Les athlètes engagés contre la violence policière, un exemple inspirant

Au nom de leur équipe, les Bucks de Milwaukee, Sterling Brown et George Hill ont demandé justice pour Jacob Blake, abattu par un policier.  
Photo: Jesse D. Garrabrant NBAE via Getty Images/AFP Au nom de leur équipe, les Bucks de Milwaukee, Sterling Brown et George Hill ont demandé justice pour Jacob Blake, abattu par un policier.  

« This is bigger than football. »

Quand Colin Kaepernick s’est agenouillé pour une première fois sur le terrain le 26 août 2016, c’était, comme il l’a déclaré, plus grand que le football.

Quand, quatre ans plus tard jour pour jour, les Bucks de Milwaukee ont décidé de boycotter leur match contre le Magic d’Orlando et qu’au nom de leur équipe Sterling Brown et George Hill ont demandé justice pour Jacob Blake, dans le dos duquel un policier a tiré sept fois à Kenosha, dans le Wisconsin, c’était plus grand que le jeu.

Quand, le même jour, les Lakers ont suivi la même voie et que LeBron James a lancé sur les réseaux sociaux en avoir marre de la violence policière, exigeant du changement et écrivant « FUCK THIS MAN !!!! » en majuscules, c’était plus grand que le basket.

C’était un geste historique, confie Wilmann Edouard, directeur et entraîneur du Club de basketball de Montréal-Nord. « Les lumières ont été éteintes. C’est du jamais vu. Imaginez les pertes financières ! Je crois sincèrement que ce sont des gestes qui vont avoir une influence constructive sur les décideurs de ce monde. Qui vont les obliger à être à l’écoute d’un message de respect de la vie humaine, de respect des différences. »

Que de nombreux sportifs issus de plusieurs disciplines aient suivi, en se positionnant contre la violence, l’abus de pouvoir, c’est immense pour les jeunes que Wilmann Edouard voit évoluer. Le terrain de basket, c’est leur royaume. Des joueurs de la NBA, comme les étoiles de Montréal-Nord Luguentz Dort et Chris Boucher, sont des modèles et leurs actions, des inspirations.

« Les jeunes rêvent de ce monde. Imaginez pour eux ! La plupart d’entre eux ont cet engagement citoyen que M. LeBron James a aussi. C’est une belle occasion de leur dire : regardez, vous pouvez vous faire entendre, vous aussi, vous avez un rôle dans la société. »

Celui qui est également coach et conseiller en développement de l’organisation Pour 3 points voit dans ce boycottage un symbole immense. « Le basket a souvent été associé à une image de p’tits gars qui sortent de la rue avec des tatouages, qui se foutent des autres. Voir des athlètes de si haut niveau qui ont les moyens, qui ont des millions, réagir pour le commun des mortels avec une déclaration aussi forte, commune et unie, en disant “faisons attention aux membres de notre société”, ça ne peut être que positif. Je leur dis bravo. »

Wilmann Edouard rappelle que, lorsque le quart-arrière des 49ers de San Francisco a commencé à s’agenouiller durant l’hymne national il y a quatre ans, son acte a été autant décrié qu’encensé. « M. Kaepernick n’a pas eu droit au même soutien. Je pense que le monde du basket va renforcer son message. Les joueurs font preuve d’un grand leadership en disant : “Nous serons solidaires de nos confrères et consœurs.” Il sera plus difficile pour le milieu politique de ne pas réagir. »

L’urgence d’agir

« Colin Kaepernick, c’est un peu l’équivalent de Moïse qui amène le monde à la Terre promise et qui ne rentre jamais, dit l’artiste et militant Ricardo Lamour. Il s’est élevé contre les inégalités et il en a payé le prix. »

Fondateur du collectif Bout du monde, dont les membres sont de jeunes fans de musique et de sport, Ricardo Lamour fait remarquer que ce à quoi on assiste présentement, c’est au rapprochement entre les athlètes de très haut niveau et les activistes qui prennent la rue. « C’est un wagon qui s’ajoute au train de contestation qui était déjà en marche. Et les équipes ne peuvent plus museler les sportifs qui disent “C’est trop, on ne peut pas participer à ce cirque”. »

