d’une fois ces dernières années de plaintes pour propos « racistes », le président du Conseil antidiscrimination (CNCD), Csaba Asztalos, souligne que « le sport, et le football notamment, ne peuvent être à l’abri de ce fléau très présent au sein de la société roumaine ».

« Laxisme »

Évoquant des incidents où des partisans ont imité des cris de singe ou encore jeté une banane en direction d’un joueur brésilien, il dénonce, dans un entretien à l’AFP, le « laxisme » des clubs et de la Ligue roumaine professionnelle de football (LPF).

En Bulgarie voisine, des incidents similaires avaient émaillé un match de qualification à l’Euro 2020 contre l’Angleterre en octobre 2019. Le président de la Fédération et le sélectionneur avaient démissionné dans la foulée.

Plusieurs clubs bulgares avaient auparavant été sanctionnés par l’UEFA pour « comportement raciste » dans les tribunes. En 2014, des partisans du Levski Sofia avaient ouvertement défié une campagne de l’instance européenne en déployant une banderole appelant à « Dire “oui” au racisme ».

Dans les Balkans aussi, cris de singe et chants racistes ont plusieurs fois valu aux fédérations croate, serbe ou monténégrine des amendes et des matchs à huis clos pour les équipes nationales respectives.

Si la Fédération croate condamne régulièrement de tels comportements, assortis parfois de chants nazis, elle rejette entièrement le blâme sur des « hooligans », estimant être exempte de toute responsabilité.

En 2012, le stade de Belgrade avait été le théâtre d’une bagarre générale à la fin du match U21 Serbie-Angleterre : des fans serbes avaient envahi le terrain, tandis que joueurs et encadrement des deux équipes échangeaient invectives et coups.

Les Roms visés

En Roumanie, les principales cibles du discours de haine sont les Roms, avancent les analystes.

Gelu Duminica, sociologue issu de cette minorité, fait part de son malaise lorsque des partisans scandent « Mort aux Tziganes » ou brandissent des pancartes rendant hommage au maréchal pronazi Ion Antonescu, qui avait prôné la « solution finale » contre cette communauté pendant la Seconde Guerre mondiale.

Selon lui, les sanctions infligées par l’UEFA ont partiellement atteint leur but, car les partisans « commencent à avoir peur d’être pénalisés ». « Mais la coercition à elle seule ne résout pas le problème tant qu’elle n’est pas doublée, ou plutôt précédée, d’éducation à cet effet », décrypte-t-il pour l’AFP.

La Bulgarie, comme d’autres pays de la région, a durci les sanctions contre les hooligans, passibles désormais d’amendes pouvant aller jusqu’à 2500 euros et de 25 jours de détention.

La Roumanie a pour sa part « déployé des efforts » pour combattre le racisme, « mais il y a encore du chemin à faire », note M. Asztalos.

Il insiste sur l’importance du « pouvoir de l’exemple » au sein des responsables du foot. Or on en est loin quand on voit que le patron controversé du FCSB (ex-Steaua Bucarest), Gigi Becali, a refusé le transfert dans son club d’un « homosexuel », avant de récidiver, assurant que les « Noirs » n’étaient pas les bienvenus non plus.

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