Tour de France - Armstrong fustige les médias français

Lance Armstrong (à l’avant-plan), hier: quintuple vainqueur du Tour de France, le cycliste texan est inquiet.
Photo: Agence Reuters Lance Armstrong (à l’avant-plan), hier: quintuple vainqueur du Tour de France, le cycliste texan est inquiet.

Figeac — Lance Armstrong estime que les journalistes français ne reculent devant aucun moyen et ne respectent pas les règles de leur métier pour essayer de le compromettre dans une histoire de dopage.

«Je n'ai rien contre les Français, mais en France ils en ont contre nous et contre le cyclisme, a déclaré hier le quintuple vainqueur du Tour de France. Il ne s'agit pas seulement du ministère des Sports, mais aussi des médias.»

Armstrong a ajouté qu'avant le départ de la 11e étape de la course disputée hier entre Saint-Flour et Figeac (164 km), une équipe de télévision française avait tenté de pénétrer dans sa chambre d'hôtel.

«Après notre départ, une équipe de télévision de France 3 est allée à l'hôtel et a demandé à la réception ainsi qu'au propriétaire où était notre chambre afin d'essayer d'y pénétrer.»

Le journaliste de France 3 Hugues Huet a confirmé qu'il s'était rendu à l'hôtel d'Armstrong pour discuter de la forme de ses coéquipiers et qu'il avait parlé avec le directeur de l'hôtel pendant quelques minutes. Mais il a démenti avoir cherché à obtenir l'accès de la chambre du champion.

«C'est complètement ridicule, a dit Huet à Associated Press. Ce n'est pas du tout dans mes pratiques, on a quand même une déontologie et on ne fait pas n'importe quoi... Si je m'amusais à fouiller la chambre comme ça, je dépasserais la limite.»

Le Texan, qui a qualifié le comportement du journaliste de «scandaleux», a laissé entendre que les journalistes français étaient des hypocrites.

«Ils viennent devant vous et vous posent des questions d'ordre sportif, mais dès qu'ils s'en vont ils fouillent dans les chambres et remuent la boue, a-t-il déclaré. Si vous avez laissé de la vitamine B, ça passera à la télé et ça fera un scandale. On doit vivre avec ça tous les jours.»

Armstrong, âgé de 32 ans, est inquiet. «Il y a ce type de France 3 qui nous a suivis depuis des mois, et c'est scandaleux, a-t-il ajouté. Ce qui fait peur, c'est que s'ils ne trouvent rien et qu'après plusieurs mois ça les frustre, et bien qui nous dit qu'ils ne vont pas laisser quelque chose et dire "Regardez ce nous avons trouvé".»

LeMond accuse

Par ailleurs, le cycliste américain Greg LeMond, trois fois vainqueur du Tour de France, a implicitement accusé Armstrong de dopage dans une entrevue que publiait hier le quotidien Le Monde.

«Lance est prêt à faire n'importe quoi pour garder son secret», y affirme LeMond.

«Il n'y a pas de miracle dans le vélo. Il y a toujours une explication», estime LeMond à propos du retour gagnant d'Armstrong dans le cyclisme après son cancer.

«Mais je ne sais pas comment il pourra continuer à convaincre tout le monde de son innocence», avance l'ancien coureur cycliste.

«Le problème avec Lance, c'est qu'on ne peut pas discuter avec lui du dopage, déplore LeMond. Pour lui, soit tu es un menteur comme Christophe Bassons ou Jésus Manzano [qui ont révélé le dopage au sein de leur équipe], soit tu cherches à détruire le cyclisme.

«Moi, j'ai terminé troisième de mon premier Tour en 1984 et deuxième en 1985. Ma physiologie n'a pas changé comme ça, souligne le triple vainqueur du Tour de France. Après mon accident de chasse en 1987, j'ai mis deux pour revenir mais je n'ai jamais réussi à retrouver le même niveau.

«Il y a toujours eu un problème avec le dopage dans notre sport, mais depuis 10 ans, les produits sont tellement performants qu'ils peuvent changer un athlète physiologiquement».

«On peut transformer une mule en un étalon!», conclut l'ancien cycliste.

Dans un communiqué, Armstrong a déploré les déclarations de son prédécesseur.

«Greg LeMond était mon idole quand j'ai commencé le cyclisme parce que c'était un grand champion et qu'il faisait des choses incroyables sur le vélo, a expliqué le champion. Beaucoup de ses performances étaient vraiment incroyables, et tout particulièrement son retour en forme et sa victoire sur le Tour 1989.

«Je suis déçu et consterné par le fait que, pendant les quatre dernières années, Greg a continué à douter de mes performances et de ma personnalité», a déclaré Armstrong.

Bleu-blanc-rouge

D'autre part, le Français David Moncoutié (Cofidis) a remporté hier en solitaire la 12e étape disputée sous la chaleur entre Saint-Flour et Figeac (164 km), succédant ainsi à ses compatriotes Richard Virenque à Saint-Flour et Jean-Patrick Nazon à Wasquehal.

Tableau d'honneur bleu-blanc-rouge auquel il faut également associer Thomas Voeckler, maillot jaune depuis Chartres, et Sandy Casar, troisième du classement général.

À Figeac, si près de l'endroit où il a grandi, David Moncoutié a devancé de plus de deux minutes ses deux anciens compagnons d'échappée, les Espagnols Juan Antonio Flecha (Fassa Bortolo) et Egoï Martinez (Euskaltel).

Ces succès français sont pour beaucoup dans l'enthousiasme que soulève chaque jour le passage des coureurs.

Ils font oublier la sinistrose qui accompagne le cyclisme tricolore depuis 1998 et rassérènent ceux qui contribuent depuis six ans à l'assainissement du cyclisme.