WWE: le Montréalais Pat Patterson s’éteint à l’âge de 79 ans

Patterson, qui a commencé sa carrière de lutteur au Québec en 1958, s’est exilé aux États-Unis où il a connu du succès pendant près de 20 ans – surtout dans la baie de San Francisco. Il a ensuite fait le saut dans la WWE en 1978.
Photo: Miguel Discart CC Flickr Patterson, qui a commencé sa carrière de lutteur au Québec en 1958, s’est exilé aux États-Unis où il a connu du succès pendant près de 20 ans – surtout dans la baie de San Francisco. Il a ensuite fait le saut dans la WWE en 1978.

Dans l’ombre de « Mad Dog » Vachon, de la famille Rougeau, de Dino Bravo et compagnie, un lutteur québécois a laissé une trace indélébile sur l’univers de la lutte professionnelle : Pat Patterson, de son vrai nom Pierre Clermont.

Le Montréalais d’origine, l’un des monuments de la lutte moderne, est décédé à l’âge de 79 ans, a confirmé la WWE par voie de communiqué mercredi matin.

« Sans farce, c’est probablement le Québécois le plus influent de l’histoire de la WWE, et même de la lutte », a d’abord déclaré l’historien de la lutte professionnelle Pat Laprade à La Presse canadienne.

Patterson est décédé dans un hôpital de Miami aux petites heures ce matin. La cause du décès n’a pas été précisée. Toutefois, selon Laprade, citant le lutteur québécois Sylvain Grenier qui était à son chevet pour ses dernières heures, Patterson serait décédé « d’une insuffisance du foie ».

L’annonce de son décès n’a pas surpris l’ex-lutteur québécois Raymond Rougeau, qui a déjà fait équipe avec lui dans le ring.

« Nous avons été champions ensemble en 1980-81, avons ensuite été des adversaires, et nous avons voyagé ensemble, a évoqué Rougeau. Je savais que sa santé déclinait depuis quelques années, donc je ne suis pas tombé de ma chaise en apprenant la nouvelle ce matin. »

« Mais des émotions ont refait surface ; il y avait de la nostalgie, a-t-il ajouté. Je lui ai parlé pour la dernière fois à Survivor Series l’an dernier à Chicago, et il m’a dit : “Tu sais Raymond, vieillir c’est pas si le “fun” que ça. Le plus difficile, c’est que je n’ai plus de plaisir dans la vie. C’est plate, parce que je suis limité physiquement. Et tant qu’à vivre comme ça, je souhaiterais partir”. Il ne voulait pas finir alité pendant des années. »

Même le légendaire lutteur Hulk Hogan a publié un message sur Twitter pour saluer sa mémoire.

« C’est difficile ce matin d’apprendre le décès de Pat. Je suis ébranlé. Repose en paix, mon frère. Pat et (le lutteur) Buddy Colt m’ont laissé faire la route avec eux lors de mon premier combat, et le plaisir a commencé ce jour-là et n’a cessé qu’aujourd’hui. Je t’aime, mon frère, “tabernac” (sic). HH. »

Patterson fut un scénariste hors-pair et est à l’origine de nombreux concepts innovateurs dans le domaine du divertissement sportif. Il a notamment été le premier tenant du titre intercontinental et a créé les légendaires “Royal Rumbles”, des matchs où plusieurs lutteurs s’affrontent simultanément.

« Il comprenait la psychologie de la lutte comme peu de personnes l’ont comprise dans leur vie, et il est devenu un maître là-dedans. Certains lutteurs lui demandaient régulièrement conseil », a expliqué Laprade, en citant notamment Dwayne « The Rock » Johnson, un ex-lutteur qui est aujourd’hui l’une des plus grandes vedettes du cinéma hollywoodien.

Au cours de sa carrière qui s’est échelonnée sur six décennies, Patterson a fait sa marque sur l’industrie de la lutte, tant au micro qu’en coulisses.

« Pat, pour moi, c’était un génie là-dedans, a mentionné Rougeau. J’ai déjà fait quelques combats contre Pat qui ont duré une heure, et je ne sais pas si vous le savez, mais rendre un match intéressant, de garder le monde captivé, et de finir sur une haute note, c’est très difficile. Pat, lui, il montait ça, montait ça, et montait ça, et ça finissait au sommet. Il avait une compréhension exceptionnelle de la psychologie de la foule. »

Patterson, qui a commencé sa carrière de lutteur au Québec en 1958, s’est exilé aux États-Unis où il a connu du succès pendant près de 20 ans – surtout dans la baie de San Francisco. Il a ensuite fait le saut dans la WWE en 1978.

« Il a quitté le Québec très tôt, parce qu’il a révélé son homosexualité à sa famille et que son père l’a immédiatement mis à la porte de chez lui, a mentionné Rougeau. Évidemment, à l’époque, c’était beaucoup moins accepté dans la société qu’aujourd’hui. Donc Pat est parti aux États-Unis. »

Même si Laprade soutient que son homosexualité était bien connue dans l’univers de la lutte professionnelle, Patterson n’a pas fait son véritable « coming out » avant 2016 — lors de la publication de son autobiographie intitulée Accepted : How the First Gay Superstar Changed WWE.

Malgré le fait qu’il a quitté Montréal très tôt dans sa carrière, Patterson est demeuré attaché à la métropole toute sa vie. Laprade souligne d’ailleurs que Patterson, malgré une longue carrière aux États-Unis, n’a jamais pu cacher ses origines francophones.

« Pat a toujours eu de la difficulté avec ses "s" à la fin des mots en anglais, il disait “banana” même s’il voulait dire “bananas” au pluriel. C’était un peu comme Georges St-Pierre, dans l’UFC, sa signature », a-t-il expliqué.

« Et puis, Pat chantait et il a déjà fait un disque, et chaque fois qu’il revenait à Montréal il se rendait dans un karaoké pour chanter My Way de Frank Sinatra. C’était un “showman”, et c’est ce qu’il recherchait dans la lutte », a-t-il poursuivi.

Celui qu’on surnommait le « Grand Magicien » a annoncé sa retraite sportive en 1984, pour devenir commentateur aux côtés de Vince McMahon. Et c’est en 1988 qu’il a mis sur pied le premier "Royal Rumble" de l’histoire.

Après avoir effectué un bref retour dans l’arène pendant l’« Attitude Era », Patterson a été intronisé au Temple de la renommée de la WWE en 1996, par le lutteur canadien Bret « The Hitman » Hart.

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