Rugby: une victoire de l’Afrique du Sud à point nommé

Les Springboks ont remporté leur troisième Coupe du monde samedi, après leurs exploits de 1995 et de 2007.
Photo: Odd Andersen Agence France-Presse Les Springboks ont remporté leur troisième Coupe du monde samedi, après leurs exploits de 1995 et de 2007.

L’éclatante victoire des Springboks au Mondial de rugby, emmenés pour la première fois par un capitaine noir, Siya Kolisi, intervient à point nommé pour l’Afrique du Sud, en pleines turbulences économiques et sociales, une « euphorie » sportive dont le gouvernement voudrait bien tirer profit.

« Vous avez fait beaucoup plus que remporter la Coupe du monde de rugby. Vous avez restauré la foi d’une nation qui doute d’elle-même », a résumé le très respecté Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix. « Si on croit en soi, ses rêves peuvent devenir réalité, a-t-il assuré. Aujourd’hui, notre père, Nelson Mandela [premier président noir sud-africain, NDLR], sourit depuis le paradis. » Non seulement les Springboks ont remporté leur troisième Coupe du monde samedi, après leurs exploits de 1995 et de 2007, mais ils l’ont décrochée avec un capitaine noir. Une première hautement symbolique dans un pays où les Noirs étaient interdits de participer à l’équipe nationale de rugby pendant les pires heures du régime raciste de l’apartheid, officiellement tombé en 1994.

Après le coup de sifflet final samedi au Japon, Siya Kolisi, le gamin du township devenu héros, n’a pas dit autre chose, sortant, fait rarissime, de son discours purement sportif. « Nous avons tellement de problèmes dans notre pays, mais nous avons une telle équipe. Nous venons d’origines différentes, de races différentes, mais nous nous sommes rassemblés avec un but unique et nous voulions l’atteindre », a-t-il déclaré. « Ça montre que si on tire tous dans le même sens, on peut réussir quelque chose », a-t-il conclu dans son message, qui va bien au-delà de la prouesse sportive.

 Vous avez fait beaucoup plus que remporter la Coupe du monde de rugby. Vous avez restauré la foi d’une nation qui doute d’elle-même. 

« Nous avons besoin de ce genre de positivité dans notre pays », s’est réjoui l’ancien capitaine des Springboks Jean De Villiers, évoquant les problèmes politiques et économiques de son pays. « Soudain, nous nous sentons tellement mieux en Afrique du Sud. C’est tout simplement incroyable », s’est-il exclamé. Une « euphorie » dont le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, voudrait bien profiter. « L’esprit d’unité démontré pendant la Coupe du monde nous montre que l’Afrique du Sud peut surmonter les défis, grâce à la détermination et au travail d’équipe », a assuré le gouvernement.

Cette victoire ne pouvait en effet mieux tomber dans un pays où s’accumulent depuis plusieurs années les mauvaises nouvelles : croissance molle, chômage endémique (29 %), très fortes inégalités et criminalité rampante (58 meurtres par jour). « En Afrique du Sud, a expliqué samedi l’entraîneur des Springboks, Rassie Erasmus, la pression, c’est de ne pas avoir de boulot, c’est d’avoir un proche qui se fait tuer… Le rugby ne devrait pas créer de pression, mais plutôt de l’espoir ».