Henri Richard, grande légende du Canadien de Montréal, est décédé

Henri Richard a été capitaine du Canadien de Montréal de 1971 à 1975. Sur la photo, on le voit en action contre les Maple Leafs de Toronto, le 15 mars 1972.
Photo: Andy Clark La Presse Canadienne Henri Richard a été capitaine du Canadien de Montréal de 1971 à 1975. Sur la photo, on le voit en action contre les Maple Leafs de Toronto, le 15 mars 1972.

Aucun joueur dans l’histoire n’a remporté la Coupe Stanley aussi souvent que lui, et on racontait — faussement — qu’il n’avait pas assez de doigts pour porter toutes ses bagues de championnat en même temps. Henri Richard, le « Pocket Rocket », l’un des plus illustres porte-couleurs du Canadien de Montréal, 11 fois titré, est décédé dans la nuit de vendredi, à l’âge de 84 ans, après une longue maladie.

Né un 29 février, en 1936, Henri Richard s’est joint au Canadien en 1955 après un passage remarqué chez les amateurs mais, bien qu’étant un excellent manieur de bâton au style de jeu intense, plusieurs doutaient alors qu’il puisse s’illustrer dans une Ligue nationale de hockey prompte à la robustesse, vu son gabarit de 5 pieds 7 pouces et 160 livres. À son arrivée, il fut étiqueté comme le petit frère de Maurice, le Rocket, dont il était de près de 15 ans le cadet, mais il ne tarda pas à faire son propre nom. Maurice était déjà une vedette telle que quelques mois avant qu’Henri fasse son apparition dans l’uniforme du Tricolore, une émeute avait éclaté au Forum et à ses abords pour protester contre la suspension exemplaire qu’avait imposée au Rocket le président de la LNH, Clarence Campbell.

 

Henri Richard a fait son entrée dans le grand circuit au bon moment : à ses cinq premières saisons — qui furent aussi les cinq dernières de Maurice —, le Canadien a remporté chaque fois la Coupe Stanley, établissant une dynastie dont les succès n’ont jamais été égalés depuis. Dès sa troisième campagne, en 1957-1958, le numéro 16 devait révéler ses talents de fabricant de jeux en dominant la LNH avec 52 mentions d’aide, ce qui lui valut d’être nommé au sein de la première équipe d’étoiles de la ligue.

Mes années avec le Canadien, je les recommencerais demain matin. Ce fut la période la plus heureuse de ma vie malgré les embûches que j’ai eu à surmonter. 

Joueur de centre qui ne rechignait pas à aller jouer du coude le long des rampes et qui en ressortait en possession du disque plus souvent qu’à son tour, Henri Richard allait se révéler un rouage important à l’occasion d’une autre grande époque pour le Canadien, la deuxième moitié de la décennie suivante. De 1965 à 1969, l’équipe remporte la Coupe Stanley quatre fois en cinq saisons sous le capitanat de Jean Béliveau, ne laissant échapper que celle de 1967 aux Maple Leafs de Toronto, qui triomphent des Montréalais en 6 matchs en finale. En 1966, Richard marque le but décisif en prolongation de la 6e rencontre de la série ultime contre les Red Wings de Detroit.

Sur le point de devenir lui-même capitaine puisque Béliveau en est à son dernier tour de piste, Richard accomplit de nouveau l’exploit en 1971. Au 7e affrontement de la finale face aux Black Hawks à Chicago, il inscrit les deux derniers filets du match pour procurer aux siens une victoire de 3-2. Cette année-là, le Canadien a sidéré le monde du hockey en disposant en quarts de finale des puissants Bruins de Boston, champions en titre, avec un gardien recrue, un certain Ken Dryden, devant sa cage.

L’idée d’envoyer Dryden dans la mêlée en séries éliminatoires était celle de l’entraîneur-chef, Al MacNeil, qui avait pris la relève de Claude Ruel tôt en saison ordinaire au moment où le Canadien semblait menacé de rater la danse du printemps pour une deuxième année de suite. L’équipe s’est raplombée sous MacNeil, mais Richard n’avait pas digéré le fait que celui-ci lui ait fait réchauffer le banc à quelques reprises pendant la finale et il l’avait qualifié publiquement d’incompétent. Son propre rendement lors du 7e match, dirait-il plus tard, prouvait qu’il avait eu raison.

Photo: Archives Associated Press En 1966, Henri Richard a marqué le but décisif en prolongation de la 6e rencontre de la série ultime contre les Red Wings de Détroit. On l'aperçoit ici prendre une gorgée de champagne dans la coupe, avec le capitaine de l'équipe Jean Béliveau en arrière-plan.

Retraite

Béliveau et lui détiennent dès lors conjointement la marque avec 10 Coupes Stanley chacun, mais il restera à Richard, portant maintenant le C et ayant les tempes grises, de mener le Tricolore à la conquête du sommet une dernière fois en 1973. Deux ans plus tard, il accrochera ses patins après 1256 matchs de saison ordinaire — un record d’équipe —, 358 buts et 1046 points. Son numéro 16 sera retiré par le Canadien en décembre 1975 et il sera intronisé au Temple de la renommée du hockey.

Sa carrière de hockeyeur terminée, Henri Richard est devenu ambassadeur du Canadien et s’est occupé de la brasserie qu’il possédait avenue du Parc à Montréal. Il y a quelques années, le regretté journaliste sportif Jean-Paul Sarault racontait qu’au moment de fermer l’établissement en 1986, les deux discutaient autour d’une bière et Richard lui avait dit : « Je caressais trois objectifs dans la vie : jouer pour le Canadien, devenir tavernier et épouser mon amie d’enfance, Lise. J’ai atteint les trois. Pas si mal pour un p’tit gars du quartier Bordeaux qui n’a pas eu l’occasion de fréquenter l’école trop longtemps. Mes années avec le Canadien, je les recommencerais demain matin. Ce fut la période la plus heureuse de ma vie malgré les embûches que j’ai eu à surmonter. »

Quant à la collection de 11 bagues, Richard a déjà raconté qu’elle relevait de la légende : on n’en remettait pas avant 1960 (et les joueurs devaient alors en payer la moitié du prix…)