Les impacts du décalage horaire dans la LNH et comment les contrer

Max Domi regardant Jacob Markström arrêter le tir d’un coéquipier lors de la visite du Tricolore à Vancouver en novembre l’an dernier
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Max Domi regardant Jacob Markström arrêter le tir d’un coéquipier lors de la visite du Tricolore à Vancouver en novembre l’an dernier

Les amateurs de hockey devront veiller tard cette semaine pour suivre les activités du Canadien, puisque la formation montréalaise jouera dans l’Ouest canadien. Le décalage horaire aura donc certainement une incidence sur les téléspectateurs et les cotes d’écoute, mais il peut aussi en avoir une sur les joueurs.

La professeure Geneviève Forest, directrice du Laboratoire du sommeil à l’Université du Québec en Outaouais, et Jonathan Roy, étudiant au doctorat en neuropsychologie clinique, ont réalisé une étude sur le sujet en analysant les matchs de la LNH, de la NBA et de la NFL entre 2010 et 2015. Les résultats publiés à l’automne 2017 ont permis de conclure que l’effet du décalage horaire était plus important pour les équipes voyageant vers l’ouest.

Le pourcentage de victoire des équipes franchissant trois fuseaux horaires pour aller jouer en soirée dans l’Ouest dans la LNH était de 41,5 %, comparativement à 52,4 % les équipes effectuant le même trajet dans l’autre sens.

« De façon générale, un athlète sera dans les meilleures conditions de performance en fin d’après-midi et en début de soirée, a expliqué Geneviève Forest lors d’un entretien récent avec La Presse canadienne. Ça diminue ensuite rapidement en fin de soirée. Vers 22 h ou 23 h, le corps se prépare à aller se coucher. Ce n’est plus le temps pour aller courir un marathon ! »

Horloge biologique

L’effet du changement de fuseau horaire est moindre pour les équipes venant de l’Ouest puisque, pour eux, il est 16 h quand un match commence à 19 h dans l’est.

Le corps agit de la sorte en raison du rythme circadien veille-sommeil, régulé par l’horloge biologique de chaque individu. « Des études qui se sont intéressées à la dépense énergétique, à l’agilité et à la performance sportive ont permis de se rendre compte que, pareillement à certains rythmes biologiques, la performance sportive varie aussi sur une période de 24 heures, a indiqué Geneviève Forest. Cela signifie que les athlètes sont meilleurs à certains moments de la journée et pires à d’autres moments. »

Ça dérègle votre corps et ça peut avoir un effet, jusqu’à un certain point. Mais une fois que vous trouvez des trucs pour avoir de l’énergie, je pense que ça va.

Pour contrer les répercussions du décalage horaire, Geneviève Forest a souligné qu’il serait notamment avantageux pour les équipes de ne pas voyager immédiatement après les matchs, afin d’offrir une bonne nuit de sommeil de récupération aux joueurs. Les conditions d’hébergement et l’hygiène du sommeil sont aussi importantes.

« La lumière et l’alimentation peuvent aussi aider à synchroniser l’horloge biologique », a-t-elle ajouté.

Questionné récemment à ce sujet, le défenseur Ben Chiarot, du Canadien, et l’attaquant Wayne Simmonds, des Devils du New Jersey, ont admis que l’acclimatation au décalage horaire faisait partie des défis des longs voyages.

Les deux ont déjà joué dans l’Association de l’Ouest pendant leur carrière — Chiarot avec les Jets de Winnipeg et Simmonds avec les Kings de Los Angeles et les Predators de Nashville — et les voyages sont souvent plus longs dans cette association.

« Les Predators sont peut-être l’équipe qui change le plus souvent de fuseau horaire, a noté Simmonds. Il faut être responsable et prendre soin de soi.

« Ça dérègle votre corps et ça peut avoir un effet, jusqu’à un certain point. Mais une fois que vous trouvez des trucs pour avoir de l’énergie, je pense que ça va. »

Étrangement, Simmonds et Chiarot ont affirmé ressentir plus souvent les effets du long voyage lors du retour à domicile. « C’est comme si vous manquiez d’énergie au retour parce que votre cycle de sommeil est déréglé », a dit Chiarot.

Un problème sous-estimé ?

Des 31 formations de la LNH, 16 ont répondu à un courriel de La Presse canadienne cherchant à savoir si l’équipe comptait un spécialiste du sommeil au sein de leur personnel médical ou faisait affaire avec un consultant en la matière. Du nombre, 7 ont répondu par l’affirmative.

Informée du résultat du sondage, Geneviève Forest se désolait un peu de voir le faible nombre d’équipes se fiant à des spécialistes en matière de sommeil, sans toutefois être surprise. « Aux États-Unis, c’est exponentiel en popularité. C’est le domaine de l’avenir, a-t-elle affirmé. Il y a un paquet de sleep coaches. Beaucoup d’équipes professionnelles de basketball, de hockey et de baseball se dotent de spécialistes qui vont les conseiller sur le sommeil. Au Canada, ça s’en vient, mais c’est moins reconnu. Il y a encore beaucoup de travail à faire auprès des athlètes et des entraîneurs. »

Trois des neuf formations ayant répondu au sondage par la négative, dont le Canadien, ont précisé que les problèmes liés au sommeil étaient gérés par leur directeur de performance.

« Nous faisons de la recherche, et notre travail dans la science du sport est aussi d’être à l’affût de ce qui se fait ailleurs, de connaître les tendances, a noté Pierre Allard, directeur de la science du sport et des performances chez le Canadien. Mais en termes de stratégie, nous voulons quelque chose de simple et de pratique à administrer.

« Nous faisons du renforcement au niveau du système immunitaire avant les longs voyages. […] Il est important de s’assurer que les joueurs soient bien hydratés et puissent récupérer grâce à de bonnes heures de sommeil. »

Les équipes ont également l’habitude de voyager un jour plus tôt quand elles doivent faire un vol d’un bout à l’autre du continent, si le calendrier le leur permet. C’est donc pour cette raison que le Canadien a pris la direction de Vancouver dimanche, et non lundi.

Et la bonne nouvelle pour le Canadien cette semaine, c’est qu’après les matchs à Vancouver, mardi à 22 h, heure de l’Est, et à Calgary, jeudi à 21 h, le Tricolore aura un horaire moins inhabituel pour lui. Il jouera à 19 h, samedi, à Edmonton, puis à 20 h, lundi prochain, à Winnipeg.