Dopage russe: la Fédération internationale d’athlétisme choisit la manière forte

Le président de la Fédération internationale d'athlétisme, Sebastian Coe
Photo: Giuseppe Cacace Agence France-Presse Le président de la Fédération internationale d'athlétisme, Sebastian Coe

Les liens sont rompus : de nouveau sur la sellette après des accusations d’obstruction à une enquête concernant l’une de ses têtes d’affiche, Danil Lysenko, l’athlétisme russe, banni depuis novembre 2015 en raison d’un vaste scandale de dopage institutionnel, a vu son processus de réadmission purement et simplement suspendu par la Fédération internationale, vendredi à Monaco.

World Athletics a donc choisi la manière forte et a eu la main lourde vis-à-vis de la Russie, qui voit s’éloigner encore un peu plus la perspective de réintégrer à court terme le concert des nations du premier sport olympique.

Le coup est rude à moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 mais la Task Force, chargée de juger des progrès du pays dans la lutte antidopage et de faire des recommandations au Conseil de la Fédération internationale, n’a fait que prendre acte des dernières révélations concernant les pratiques douteuses ayant toujours cours dans le pays.

L’Agence mondiale antidopage (AMA) enquête ainsi sur une possible falsification des données du laboratoire de Moscou — au coeur du système de dopage entre 2011 et 2015 — transmises à l’AMA et à l’Unité d’intégrité de l’athlétisme (AIU) pour leurs investigations. Le comité exécutif de l’AMA doit se réunir le 9 décembre afin d’évaluer la procédure en cours contre l’Agence antidopage russe (Rusada) et de prendre d’éventuelles sanctions, qui pourraient aller jusqu’à une exclusion des Jeux Olympiques en 2020.

Le scandale de trop

Pour ne rien arranger, l’AIU a annoncé jeudi les suspensions de cinq officiels de la Fédération russe d’athlétisme (Rusaf) impliqués dans une sombre affaire de fourniture de faux documents au vice-champion du monde (2017) du saut en hauteur Danil Lysenko pour l’aider à échapper à une sanction pour manquements à ses obligations de localisation pour des contrôles inopinés (« no shows »). Parmi les responsables visés figure le président de Rusaf Dmitri Chliakhtine. La Rusaf et tous les accusés ont jusqu’au 12 décembre pour fournir des réponses à l’AIU.

Le sauteur en hauteur était pourtant l’un des symboles de ces athlètes russes autorisés à concourir sous drapeau neutre après être passés sous les radars d’un panel antidopage. Mais il a vite été rattrapé par la patrouille avec un troisième « no show » en 12 mois, synonyme d’une infraction aux règles antidopage, notifié par l’AIU le 25 juin 2018. Lysenko a ensuite été suspendu provisoirement le 3 août 2018, à trois jours de l’ouverture des Championnats d’Europe de Berlin. Sans doute le scandale de trop pour les dirigeants de World Athletics.

« Sur ces bases-là, nous avons proposé au Conseil, et cela a été approuvé à l’unanimité, de suspendre le processus de réadmission de la Fédération russe tant que les faits ne sont pas éclaircis », a déclaré Rune Andersen, le patron de la Task Force.

Autre grosse conséquence de l’« affaire Lysenko » : la Fédération internationale a demandé à la Task Force « de revoir le processus de désignation des athlètes neutres et de faire des propositions au Conseil pour voir si ce mécanisme doit être poursuivi et sous quelle forme », a expliqué Rune Andersen. La Fédération internationale a aussi brandi la menace d’une exclusion de la Russie selon les prochains développements des enquêtes en cours.

« Les recommandations de la Task Force vont dans le sens du processus engagé depuis novembre 2015 », a indiqué le président de la Fédération internationale Sebastian Coe. « Ce ne sont absolument pas des mesures symboliques. Nous pensons que c’est la meilleure solution à prendre pour notre sport. Cela ne nous rend pas populaire au sein et à l’extérieur de notre sport mais nous irons au bout du processus, aussi loin que nécessaire. »