Mondiaux de patinage artistique: autant d’objectifs que de patineurs

Alicia Pineault, jeune patineuse de 20 ans, participera à ses premiers Mondiaux.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Alicia Pineault, jeune patineuse de 20 ans, participera à ses premiers Mondiaux.

Une compétition et autant d’objectifs que de participants.

C’est un peu de cette façon que seront disputés les Championnats du monde de patinage artistique 2020, au Centre Bell, du 16 au 22 mars. Au sein même de l’équipe canadienne, les objectifs de chacun seront très différents.

Prenons Alicia Pineault. La jeune patineuse de 20 ans participera à ses premiers Mondiaux, chez elle par surcroît. La patineuse de Varennes ne ressent pas la pression de performance autant qu’une des favorites de la compétition, par exemple.

« Je n’ai pas d’objectif de classement, car je ne sais pas quel sera le calibre à ce niveau, a-t-elle fait valoir. Je vais probablement me fixer davantage d’objectifs techniques ; sur le plan artistique, je n’ai pas de contrôle, sauf faire mon programme. Je suis aussi peu connue sur la scène internationale, alors de me fixer des objectifs techniques est plus réaliste.

« Je ne serai jamais plus dans cette position où je vais participer à une compétition, l’apprécier et voir par la suite ce que ça aura donné. Oui, il y aura une certaine pression parce que c’est à Montréal, mais je ne m’en vais pas là pour gagner. Ça m’enlève de la pression. »

Elle a envie de réussir, mais elle ne compte pas s’en faire avec ce que les juges pensent de sa performance.

« Si j’ai un mauvais pointage, si c’est par manque d’entraînement ou de contrôle de mes nerfs, je serai déçue. Mais si j’ai donné le meilleur de moi-même, je partirai la tête haute. Ça m’a aidée dans le passé. C’est cette mentalité que je veux apporter à ces Mondiaux ; voir sur quels points je me suis améliorée en cours d’année.

« Nous n’en sommes qu’à mi-cycle : il reste deux ans avant les JO. Je suis déjà en avance dans mon plan de 4 ans. Par la suite, j’aurai davantage d’objectifs de classement afin que ça se termine par une participation aux JO 2022. Ces Mondiaux mettent fin aux premières deux années du cycle et ouvrent la voie aux deux dernières. Ils me donneront un avant-goût de ce que seront ces deux prochaines années. »

Quatrième aux derniers Championnats canadiens, elle a obtenu son invitation aux Mondiaux à la suite de sa performance — 10e — aux Championnats des Quatre Continents.

« Je l’ai appris après la majorité des gens : j’ai reçu le courriel après la sortie de la nouvelle sur les réseaux sociaux ! Quand j’ai vu tous les messages des membres de ma famille, j’ai compris que j’allais aux Mondiaux. J’étais sous le choc. J’étais super fière de mes performances, notamment aux Quatre Continents, donc je savais que j’avais une chance. Je suis hypercontente, mais je sais que j’ai beaucoup de travail à faire. C’est un rêve qui prend forme. J’ai encore de la difficulté à réaliser ce qui m’arrive. »

Du côté des danseurs Laurence Fournier Beaudry et Nikolaj Sorensen, c’est plutôt une certaine rédemption qu’ils tenteront d’aller chercher lors de ces Mondiaux.

Sorensen, un Danois qui demeure à Montréal depuis 10 ans maintenant, et sa partenaire n’ont pas livré de compétition depuis qu’ils ont pris la troisième place du Grand Prix de Chine, en novembre dernier. Sorensen traînait une blessure au genou depuis un certain temps. Un test d’imagerie par résonance magnétique a révélé une importante déchirure du ménisque et du cartilage du fémur. La complexe intervention chirurgicale l’a contraint à l’inactivité depuis.

Il n’a rechaussé les patins que depuis 10 jours. Les objectifs du couple ont donc changé.

« En fait, les objectifs que nous nous étions fixés étaient en lien avec nos derniers Mondiaux, a dit Fournier Beaudry au sujet de leur 10e place acquise en mars dernier. Cette blessure a remis tout ça en perspective. Notre objectif des trois derniers mois a été de s’occuper de la rééducation de Nikolaj afin de participer aux Mondiaux. On ne voulait pas aller à l’encontre des recommandations des médecins pour ne pas devoir faire une croix sur notre saison. Nous aimerions être en mesure de patiner de notre mieux par rapport à ce qui s’est passé. On veut être contents de nous-mêmes. »

Fournier Beaudry et Sorensen ne peuvent pas mettre les bouchées doubles à l’entraînement afin de ne pas risquer que ce dernier soit obligé de prendre un pas de recul dans sa rééducation.

Les patineurs, qui vivent et s’entraînent à Montréal, ne sauraient par contre être plus fiers de représenter le Canada — ce qu’ils font depuis 2018 — dans leur cour.

« Plus on s’approche de l’événement, plus on se sent chanceux d’avoir été sélectionnés par notre fédération pour y participer, parce que ça n’arrive pas souvent à des athlètes de participer à d’aussi grands championnats, encore moins dans leur pays, a souligné Fournier Beaudry. Nous, c’est dans notre ville : c’est assez grandiose. »

Ils estiment d’ailleurs que les Mondiaux de Montréal — leurs sixièmes — feront écarquiller les yeux des experts et des partisans.

« Ça va mettre la barre haut pour les pays qui vont vouloir organiser les prochains Mondiaux », a noté Fournier Beaudry.

« Les organisateurs, le Canada avec Patinage Québec, vont réussir à faire des Mondiaux qui ne seront pas oubliés de sitôt, a ajouté Sorensen. De ce qu’on a vu, ça va être très hot

L’équipe canadienne sera complétée par Kirsten Moore-Towers et Michael Marinaro ainsi qu’Evelyn Walsh et Trennt Michaud en couple ; Piper Gilles et Paul Poirier ainsi que Marjorie Lajoie et Zachary Lagha en danse sur glace ; et Nam Nguyen chez les hommes. Carolane Soucisse et Shane Firus sont les suppléants en danse sur glace.