Roland-Garros en équilibriste face à la COVID-19

L’optimisme du début de l’été a laissé place au réalisme de la rentrée, marquée par la recrudescence de la pandémie en Europe.
Photo: Michel Euler Associated Press L’optimisme du début de l’été a laissé place au réalisme de la rentrée, marquée par la recrudescence de la pandémie en Europe.

Face à l’irruption de la COVID-19 en début d’année, Roland-Garros s’est d’abord repositionné illico presto. Mais quatre mois après son habituelle programmation au printemps, son édition 2020 automnale, qui s’ouvre dimanche, continue de s’écrire au rythme du coronavirus.

Report presto

« Excusez-moi ??? » , a pubié l’ex-no1 mondiale Naomi Osaka sur Twitter à l’annonce, mi-mars, du report surprise de Roland-Garros de la fin du printemps au début de l’automne par la Fédération française de tennis (FFT). Un étonnement majeur, exprimé en français dans le texte par la joueuse japonaise, qui traduit bien le sentiment général du moment.

S’il affirme avoir « échangé avec » l’ATP, la WTA et la Fédération internationale « avant la prise de décision » et « informé » les trois autres tournois du Grand Chelem, le président de la FFT, Bernard Giudicelli, assume un choix unilatéral: « c’est vrai que c’est une décision qui nous appartient au final » , reconnaît-il alors.

« L’option qui nous semblait complètement inenvisageable, c’était de supprimer Roland-Garros du calendrier. C’est juste impensable » , défend-il.

Et tant pis si cette décision a valu au Grand Chelem parisien de s’attirer les foudres de l’ensemble des autres instances gouvernantes du tennis, qui, à l’unisson, ont vivement déploré qu’elle ait été prise sans concertation adéquate.

Jauge decrescendo

L’optimisme du début de l’été a laissé place au réalisme de la rentrée, marquée par la recrudescence de la pandémie en Europe.

D’un maximum de 20 000 spectateurs quotidiens qu’il ambitionnait d’accueillir début juillet, soit « de 50 à 60% de sa jauge habituelle » maximale, voilà Roland-Garros tombé, à ce stade, à 5000 par jour, la limite fixée par le gouvernement dans les départements où la circulation virale est forte.

À deux reprises depuis début septembre, la dégradation de la situation sanitaire dans le pays et la menace d’une deuxième vague ont rattrapé le tournoi.

Dans un premier temps, a été validé par les autorités sanitaires le découpage de son stade de 12 hectares et 1 km de long en trois secteurs « hermétiques, indépendants et autonomes » , organisés autour de ses trois courts principaux. Mais cette option, qui lui permettait de recevoir jusqu’à 11 500 spectateurs quotidiens, 5000 sur le court Philippe-Chatrier, autant sur le court Suzanne-Lenglen et 1500 sur le court Simonne-Mathieu, dans le jardin des serres d’Auteuil, n’a pas résisté.

À dix jours de son lancement, Roland-Garros n’a pas eu d’autre choix que de resserrer encore les boulons: il n’y aura que 5000 spectateurs dans ses tribunes, au mieux. Et un nouvel abaissement de la jauge ne semble pas exclu, à entendre les autorités sanitaires.

« Nous étudions de nouvelles mesures, forcément plus contraignantes, en fonction de l’évolution de la situation dans les prochains jours » , parmi lesquelles la « limitation du nombre de participants aux grands événements sportifs » , déclarait le directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, Aurélien Rousseau, dans le Journal du Dimanche.

Les qualifications, qui ont débuté lundi, se disputent quant à elles à huis clos.

Protocole sanitaire fortissimo

Si l’organisation se garde bien de décrire son protocole sanitaire comme une bulle étanche, les mesures restrictives sont considérables pour les joueuses et joueurs comme pour leur entourage, réduit en l’occurrence.

Il y a d’abord les tests PCR réguliers, les deux premiers en l’espace de 48h à l’arrivée à Paris et les suivants tous les quatre ou cinq jours suivant la programmation des matchs, explique le responsable du département médical de la FFT, Bernard Montalvan.

Il y a aussi l’obligation stricte de loger dans un des deux hôtels qui leur sont réservés en quasi-exclusivité. Plus celle de ne pas en sortir, au risque de se voir retirer son accréditation, sauf pour se rendre au stade — uniquement ses jours de match — et à l’entraînement, ou pour impératif médical. « Mais même pour ça, ce sera très cadré, avec une voiture dédiée et un rendez-vous fixé » , souligne Bernard Montalvan.

Selon l’entraîneur Sven Groeneveld, qui accompagne le Japonais Taro Daniel, il est demandé aux coaches de porter le masque même à l’entraînement depuis ce mardi matin.

Pas question donc de balade le nez au vent dans la capitale. « Dimanche, un joueur était bloqué dans un encombrement à 500 mètres de l’hôtel à cause du Tour de France après son entraînement », raconte le médecin. « Il a appelé pour savoir s’il pouvait descendre » et rentrer à pied, « on lui a répondu non » .