L’animateur Jean Pagé, un «vrai fin» du sport, s’éteint

Jean Pagé, qui avait commencé sa carrière à la radio avant d’animer une pléiade d’émissions télévisuelles liées aux sports, était reconnu pour sa chaleur humaine et sa passion contagieuse.
Photo: Radio-Canada Jean Pagé, qui avait commencé sa carrière à la radio avant d’animer une pléiade d’émissions télévisuelles liées aux sports, était reconnu pour sa chaleur humaine et sa passion contagieuse.

Il a été pour toute une génération le visage et l’autorité de La soirée du hockey, ainsi qu’un repère dans le monde olympique et du sport en général. Mais touché depuis plusieurs années par un cancer incurable de la prostate, l’animateur et commentateur Jean Pagé s’est éteint dimanche soir à l’âge de 73 ans.

Reconnu comme un grand homme de télé qui aura brillé sur les ondes de plusieurs réseaux, Jean Pagé restera pour plusieurs cet homme élégant — même dans un veston bleu poudre —, un casque d’écoute à micro sur la tête, en train de tenir l’antenne les soirs de hockey à Radio-Canada.

Le natif de Chicoutimi, qui a débuté dans les médias sur les ondes de la station de radio locale CJMT, a animé pendant 17 ans La soirée du hockey, de 1987 jusqu’à la fin de la production maison de la grande messe sur glace par le diffuseur public.

Le commentateur actuel des matchs du Canadien de Montréal, Pierre Houde, a croisé à de nombreuses reprises Jean Pagé depuis 1976, année où ils étaient tous les deux affectés à la couverture du volley-ball lors des Olympiques de Montréal. M. Pagé faisait partie à ses yeux de la génération d’annonceurs qui avait succédé aux pionniers du genre, comme René Lecavalier ou Richard Garneau.

« Il était de cette nouvelle vague, avec des gars comme Claude Quenneville ou Camille Dubé ; on les appelait les “beaux garçons”. On les voyait entrer et ils prenaient le témoin, le flambeau des plus vieux. »

Aux yeux de Pierre Houde, Pagé laissait émaner une certaine chaleur humaine à travers le moule de La soirée du hockey et celui de Radio-Canada. « Il pouvait éclater de rire en entrevue avec un joueur. Il avait une très grande joie de vivre. Avec lui, je retiens des moments de rires, de plaisir. »

À la télévision, Jean Pagé aura été à la barre de plusieurs émissions sportives, dont L’univers des sports et Les héros du samedi, mais aussi de la tribune de discussions 110 % à TQS, où il passera huit ans. Pagé aura aussi été régulièrement collaborateur à la radio.

Jean Pagé a gagné dans sa carrière huit prix Métrostar ainsi que deux Gémeaux, en plus d’être honoré à la fin de novembre à l’Assemblée nationale du Québec.

« C’était quelqu’un de rigoureux, mais qui aimait aussi que [l’information] soit accessible, raconte la journaliste et animatrice Marie-Josée Turcotte, qui a souvent partagé les ondes avec lui à Radio-Canada. Il avait une telle écriture… comme une religieuse ; c’était propre. Et sa manière d’écrire, c’était aussi le reflet de qui il était : il voulait que ce soit bien fait, lisible ; il voulait être bien compris. »

Douze Jeux olympiques

La présence de Jean Pagé dans le monde du hockey « n’était que la pointe très visible de l’iceberg », rappelle Pierre Houde, qui partageait avec l’homme une passion pour la formule 1.

Amateur de moto et de voile dans sa vie personnelle, Jean Pagé aura notamment suivi de nombreux tournois de tennis, de patinage artistique (avec Alain Goldberg) et de sport automobile, dont l’IndyCar Series.

Autre fait d’armes, Jean Pagé aura oeuvré lors de 12 Jeux olympiques, le plus souvent comme chef d’antenne. À Vancouver, en 2010, Pagé travaillait du côté de V, qui codiffusait les épreuves avec RDS. Il échangeait alors les ondes avec Claude Mailhot.

« Quand on a acquis les droits, c’était comme un second souffle pour lui ; il pensait qu’en quittant Radio-Canada, ce serait fini pour lui aux JO. Alors ça devenait extrêmement important pour lui », explique Claude Mailhot, qui se souvient d’un homme toujours bien préparé.

En ondes, Jean Pagé était aussi très altruiste avec ses coanimateurs et ses invités, note Marie-Josée Turcotte. « Il était d’une générosité assez spéciale en ondes. […] Je sais qu’on dit toujours de belles choses quand les gens meurent, mais Jean, c’était un vrai fin. »

Implication

Jean Pagé s’est éteint chez lui, à Morin-Heights, entouré de ses proches. Il laisse derrière lui sa femme Brigitte Bélanger ainsi que ses enfants, Isabelle, Alexandra, Elisabeth et William. Il avait été atteint d’un premier cancer de la prostate à l’âge de 49 ans, avant que la maladie ne revienne. Il en avait fait l’annonce en novembre 2018.

Son implication dans la cause du cancer de la prostate a par ailleurs été soulignée par plusieurs de ses proches, notamment Laurent Proulx, p.-d.g. de l’organisme de bienfaisance PROCURE, où Pagé s’impliquait depuis 15 ans.

Laurent Proulx, qui était au chevet de M. Pagé jusqu’à sa mort, parle d’un homme élégant — « avec le mouchoir dans la poche » — et entêté, qui avait quelque chose d’un artiste. « Jean m’avait dit que l’important, c’était de mettre en place une ligne de soutien, rappelle-t-il. L’autre grand travail de Jean, c’était la sensibilisation. » Il était derrière la campagne Noeudvembre, où la vente de noeuds papillon permettait d’aider le travail de PROCURE.

« Il avait fait le souhait de ne pas y aller avec l’aide médicale à mourir, raconte Laurent Proulx. J’ai compris cette semaine quand il était dans son lit dans son espèce de véranda. Son chien courait partout dehors et il s’est mis à sourire. Hier, il y avait des étoiles dans le ciel ; c’était super beau. Il voulait tout vivre jusqu’à la dernière minute, pleinement. Il faut le respecter pour ça. »