En zone rouge, le sport-études s’adapte

Lorsque des régions ont été déclarées «zone rouge» par la Santé publique, cela a sonné le glas des matchs pour les élèves athlètes dans de tels programmes. Plus question de jouer des parties de football, de soccer et de hockey quand les contacts physiques sont interdits.
Photo: iStock Lorsque des régions ont été déclarées «zone rouge» par la Santé publique, cela a sonné le glas des matchs pour les élèves athlètes dans de tels programmes. Plus question de jouer des parties de football, de soccer et de hockey quand les contacts physiques sont interdits.

La COVID-19 a chamboulé les programmes sport-études et le passage en « zone rouge » dans certaines régions y a interdit tous les matchs sportifs. Cette année, le sport-études est-il une mission impossible ?

Pas pour de jeunes athlètes du secondaire du collège Charles-Lemoyne, à Longueuil. Ils s’habituent à leur nouvelle réalité et restent concentrés sur leur objectif : le repêchage, même si cette année, ils rencontrent un obstacle additionnel puisque les règles sanitaires imposées les empêchent de disputer des matchs qui leur auraient permis de bien se mettre en valeur.

« On va s’adapter », assure Victor Brault, un élève hockeyeur de quatrième secondaire au collège Charles-Lemoyne.

Le sport en milieu scolaire — dont les programmes sport-études — a fait l’objet de toutes sortes de restrictions depuis le début de la pandémie.

Lorsque des régions ont été déclarées « zone rouge » par la Santé publique, cela a sonné le glas des matchs pour les élèves athlètes dans de tels programmes. Plus question de jouer des parties de football, de soccer et de hockey quand les contacts physiques sont interdits.

Une déception pour des élèves athlètes du collège Charles-Lemoyne, sur le campus Ville de Sainte-Catherine. Mais pas de nature à les arrêter.

C’est « plate » de ne pas pouvoir jouer, juge toutefois Lucas Sauvé, un élève de quatrième secondaire et un hockeyeur. « Nous, le hockey, on est passionnés par ça », dit Victor Brault, pour expliquer la déception générale, lui qui a commencé à jouer à l’âge de 3 ans.

« Les matchs et les compétitions me manquent », ajoute Lucas, 15 ans.

Mais il n’est pas en colère pour autant : « On ne peut pas être fâché contre une chose sur laquelle on n’a pas de contrôle », dit-il avec sagesse.

La COVID-19 a entraîné toutes sortes de changements dans la pratique de leur sport et de leur programme sport-études.

Au début de l’année scolaire, les jeunes ont pu disputer des parties sans avoir à se déplacer trop loin. Moins longues que d’habitude, avec un nombre de joueurs réduit et seulement avec ceux se trouvant dans leur bulle-classe.

« C’était différent, a expliqué Jean-Simon Houle, un autre hockeyeur de quatrième secondaire. Ce n’était pas notre équipe au complet, et on ne pouvait pas se familiariser avec les autres joueurs de l’équipe. » Ce qui est important pour bien évoluer sur la glace, confirment les autres.

C’est là [en pratique] qu’on développe nos habiletés : on ne va pas être moins bons parce qu’on n’a pas de match

Puis, avec le passage en zone rouge, tout a cessé. Sauf les entraînements. Ce qui constitue une grosse différence avec l’an dernier : à ce moment, les jeunes disputaient des parties de hockey tous les week-ends. En zone COVID verte, jaune et orange, les parties sportives sont permises avec certaines restrictions.

Sans match, sans compétitions, craignent-ils de moins se développer comme joueurs ? Et de prendre du retard ?

Non, ont-ils tous dit en entrevues individuelles.

« Souvent, on progresse plus dans les pratiques », explique Victor, qui est assistant capitaine de son équipe. « C’est là qu’on développe nos habiletés, opine Jean-Simon : on ne va pas être moins bons parce qu’on n’a pas de match. »

Par contre, ce sont les compétitions qui « gardent l’équipe ensemble, qui la serrent et qui l’aident à grandir », estime-t-il.

