Les Jeux de 2010 ont forgé la nouvelle identité du sport canadien

Kingsbury est l’actuel champion olympique et champion du monde des bosses.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Kingsbury est l’actuel champion olympique et champion du monde des bosses.

L’opinion de Mikaël Kingsbury sur son véritable potentiel a changé il y a 10 ans.

Âgé de seulement 17 ans, il agissait comme ouvreur de piste du parcours des bosses avant que les concurrents s’exécutent sur la piste de Cypress Mountain aux Jeux olympiques d’hiver de 2010.

Kingsbury a été le témoin privilégié de la conquête de la médaille d’or d’Alex Bilodeau, devenu le premier athlète canadien à gagner une médaille d’or olympique en sol canadien.

« Voir la victoire d’un Canadien aux Jeux olympiques, en l’occurrence celle d’Alex, de le connaître depuis que je suis tout jeune et de le voir réaliser son rêve, c’était immense », se souvient Kingsbury.

Dix ans plus tard, Kingsbury est l’actuel champion olympique et champion du monde.

À l’autre bout du pays à Halifax, la gymnaste Ellie Black, âgée de 14 ans, a suivi les Jeux olympiques d’hiver à la télévision et a souhaité être à Vancouver pour célébrer le succès du pays hôte.

Les 14 médailles d’or remportées par l’équipe canadienne à Vancouver et à Whistler, en Colombie-Britannique, ont établi ce qui était alors le record aux Jeux olympiques d’hiver.

« Je pense que cela a inspiré beaucoup d’entre nous à se dire :”OK, nous pouvons aller aux Jeux olympiques, nous pouvons nous hisser au sommet du podium, nous pouvons offrir ces performances et avoir du succès”, a souligné Black.

« Si vous avez ces rêves, il faut seulement travailler fort pour les concrétiser. »

Black a remporté la première médaille du Canada au concours général en gymnastique artistique aux championnats du monde de gymnastique en 2017 avec une médaille d’argent.

Elle figure parmi les espoirs de médailles aux Jeux olympiques de cet été à Tokyo.

Retombées tangibles

Dix ans après les cérémonies d’ouverture du 12 février, les retombées de 2010 sont encore tangibles avec des athlètes inspirés et des appuis financiers stables.

L’opinion qui prévaut est qu’on a besoin d’une décennie et demie pour faire un olympien.

Le Canada est donc toujours dans la fenêtre d’athlètes comme Kingsbury et Black, qui aspiraient tous les deux à plus après 2010 et qui atteignent leur apogée comme athlète.

« Il y aura encore un peu de cet héritage et certains de ces jeunes de l’époque feront partie de l’équipe à Tokyo pour les Jeux d’été », a soutenu le directeur de la haute performance de Natation Canada, John Atkinson.

Marielle Thompson a été ouvreuse de piste en ski cross en 2010. Elle a été témoin de la conquête de la médaille d’or de Ashleigh McIvor et elle l’a imitée quatre ans plus tard à Sotchi, en Russie.

Kelsey Serwa a contribué à une troisième médaille d’or consécutive à Pyeongchang, en Corée du Sud, en 2018.

« Je pense que, pour entretenir cette flamme, il faut réaliser ce que nous avons fait et nous assurer que cela fasse désormais partie de notre culture », a révélé le directeur de la haute performance de l’équipe nationale de ski cross, Dave Ellis.

Le gouvernement fédéral a maintenu un investissement annuel d’environ 200 millions de dollars dans les sports olympiques et paralympiques d’hiver et d’été.

Stratégie payante

Le programme À nous le podium, lancé cinq ans avant les Jeux de 2010 pour permettre aux athlètes de monter sur le podium à domicile, dirige environ 65 millions de dollars de cet argent vers les fédérations sportives développant des athlètes ayant un potentiel de médailles.

ANP évalue le potentiel de médailles et fournit une expertise technique aux fédérations sportives.

La stratégie de financement ciblé a survécu à un examen du gouvernement fédéral en 2017.

L’investissement dans les entraîneurs, la science et la technologie du sport, l’évaluation de la prochaine génération d’athlètes cinq à huit ans avant leur apogée et la création d’instituts sportifs à travers le Canada font également partie de l’héritage de 2010.

Le Comité olympique canadien prépare les athlètes aux Jeux olympiques et s’occupe d’eux à leur arrivée, et offre annuellement neuf millions de dollars à ANP.

