Football, le porteur de valeurs

Après avoir été entraîneur et joueur de football, le Québécois Marc Santerre propose un premier livre intitulé «Un coach parmi des héros».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Après avoir été entraîneur et joueur de football, le Québécois Marc Santerre propose un premier livre intitulé «Un coach parmi des héros».

La réputation du football a été ébranlée dans les dernières années, notamment en raison des risques associés à ce sport de contact. Mais à la veille du 54e Super Bowl, auquel participera le Québécois Laurent Duvernay-Tardif, les deux anciens entraîneurs Jacques Dussault et Marc Santerre — qui viennent de faire paraître chacun un livre sur leur carrière — croient fermement aux vertus du football pour former de bons citoyens.

« La chose la plus importante pour un coach, peu importe le niveau, c’est que si tu n’aimes pas tes joueurs, t’as pas d’affaire là. » C’est Jacques Dussault, l’ancien entraîneur adjoint des Alouettes et leader de la Machine de Montréal, qui martèle cette philosophie sur le football.

L’amour des joueurs, la passion de ce sport, et l’importance de transmettre ses valeurs intrinsèques d’efforts et de collégialité, ce sont là des filons importants du long parcours de Dussault, qui est raconté dans le récent livre Le coach (Hurtubise), de Steve Vallières.

Et cette passion du football — et de son enseignement —, on la retrouve aussi abondamment dans l’autobiographie sportive de Marc Santerre, Un coach parmi des héros (Éditions La Presse). Ce dernier a été entraîneur pendant 27 ans, notamment avec les Spartiates du cégep du Vieux Montréal — en compagnie de Dussault pendant un an — et les Carabins de l’Université de Montréal.

« Il y a des coachs qui vont se limiter à enseigner le jeu, mais Jacques et moi, on a beaucoup mis l’accent sur le fait de dire aux joueurs qu’ils ont tous un rôle dans un ensemble qui est plus grand qu’eux, raconte Marc Santerre, avocat de métier. Et ça les rend plus humbles, plus solidaires, ça les rend plus grégaires aussi. »

Le football, rappelle Dussault, est aussi un des rares sports où une équipe est pénalisée collectivement à la suite d’une faute. C’est aussi un monde où s’il faut être prêt à improviser — parlez-en au quart Patrick Mahomes des Chiefs de Kansas City —, tous les jeux sont pratiquement régis au millimètre, rappelle Santerre. « Tout le monde reproduit une action synchronisée, préparée collectivement, et ça, c’est unique au football, explique l’entraîneur. Chacun a une place, chacun a un rôle, chacun a un moment pour lui dans chaque jeu. »

« Et il n’y a personne qui ne peut pas prendre part à l’action », ajoute Dussault.

Les deux coachs et amis croient donc fortement aux valeurs du football pour former de bons humains, de bons travailleurs, de bons citoyens, surtout. Jusque dans l’apprentissage de la défaite, d’autant que les saisons de football sont souvent très courtes et que chaque match a une importance de taille pour le classement.

« Le vieil adage qui dit que si tu travailles fort, tu vas réussir… pas sûr, il va falloir qu’on révise ça un petit peu, croit Jacques Dussault. Dans la vie, tu vas en avoir des échecs, pas mal plus importants qu’un match de football. C’est la façon dont tu vas réagir après qui est importante. »

Vivre ensemble et vivre en santé

À l’image de la société québécoise, la composition des équipes de football étudiant a aussi beaucoup changé, note Marc Santerre, qui a passé quelque vingt ans avec les Spartiates. Dans son livre, il dit voir à travers son équipe « un contexte de multiethnicité et de pluralisme qui est également l’un des défis de notre époque et de notre société ».

Il explique avoir dirigé de jeunes joueurs de différentes provenances et classes sociales, même de différentes religions. « Mais à un moment donné, on a été transportés par la même affaire, on a réussi en étant tout le monde différent sans dire à personne d’arrêter d’être différent. »

Il peut y avoir un bémol : au football, la rencontre de l’autre se fait parfois lourdement, sur le terrain, à toute vitesse. De quoi rendre le sport moins intéressant pour plusieurs parents en raison des risques de commotions cérébrales. La science a progressé sur le sujet, et pour plusieurs, le jeu n’en vaut plus la chandelle.

Le football est et restera un sport de contact, précisent les deux vétérans, qui ont eux-mêmes foulé le terrain dans leur jeune temps. Mais ils estiment que la culture a changé.

À une autre époque, il y avait « un manque de connaissances, note Dussault. Certains organisaient des pratiques, mais c’était plutôt des massacres, où les joueurs se rentraient dedans pendant une heure et demie. […] Mais selon moi, quand c’est bien géré, les qualités que le sport apporte dépassent le risque des blessures ».

L’entraîneur Santerre explique aussi que les séances d’entraînement ne comportent désormais plus nécessairement de contacts. Et que dans les matchs, de nouvelles règles empêchent entre autres de plaquer l’adversaire avec le casque, ou interdisent de bousculer un joueur en position vulnérable.

« La solution se trouve dans le fait d’ajuster les règles de sécurité et puis d’ajuster le coaching à ces règles-là », conclut-il.

Un autre Laurent Duvernay-Tardif ?

Les deux hommes de football ont donné à leur sport sans vraiment compter les heures, parfois au prix de difficultés personnelles. Santerre et Dussault connaissent donc bien le marché local du football, et aussi le bassin américain, les deux ayant pu y mettre les pieds au fil de leur carrière. Est-ce que l’arrivée d’un joueur étoile comme Laurent Duvernay-Tardif dans la Ligue nationale de football (LNF) est une exception ou le début de quelque chose ?

Ne retenez pas votre souffle, tranche Dussault. « Des Laurent Duvernay-Tardif, il n’y en aura pas un autre avant un bon bout de temps », croit-il, ajoutant que la vedette québécoise a surtout pu compter sur son talent et son intelligence pour atteindre les plus hauts niveaux.

C’est en partie une affaire de bassin de population et d’intérêt. « Juste au Michigan et en Ohio, il y a plus d’universités qui jouent au football qu’il y en a au Canada au complet », précise Marc Santerre.

Et c’est aussi une affaire de contexte d’apprentissage. Les équipes universitaires au sud de la frontière comptent dans leurs rangs beaucoup plus d’entraîneurs qu’au Canada, ce qui permet de pousser davantage les joueurs de talent vers le sommet.

« Je me souviens d’être allé voir mon ancien joueur Renaldo Sagesse au Michigan, et je le regardais sur le terrain devant 117 000 personnes. C’est une expérience de vie que personne ne pourra avoir ici. Et une expérience de football qu’on n’est pas capables de reproduire non plus. »

Alors, que vous soyez touchés par le parcours de Duvernay-Tardif ou déjà passionné de football, l’ultime match de la saison de la LNF entre les 49ers de San Francisco et les Chiefs de Kansas City commencera à 18 h 30, dimanche. Et bol en bois ou bol en fer, espérons que ce sera super.