Dans ces entraînements, ils font des exercices individuels sur la glace — sans contact, en gardant leurs distances — et pratiquent à lancer la rondelle au filet, à réaliser des passes précises et à améliorer leur jeu de patin, entre autres habiletés.

Comme ils vont à l’école en personne un jour sur deux, ce sont lors de ces journées-là qu’ils peuvent faire leurs entraînements avec leurs patins.

Ils disent même y trouver un point positif : cette formule leur donne plus de temps pour étudier leurs autres matières. Pour beaucoup de ces jeunes athlètes qui rêvent d’un repêchage par une université américaine ou un collège américain, les notes sont très importantes.

Andreï Délinois est aussi élève en sport-études au collège Charles-Lemoyne. En cinquième secondaire cette année, son sport est le football.

Sa mère, Lysa Villeneuve, trouve dommage qu’il n’a pas encore joué cette année. « Il a zéro match de football à son actif. »

Et elle voit sa déception quand les parties sont annulées à la dernière minute en raison du resserrement des consignes sanitaires, après toute sa préparation. Une fois, le jeune footballeur de 16 ans est allé se coucher tôt pour sa partie du lendemain, mais à son réveil, il avait un courriel annonçant qu’elle n’aurait pas lieu. « Toutes les fois qu’il devait jouer, il se passait quelque chose. »

« Comme parent, on se demande si on peut les garder sur la bonne ligne. »

Mais elle constate avec plaisir que l’absence de match n’a pas eu d’impact sur sa motivation scolaire. Et puis, l’équipe d’entraîneurs de football a trouvé de bonnes façons d’adapter les entraînements, souligne-t-elle.

Son fils s’entraîne de lui-même les jours où il ne va pas à l’école. Et il étudie très fort.

« Il vise les États-Unis, explique-t-elle. Les exigences scolaires sont élevées, alors il travaille très fort dans ce but. »

Le repêchage

La COVID-19 est malheureusement arrivée à un moment crucial pour ces jeunes sportifs.

Pour Jean-Simon, Victor et Lucas, qui ont 15 ans, il s’agit d’une année très importante, celle du repêchage au hockey, notamment par la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

C’est aussi une année clé pour Andreï au football.

Celle qui fera le pont vers leurs rêves.

Ils attendaient avec impatience les recruteurs qui devaient venir les voir jouer et leur faire des offres, parfois fort alléchantes.

Mais il n’y a pas de match.

« Ça affecte notre futur d’une certaine façon », explique Victor.

Ne pas jouer de partie de hockey sur la patinoire, cela nous empêche de nous faire valoir, renchérit Jean-Simon.

Mais il comprend la situation et l’imposition des restrictions pour des raisons sanitaires, ajoute-t-il aussitôt : « Si ma grand-mère avait la COVID, je serais vraiment stressé. »

Si personne n’a vu son fils Andreï jouer cette année, Lysa Villeneuve n’est pas inquiète pour ses chances de recrutement, et son fils non plus : « Il a une attitude très positive », dit-elle.

Et puis, « son nom est déjà connu, quoiqu’on ne sait jamais », ajoute-t-elle aussitôt.

Elle souligne qu’elle n’a pas de vidéo de lui en action sur le terrain depuis la rentrée. À cet âge-là, les jeunes se développent de façon exponentielle d’une année à l’autre : il n’est plus le même athlète que l’an dernier, ajoute Mme Villeneuve, qui ne voudrait pas utiliser les enregistrements de la dernière saison.

Pour le moment, les jeunes continuent de s’entraîner et de perfectionner leurs techniques — en attendant le retour au jeu. Mais ils croisent les doigts pour que les restrictions sanitaires n’aillent pas en période de prolongation au-delà du 28 octobre, espérant que leur saison entière ne sera pas annulée.

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