Le COC a actuellement 36 contrats de commandite.

« Il y a un grand intérêt de la part de nos entreprises d’être partenaires du Comité olympique canadien et des athlètes canadiens, a déclaré le chef de la direction du COC, David Shoemaker.

« Les Jeux olympiques de 2010 à Vancouver ont grandement contribué à développer l’offre autour du marketing sportif et des partenariats aux Jeux olympiques au Canada.

« Beaucoup de nos partenaires nationaux de premier plan ont fait leurs débuts aux Jeux de 2010 à Vancouver. »

Pari audacieux

Le Canada s’était fixé l’audacieux objectif de remporter plus de médailles que tout autre pays en 2010.

Son total de 26 médailles a permis à l’équipe hôte de se classer au troisième rang, mais le Canada a remporté le plus de médailles d’or.

La Norvège et l’Allemagne ont depuis rejoint le Canada avec 14 médailles d’or chacune en 2018.

Le Canada a maintenu son statut de puissance des sports d’hiver, se classant quatrième à Sotchi avec 25 médailles (10 d’or) et troisième à nouveau en 2018 avec 29 médailles (11 d’or).

L’impact de 2010 sur les sports d’été a mis un peu plus de temps à se concrétiser. Les objectifs étaient plus modestes — un classement parmi les 12 premiers pays aux Jeux olympiques d’été de 2012 et 2016.

Les 22 médailles du Canada en 2016 ont égalé la meilleure récolte du pays à des Jeux d’été non boycottés et permis au pays de se classer 10e.

« Nous nous améliorons en racontant notre histoire sur la raison pour laquelle le sport est important et pourquoi l’excellence dans le sport est importante pour notre pays, pourquoi gagner des médailles aux Jeux olympiques et paralympiques est important, a déclaré Anne Merklinger, directrice générale d’À nous le podium.

« Nous formons une toute nouvelle génération de futurs leaders et une génération qui incitera les jeunes du Canada à devenir plus actifs physiquement. »

Progrès dans le parasport

Les Jeux paralympiques de Vancouver et de Whistler ont également consolidé le statut du Canada comme un acteur de premier plan en sports d’hiver.

Le Canada a atteint l’objectif de terminer parmi les trois premiers au classement des médailles d’or en 2010, 2014 et 2018.

Une augmentation spectaculaire du nombre de pays investissant dans le parasport estival au cours des 20 dernières années a entamé le bilan de médailles du Canada aux Jeux paralympiques d’été.

Mais l’impact le plus important de 2010 a été de rehausser l’attrait du parasport au pays, selon la directrice générale du Comité paralympique canadien, Karen O’Neill.

Chantal Petitclerc, gagnante de 14 médailles d’or paralympiques dans les épreuves en fauteuil roulant, estime que 2010 a modifié les perceptions envers les personnes handicapées, même au sein de leur propre famille.

« Le petit garçon, la petite fille, le petit enfant handicapé, qui est allé aux jeux avec ses parents, cela les a inspirés et cela a inspiré les parents, a affirmé la sénatrice canadienne.

« Ils voient le potentiel, ils voient la force, ils voient quelque chose d’unique aux Jeux paralympiques et ils disent : ”Nous pouvons offrir quelque chose à cet enfant et cet enfant a plus de potentiel que de limites.”»

« C’est le pouvoir des Jeux paralympiques. Cela ne sortira jamais dans les statistiques, mais c’est réel. »

Culture de la victoire

Il aura fallu les Jeux de 2010 au Canada pour crier avec audace au monde qu’on voulait gagner. Le nom À nous le podium, destiné à être ambitieux, a fait froncer les sourcils sur la scène internationale.

Shoemaker, qui était à l’époque président de la WTA, attribue aux Jeux de 2010 l’éclosion du tennis canadien, avec sa tête d’affiche Bianca Andreescu, championne des Internationaux des États-Unis en 2019.

« Je ne pense pas que quiconque à l’époque rêvait de la même façon de gagner des tournois majeurs, a souligné Shoemaker.

« Vancouver en 2010 nous a permis de penser différemment et d’avoir une attitude face à la victoire. Le résultat a été l’attitude de Bianca Andreescu. Les gens diront que c’est indirect, mais je pense que le lien de causalité est là.

« C’est une attitude qui n’existait pas avant Vancouver 2010. »