La pression monte sur le CIO pour un report des JO de Tokyo

La flamme olympique des Jeux de Tokyo, exposée à Sendai, dans la préfecture de Miyagi au Japon. Les appels au report de la part d’athlètes et d’associations sportives se multiplient.
Photo: Philip Fong Agence France-Presse La flamme olympique des Jeux de Tokyo, exposée à Sendai, dans la préfecture de Miyagi au Japon. Les appels au report de la part d’athlètes et d’associations sportives se multiplient.

La pression est encore montée d’un cran, samedi, sur le Comité international olympique pour qu’il reporte les JO de Tokyo, prévus cet été, en raison de la pandémie de COVID-19.

Après les appels lancés par des athlètes, plusieurs organisations sportives ont pris le relais, dont les puissantes fédérations américaines d’athlétisme et de natation.

Depuis plusieurs jours, l’instance olympique, basée à Lausanne, doit justifier sa position d’attente, alors que le bilan humain du nouveau coronavirus s’aggrave quotidiennement et que les mesures de confinement se multiplient dans le monde, touchant désormais 900 millions de personnes.

« Nous ne vivons pas dans une bulle ou sur une autre planète (…) Bien sûr nous examinons plusieurs scénarios », mais « ce ne serait pas responsable aujourd’hui et ce serait prématuré de partir dans des spéculations et de prendre une décision », a réaffirmé le président du CIO, l’Allemand Thomas Bach, dans un entretien diffusé jeudi par le New York Times, à propos du report potentiel de l’événement sportif le plus attendu au monde, prévu du 24 juillet au 9 août.

Mais depuis les États-Unis, la riposte n’a pas tardé, en dépit du soutien du comité olympique américain (USOPC) à la position officielle. D’abord, c’est la fédération de natation, USA Swimming, du haut de ses 33 médailles, dont 16 en or, remportées à Rio-2016, qui a exigé le report, au motif que ses nageurs ne peuvent plus s’entraîner normalement, sauf à prendre le risque d’être contaminés ou de contaminer à leur tour. Un argument également soulevé par de nombreux sportifs de haut niveau dans le monde, comme la championne olympique du saut à la perche, la Grecque Katerina Stefanidi, qui a accusé le CIO de « mettre en danger notre santé ».

Toute la semaine, des athlètes ont diffusé, parfois avec humour, les images de leurs entraînements, confinés chez eux, avec un matériel rudimentaire.

« Inéluctable »

« Nos nageurs sont toujours prêts pour n’importe quelle course, n’importe quand et n’importe où. Cependant, aller de l’avant au milieu de la crise sanitaire mondiale cet été n’est pas la réponse. La chose juste et responsable à faire est de donner la priorité à la santé et à la sécurité de chacun », a écrit le directeur général d’USA Swimming, Tim Hinchey, dans un courrier à l’USOPC.

Puis, samedi, le patron de la fédération américaine d’athlétisme, Max Siegel, a pris le relais, demandant à son tour à l’USOPC d’agir auprès du CIO.

« La meilleure et la plus responsable décision est de faire passer la santé et la sécurité de chacun avant tout, et de bien voir les effets que cette situation difficile a eu et continue d’avoir sur nos athlètes et leur préparation aux Jeux olympiques », écrit le patron de USA Track Field, tout en reconnaissant qu’il n’y a « pas de solution parfaite ».

Des appels au report des JO sont également venus de France, où la fédération de natation a mis en avant « l’équité sportive ».

« En France notamment, les athlètes sont défavorisés par un confinement généralisé qui ne leur permet plus du tout de s’entraîner », a-t-elle relevé. Même son de cloche du côté du comité olympique norvégien : « il est important que le CIO prenne une décision le plus tôt possible, afin que chacun ait une chance équitable de se préparer », a déclaré à l’AFP sa porte-parole, Sofie Olsen.

L’instance olympique est mise en outre sous pression par le report de plusieurs compétitions prestigieuses, comme l’Euro-2020 de football, prévu en juin et repoussé d’un an, ou le tournoi de tennis de Roland-Garros, décalé de mai à septembre. Avec un budget de plus de 11 milliards d’euros investis pour les infrastructures ou l’organisation, 11 000 sportifs du monde entier et des millions de spectateurs attendus au Japon, le défi logistique d’un report des JO serait sans commune mesure.

Néanmoins, pour un nombre de plus en plus important d’acteurs, il faut décider vite. « On est persuadés que dans la situation actuelle, on va vers un report, c’est inéluctable », a déclaré à l’AFP le patron de la fédération française d’athlétisme, André Giraud. Pour lui, « il faut maintenant que la décision soit prise, pour sortir les athlètes de la situation de stress et d’inquiétude dans laquelle ils sont ».

Une position résumée par le tweet lapidaire de l’Américain Ashton Eaton, double champion olympique du décathlon : « Tokyo-2021. Il n’y a pas d’autre solution ».