Les contestations des stars de la NBA et de la WNBA s’inscrivent ainsi dans une longue tradition de veille, ajoute l’artiste. « Ces athlètes qui refusent de jouer parce que des gens qui leur ressemblent voient leurs jours abrégés, c’est Mohamed Ali qui refusait d’aller se battre au Vietnam, c’est John Carlos et Tommie Smith qui levaient le poing aux Olympiques de 1968. »

D’ailleurs, ce n’est pas seulement « ne pas se pointer sur le terrain ». C’est rappeler que « les corps ne sont pas des biens meubles. Que les corps ont des âmes », comme le dit Ricardo Lamour. « Ces athlètes décident de leur droit de retrait, non pas pour des raisons sanitaires, mais pour des raisons de sanity. De santé mentale. »

Car le sport, la culture, la politique et la société sont liés. N’en déplaise à ceux qui attendent seulement d’un joueur qu’il joue.

C’est d’ailleurs contre ces voix disant « chut chut » que s’est élevée la star de tennis Naomi Osaka, qui refusait déjà en juin dernier d’éviter de parler du meurtre de George Floyd. « Je déteste quand des gens lambda disent qu’un athlète ne devrait pas se mêler de politique, avait-elle écrit sur Twitter. Suivant cette logique, si vous travaillez chez IKEA, vous avez uniquement le droit de parler de la collection GRÖNLID. »

« Elle a 22 ans, elle n’a pas eu le temps d’être remplie de la suie et de la corruption du monde et elle est assez habile pour dire que ça ne fait pas de sens que vous me disiez de fermer ma bouche », dit Ricardo Lamour.

On n’a pas juste besoin d’athlètes qui prennent de belles photos avec leur famille. On a besoin de ceux qui éveillent nos consciences.

 

À ce sujet, l’artiste se souvient de Laura Ingraham, présentatrice de Fox News, qui, en 2018, avait lancé à LeBron James : « Shut up and dribble. » « Vous êtes un grand joueur, mais personne n’a voté pour vous », avait-elle impunément lancé à la caméra.

« Quand James Baldwin disait : “La prochaine fois, le feu”, eh bien on est là, souligne Ricardo Lamour. On est dans cette Amérique-là. Si les icônes du basket, du baseball et du football commencent à mettre une pression sur le système, ça nous informe de l’urgence d’agir. On n’a pas juste besoin d’athlètes qui prennent de belles photos avec leur famille. On a besoin de ceux qui éveillent nos consciences. De ceux qui aujourd’hui disent : “Je suis désolé, j’ai besoin de mettre mon genou à terre. Je suis désolé, je ne me présenterai pas. Je suis désolé, mais je ne peux pas simplement me taire et dribler.” »


Une version précédente de ce texte affirmait que les joueurs de la NBA Luguentz Dort et Chris Boucher étaient du quartier Saint-Michel, à Montréal. Ils viennent en fait de Montréal-Nord.


À voir en vidéo

2 commentaires
  • Vladimir Berry - Inscrite 28 août 2020 06 h 48

    Bravo pour les athlètes qui s'impliquent !!!

    À quand nos athlètes vont dénoncer le racisme qui existe impunément dans la police et le système de judiciaire québécois ?

  • André Nickell - Inscrit 28 août 2020 11 h 46

    Racisme dans les sports

    Nous ne sommes pas aux États-Unis, et il n'y pas de raison pour faire déborder ce problème chez nous. Là, il y a tellement d'armes à feu que les policiers sont constamment sur le qui-vive, et si en plus on se comprte de façon menaçante envers eux, eh bien, ceux-ci se défendront. Ici, les Noirs qu'ont qu'à respecter les lois. Ils en sont venus à constamment employer l'accusation de racisme à tout bout de champ.