Marianne St-Gelais tourne enfin la page sur ses années d’athlète

Marianne St-Gelais lors des Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang en 2018
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Marianne St-Gelais lors des Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang en 2018

Sous le feu des projecteurs pendant sa carrière sportive, Marianne St-Gelais est rapidement devenue la chouchoute des médias et des amateurs au Québec. Et pour cause ! La patineuse de vitesse courte piste de Saint-Félicien avait le don de charmer par sa spontanéité et son sourire.

L’envers du décor est bien différent. Derrière cette image d’athlète flamboyante et assumée se cache une jeune femme qui a souvent eu du mal à composer avec les réalités d’une athlète de haut niveau. Difficile en effet d’être en paix avec soi quand on reconnaît avoir été mal à l’aise avec la victoire pendant la majeure partie de sa carrière…

Un peu plus de deux ans après avoir annoncé sa retraite du patinage de vitesse courte piste, la triple médaillée olympique a décidé de tourner la page de sa vie d’athlète en publiant une biographie découpée en 30 leçons de vie, où elle aborde notamment sans filtre des thèmes comme le sport, la célébrité, la famille et la santé mentale.

La vie pas toujours olympique de Marianne St-Gelais, sous la plume de Rose-Aimée Automne T. Morin, jette un regard parfois cru sur la réalité des athlètes, qui vivent souvent dans un univers parallèle qui les prépare mal à la transition après le sport.

« La vie d’athlète de haut niveau n’est pas normale. C’est une vie déséquilibrée », reconnaît d’emblée la jeune femme de 30 ans lorsqu’on lui fait remarquer que son regard sur sa carrière donne l’impression que le sport lui a volé sa jeunesse.

« Mais c’est ce qu’il faut pour devenir une gagnante », enchaîne-t-elle, jurant qu’elle ne regrette rien et qu’elle est fière de l’athlète qu’elle a été mais surtout de la femme qu’elle veut devenir.

Elle reconnaît que son parcours de vie depuis sa retraite n’a pas été un long fleuve tranquille. En fait, elle est même allée à la dérive.

« J’ai connu ma crise d’adolescence à 28 ans. En toute lucidité, j’admets que j’ai fait n’importe quoi. […] J’ai rapidement compris que je n’avais aucune idée de la direction que je voulais prendre. C’est qui, Marianne St-Gelais, à part une patineuse ? Qu’est-ce qui la motive ? Qu’aimerait-elle faire de son temps ? Je n’avais jamais eu à me poser les questions existentielles qui nous assaillent habituellement à l’adolescence. »

La vie d’athlète de haut niveau n’est pas normale. C’est une vie déséquilibrée. Mais c’est ce qu’il faut pour devenir une gagnante.

 

Si le livre nous fait découvrir une autre facette de sa personnalité, pas toujours candide, St-Gelais note qu’elle a toujours été authentique et que la biographie le reflète bien.

« Il est écrit pour les femmes, car c’est beaucoup la femme en moi qui parle, qui prend la place. Je m’adresse aux jeunes filles, mais aussi aux parents », explique St-Gelais.

Le style d’écriture utilisé par l’autrice devrait d’ailleurs plaire aux jeunes, qui s’y retrouveront. « C’est écrit comme Marianne parle, explique Rose-Aimée Automne T. Morin. J’ai respecté le ton oral de nos conversations. C’est un livre qui, pour une mère d’ado, offre une porte d’entrée pour la discussion sur plusieurs sujets. »

Le livre de 192 pages est également parsemé de plusieurs témoignages des proches de St-Gelais, sa famille, son conjoint, sa coéquipière Kim Boutin et ses entraîneurs.

De Frédéric Blackburn, qui a été son entraîneur au sein de l’équipe nationale de 2012 jusqu’à sa retraite, elle garde un bon souvenir, même si la relation a été difficile au départ. Blackburn a quitté son poste le mois dernier après avoir fait l’objet d’une enquête pour une plainte de harcèlement psychologique.

« Ça m’a fait quelque chose d’apprendre ça, a avoué St-Gelais. Ce n’est pas l’image que je garde de lui. J’ai adoré la façon dont il m’a entraînée. D’aucune façon je n’ai perçu une forme quelconque de harcèlement de sa part. »

Même si elle souhaite tourner la page de sa vie d’athlète, St-Gelais ne tourne pas le dos au patinage de vitesse courte piste. Tout en poursuivant certains projets dans les médias, elle aime entraîner de jeunes patineurs au centre régional canadien d’entraînement de Patinage de vitesse Canada à Montréal.

« Ça me manquait de faire partie d’une équipe, et je voulais faire profiter les jeunes de ma passion et de mon expertise. Est-ce que je ferai ça toute ma vie ? Je ne sais pas encore. »

Pour l’instant, St-Gelais veut surtout assumer sa « nouvelle » vie de femme.  


À voir en vidéo

La vie pas toujours olympique de Marianne St-Gelais

Rose-Aimée Automne T. Morin, KO Éditions. En librairie le 11 novembre.