Le but en or de Crosby, un des plus mémorables après celui de Henderson en 1972

Le but de Crosby, le 28 février 2010 aux Jeux olympiques de Vancouver, représente sans aucun doute l’un des grands moments du sport canadien.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le but de Crosby, le 28 février 2010 aux Jeux olympiques de Vancouver, représente sans aucun doute l’un des grands moments du sport canadien.

Quand le sujet du but vainqueur de Sidney Crosby aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010 est abordé avec quelqu’un, les premiers mots qui sortent de sa bouche sont presque toujours : « Je me souviens exactement où j’étais. »

L’attaquant Jordan Weal du Canadien de Montréal, qui est natif de North Vancouver mais qui évoluait pour les Pats de Regina dans la Ligue de l’Ouest, se rappelle avoir suivi la rencontre dans le sous-sol d’un coéquipier le 28 février 2010 et avoir sauté jusqu’au plafond quand Crosby a donné la victoire au Canada à 7 min 40 de la prolongation.

« Je regardais le match avec un Suédois, un Américain et un autre Canadien, a-t-il récemment raconté à La Presse canadienne. C’était un moment spécial et un match intense. Tout le monde était sur le bout de sa chaise ! »

Tout le monde a sa petite histoire sur le but de Crosby, qui représente sans aucun doute l’un des grands moments du sport canadien. Il fait même partie de ces quelques événements qui transcendent l’univers sportif et qui ont marqué l’imaginaire des gens de toutes les sphères de la société.

« C’était une question de fierté nationale, a rappelé Jean-Patrice Martel, ancien président de la Société internationale de recherche sur le hockey. La victoire était indispensable. »

Série incomparable

Il n’y a que très peu de moments sportifs qui égalent l’importance du but de Crosby, selon Martel. Ce but a d’ailleurs souvent été comparé à celui de Paul Henderson qui a permis au Canada de remporter la Série du siècle, en 1972.

Aux yeux de Martel, il est toutefois impossible de placer le but de Crosby devant celui de Henderson.

« Au Canada, le concept d’équipe nationale avec des joueurs professionnels n’existait pas vraiment, a-t-il rappelé. Il y avait aussi moins d’échanges dans la LNH et c’était bizarre de voir Phil Esposito sur le même trio qu’Yvan Cournoyer. C’était aussi nouveau de voir les Soviétiques débarquer. Ils n’étaient pas expressifs. […] Il s’est créé des mythes entourant leur style de jeu. »

Les attentes avaient chaviré plus d’une fois pendant la série de huit rencontres. Les Canadiens s’attendaient à balayer la série, mais après avoir vu leurs favoris être humiliés 7-3 lors du premier match, on croyait que les Soviétiques allaient tout gagner.

La série s’était finalement jouée au huitième match. Le Canada avait comblé un déficit de deux buts à la troisième période, puis Henderson avait inscrit son but historique avec 34 secondes à faire.

« On n’imaginerait pas aujourd’hui un match aussi important être présenté en après-midi pendant la semaine, a souligné Martel. Il est difficile de faire la comparaison avec le but de Crosby, mais je ne pense pas qu’un autre événement atteindra le niveau du but de Henderson. Avec le marketing du sport aujourd’hui, il y a tellement un gros battage médiatique autour de ces événements. Le ratio entre l’événement et la couverture qui y est consacrée est tellement différent. »

Émotions fortes

Les histoires racontées par ceux qui ont vécu le but de Henderson ressemblent à celle de Martel. Et près d’un demi-siècle plus tard, les souvenirs sont aussi détaillés que pour le but de Crosby.

C’est en raison de la force des émotions ressenties lors de ces grands moments du sport que les souvenirs sont aussi précis, selon Marie-France Marin, professeure au Département de psychologie de l’UQAM, qui s’intéresse aux effets du stress et des hormones de stress sur la modulation des mémoires émotionnelles négatives.

« Quand nous vivons une émotion de très forte intensité, qu’elle soit positive ou négative, elle va générer un émoussement physiologique, a expliqué Mme Marin. Les hormones libérées se rendent au cerveau et atteignent des zones précises, notamment les régions importantes pour les émotions et la mémoire. Ces régions vont donc travailler plus fort, de sorte qu’elles vont noter le moment comme en étant un d’une importance très élevée et dont nous devons nous rappeler. C’est la même réaction que lors d’événements traumatiques négatifs, par exemple où vous étiez lors des attentats du 11 septembre 2001 à New York. »

La proximité avec l’événement et son contexte peuvent aussi influencer la force du souvenir, a ajouté Marin. C’est ce qui explique pourquoi le but de Crosby est plus marquant que les victoires canadiennes aux Jeux olympiques de 2002 et de 2014, par exemple.