Régis Lévesque quitte le ring

Régis Lévesque (à gauche) aux côtés de l’ancien boxeur Dave Hilton, lors d’une conférence de presse en 2007, à Montréal, annonçant le retour du pugiliste dans un combat contre Adam Green.
Photo: David Boily La Presse canadienne Régis Lévesque (à gauche) aux côtés de l’ancien boxeur Dave Hilton, lors d’une conférence de presse en 2007, à Montréal, annonçant le retour du pugiliste dans un combat contre Adam Green.

Un grand personnage de la boxe québécoise s’est éteint mardi soir. Régis Lévesque, qui a contribué à populariser la boxe et ses pugilistes au Québec pendant plusieurs décennies à partir des années 1960, a rendu l’âme à l’âge de 85 ans.

C’est ce qu’a confirmé le président de Groupe Yvon Michel (GYM), Yvon Michel, dans un entretien téléphonique avec La Presse canadienne. Lévesque souffrait d’un cancer de la langue depuis un certain temps déjà.

« Ça faisait longtemps qu’il était malade, donc on s’y attendait. On lui a fait nos adieux lorsqu’on l’a rencontré cet été au restaurant Beaubien Déli pour son 85e anniversaire. Tout le monde là-bas était conscient qu’on ne reverrait plus Régis Lévesque vivant », a déclaré Michel, pour qui Lévesque a travaillé pendant près de trois ans chez InterBox au tournant du millénaire.

Homme excessivement imaginatif, coloré, au langage pimenté de jurons, de propos directs et percutants et généralement livrés à une cadence expéditive, Lévesque s’est hissé au rang des personnalités sportives les plus aimées du Québec, autant parmi les personnes travaillant dans le domaine de la boxe que le public en général.

« Il a eu un impact majeur sur la boxe québécoise, et il lui a permis de rester pendant longtemps au sommet, a résumé Michel. Il a fait la transition entre la vieille période de la boxe et les temps modernes. Il a été pendant longtemps de tous les combats importants. »

« Il était davantage un publiciste qu’un promoteur de boxe, proprement dit, a-t-il poursuivi. Il a travaillé pendant longtemps pour les promoteurs financiers Roger Martel et Henri Spitzer, mais il aimait quand même qu’on le catégorise comme promoteur parce qu’il aimait “promoter”. »

« Il avait réussi à marquer l’imaginaire collectif, parce qu’il projetait l’image d’un gars pas très instruit, bourru, mais qui était très brillant et très structuré. […] Il a vraiment fait du bien à beaucoup de monde dans la boxe populaire », a ajouté Michel.

Lévesque était également reconnu pour être un parieur invétéré, qui adorait se rendre à l’hippodrome de Mont-réal (Blue Bonnets). C’est d’ailleurs cet aspect de la vie de Lévesque qui a le plus marqué le vice-président aux opérations et au recrutement de GYM, Bernard Barré.

« Je l’ai vu à son anniversaire l’été dernier, et d’ailleurs je lui avais apporté un cadeau — un billet de loterie Célébrations —, parce que Régis a toujours été un gambler, a noté Barré. Pour moi, Régis a toujours aimé parier. Donc, le billet de loterie, pour moi, c’était le plus beau cadeau que je pouvais lui faire. »

Et l’amour de Lévesque pour la boxe, dont il a été un prolifique promoteur, était indéniable. Personne ne l’a probablement mieux illustré que l’ancien chroniqueur sportif Guy Émond, un autre mordu de ce sport, lui-même décédé en 2019. « Sa plus grande maîtresse était la boxe. Régis a vécu pour elle. C’était un malade de la boxe et il a aimé ses boxeurs. On n’en reverra pas un autre comme lui », avait déclaré Émond, un grand complice du défunt, dans une entrevue publiée sur le site Internet de RDS en décembre 2012.

Né le 8 juillet 1935 à Sainte-Angèle-de-Laval, une ancienne petite municipalité du comté de Nicolet, aujourd’hui rattachée à la ville de Bécancour, Lévesque a d’abord enjambé les câbles des arènes à titre de lutteur vers lafin des années 1950, avant d’amorcer une carrière de boxeur qui aura duré environ trois ans.

Selon des statistiques publiées sur une page Facebook qui lui était consacrée, Lévesque a livré 26 combats amateurs, dont 23 qu’il a gagnés. Il a également participé à deux combats professionnels et subi autant de défaites.

Boxer local

Au début des années 1960, il a réorienté sa carrière en se lançant dans la promotion et l’organisation de galas de boxe à Trois-Rivières. En 1968, il a été au cœur du retour dans le ring du poids lourd Robert Cléroux, un ancien champion canadien, après une absence d’environ cinq ans.

Bien avant InterBox, GYM et Eye of the Tiger Management, Lévesque a ouvert les portes à plusieurs pugilistes du Québec, notamment Donato Paduano, Fernand Marcotte, MarioCusson, Jean-Claude Leclair, GéraldBouchard, Gaétan Hart et les membresde la famille Hilton. Marcotte n’a d’ailleurs pas caché sa grande tristesse en apprenant le décès de Lévesque.

« Il était responsable de la promotion de mes combats, a rappeléMarcotte. C’était tout un personnage ; tout le monde le connaissait à l’époque. C’est surtout mon père, Fernand Marcotte senior, qui faisait affaire avec lui, et même si je ne savais pas grand-chose au sujet des négociations, nous savions que Régis était un grand entrepreneur à l’époque. C’était un bon gars. »

À la fin des années 1970, il a également lancé la carrière d’Eddie Melo, un jeune Portugais venant de Toronto, au style flamboyant, au point d’en faire l’une des cartes d’attraction de plusieurs de ses galas à Montréal.

Par ailleurs, contrairement à InterBox, à GYM et à Eye of the Tiger Management, qui ont fait rayonner leurs athlètes dans tous les coins de l’univers, en plus de permettre à plusieurs boxeurs de l’étranger de lancer et d’établir leur carrière au Québec, Lévesque avait un parti pris pour les soirées de boxe purement locale.

Imagination débordante

Ce favoritisme pour la boxe locale ne l’a pas empêché d’avoir des ambitions internationales en au moins une occasion. Des ambitions peut-être un peu trop grandes.

En 1985, Lévesque lance l’idée de présenter un combat de boxe entre Cléroux, alors âgé de 47 ans, et l’illustre pugiliste américain Joe Frazier, ex-champion mondial des poids lourds de 1970 à 1973, lui-même âgé de 41 ans.

Incapable d’obtenir les attestations qui lui auraient permis d’organiser ce combat dans un contexte conventionnel, il propose alors de le tenir dans un avion militaire, en présence de 400 journalistes !

L’événement n’a jamais eu lieu et pour Lévesque, il en a résulté, au-delà de ce rêve fou brisé, d’importantes pertes financières.

L’arrivée du groupe InterBox, avec Yvon Michel à sa tête à la fin des années 1990, a mené au départ graduel de Lévesque de la scène pugilistique québécoise. Celui-ci a bien passé quelques années au sein de l’entreprise naissante, mais sa philosophie générale et sa vision de la boxe de la fin du XXe siècle ne cadraient pas avec celles de Lévesque.

Dans les mois qui ont précédé son décès, le Temple de la renommée de la boxe internationale a annoncé que Lévesque y sera intronisé, probablement en 2021, soit un an plus tard que prévu, à cause de la pandémie de COVID-19.

À voir en vidéo