Le sort des JO de Tokyo se jouera d’ici trois mois, selon Richard Pound

Richard Pound, le membre du CIO qui compte le plus d’ancienneté, a encouragé les athlètes à poursuivre leur entraînement.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Richard Pound, le membre du CIO qui compte le plus d’ancienneté, a encouragé les athlètes à poursuivre leur entraînement.

Richard Pound, le membre du CIO qui compte le plus d’ancienneté, estime qu’on dispose d’une fenêtre de trois mois pour décider du sort des Jeux olympiques de Tokyo, menacés par un virus à la propagation rapide en provenance de Chine.

Pound, dans une entrevue exclusive à l’Associated Press, n’a pas voulu être alarmiste. Mais il a parlé avec franchise des risques qui pèsent sur les Jeux olympiques, qui s’ouvriront le 24 juillet.

Pound est membre du Comité international olympique depuis 1978, 13 ans de plus que le président actuel Thomas Bach.

« Vous pourriez bien sûr attendre jusqu’à deux mois avant s’il le faut, a mentionné Pound, ce qui signifierait reporter la décision jusqu’à fin mai et espérer que le virus est sous contrôle. Beaucoup de choses doivent alors commencer à se faire. Il faut commencer à augmenter la sécurité, prévoir la nourriture, le village olympique, les hôtels; les médias seront là pour construire leurs studios. »

Et s’il fallait en arriver à la décision de ne pas aller de l’avant, Pound a spéculé sur le fait qu’il faut probablement envisager une annulation.

« C’est la nouvelle guerre et vous devez y faire face. À ce moment, je dirais que les gens vont devoir se demander :“Est-ce sous un contrôle suffisant pour que nous puissions être en sécurité pour aller à Tokyo, ou non ?” »

Mardi, la Chine a signalé 508 nouveaux cas et 71 décès, dont 68 dans la ville de Wuhan, où l’épidémie a été détectée pour la première fois en décembre. Cela porte le total en Chine continentale à 77 658 cas et 2663 décès. La Corée du Sud compte désormais le deuxième plus grand nombre de cas au monde avec 977, dont 10 décès. Des traces de la maladie apparaissent maintenant au Moyen-Orient et en Europe. Cela pourrait signaler une nouvelle étape dans la propagation du virus avec quatre décès signalés au Japon.

Incertitude

Pound a encouragé les athlètes à poursuivre leur entraînement. Environ 11 000 sont attendus aux Jeux olympiques et 4400 autres aux Jeux paralympiques, qui s’ouvriront le 25 août.

« Pour autant que nous le sachions, vous allez être à Tokyo, a soutenu Pound. Toutes les indications sont actuellement que ce sera comme d’habitude. Restez donc concentrés sur votre sport et soyez assurés que le CIO ne va pas vous envoyer dans une situation de pandémie. »

Les Jeux olympiques modernes, qui remontent à 1896, n’ont été annulés qu’en temps de guerre et ont fait face à des boycottages en 1976 à Montréal, en 1980 à Moscou et en 1984 à Los Angeles.

Les Jeux olympiques de 1940 devaient avoir lieu à Tokyo, mais ont été annulés en raison de la guerre du Japon avec la Chine et de la Seconde Guerre mondiale.

Pound a qualifié l’incertitude de problème majeur et a réitéré la position du CIO — selon laquelle cela dépend des consultations avec l’Organisation mondiale de la santé, un organisme des Nations unies, avant de prendre une décision. Pour l’instant, les jeux auront lieu comme prévu.

« C’est une grande, grande, grande décision et vous ne pouvez simplement pas la prendre avant d’avoir des faits fiables sur lesquels vous baser », a précisé Pound.

Il a ajouté que, selon l’avis reçu actuellement par le CIO, « on n’exige ni l’annulation ni le report des Jeux olympiques. Vous ne pouvez remettre à plus tard un événement de la taille et de l’importance des Jeux olympiques. Il y a tellement d’éléments à prendre en compte, tant de pays et différentes saisons, tant pour les compétitions que pour le marché de la télévision. Vous ne pouvez pas simplement dire que nous les tiendrons en octobre. »

Si des changements doivent être apportés, Pound a dit que chaque option se heurtait à des obstacles.

De nombreux défis

Il a déclaré que le déplacement de l’événement dans une autre ville semblait peu probable.

« Le déplacement ailleurs est difficile, car il y a peu d’endroits dans le monde qui pourraient penser à aménager les installations en si peu de temps », a souligné Pound.

Le candidat à la mairie de Londres, Shaun Bailey, a proposé la capitale britannique comme alternative. Le gouverneur de Tokyo, Yuriko Koike, a affirmé qu’il s’agissait d’une offre inappropriée d’utiliser le virus pour obtenir de la visibilité dans sa campagne.

Pound a ajouté qu’il ne serait pas favorable à une dispersion des événements sur différents sites, car cela ne constituerait pas « des Jeux olympiques. Vous vous retrouveriez avec une série de championnats du monde. »

Il a encore dit qu’il serait très difficile de tenir tous ces sports en différents lieux sur une période de 17 jours avec seulement quelques mois de préavis.

Les tenir à Tokyo et les reporter de quelques mois ne plaira probablement pas aux diffuseurs nord-américains, dont l’horaire est déjà très occupé à l’automne avec le football de la NFL, le football universitaire, le soccer, le basketball, le baseball et le hockey. Bien sûr, d’autres diffuseurs mondiaux ont également des horaires chargés.

« Il serait difficile d’obtenir la couverture que les gens attendent pendant les Jeux olympiques. C’est certainement plus difficile que cela l’aurait été en 1964 à Tokyo quand vous n’aviez pas une programmation en sports aussi diversifiée à la télévision. »

Cas de force majeure

Qu’en serait-il de reporter les jeux d’un an, mais de les tenir à Tokyo ? Le Japon dépense officiellement 12,6 milliards $US pour organiser l’événement, bien qu’un comité d’audit national indique que le pays dépense deux fois plus.

« Vous devez alors vous demander si vous pouvez maintenir la bulle pendant une année supplémentaire, a-t-il dit. Et bien entendu, vous devez intégrer tout cela dans l’ensemble du programme sportif international. »

Pound a soutenu que le CIO avait constitué un « fonds d’urgence » pour de telles circonstances, qui représenterait environ un milliard $US. Cela pourrait financer des fédérations sportives internationales qui dépendent des revenus du CIO pour fonctionner — et du CIO lui-même.

« Ce serait ce que vous appelez normalement un cas de force majeure », a expliqué Pound, un avocat canadien de formation, utilisant l’expression juridique pour « circonstances imprévisibles ».

« Ce n’est pas un risque assurable et ce n’est pas un risque qui peut être attribué à l’une ou l’autre des parties. Alors tout le monde prend ses morceaux. Il y aurait un manque de revenus du côté du Mouvement olympique. »

Selon lui, les télédiffuseurs pourraient avoir leur propre assurance qui « atténuerait certaines des pertes. »

Environ 73 % des revenus de 5,7 milliards $US du CIO dans un cycle olympique de quatre ans proviennent des droits de diffusion.

Pound a conclu que l’avenir des Jeux de Tokyo n’était en majeure partie pas dans les mains du CIO, mais dépend du virus et de sa propagation.