Un nouveau défi pour le sport électronique: la question de la retraite

Dans les jeux les plus frénétiques, les joueurs peuvent en effet être poussés vers la sortie dès leurs 23 ans, âge à partir duquel les réflexes sont censés diminuer.
Photo: Jeff Pachoud Archives Agence France-Presse Dans les jeux les plus frénétiques, les joueurs peuvent en effet être poussés vers la sortie dès leurs 23 ans, âge à partir duquel les réflexes sont censés diminuer.

Alors que la première génération de joueurs professionnels arrive déjà à l’âge de la retraite, le sport électronique se retrouve confronté à un nouveau défi : après des années passées à éliminer ses rivaux dans un monde virtuel, que faire de sa vie une fois les manettes raccrochées ?

Et ce dilemme se pose bien plus tôt que pour la plupart des sports. Dans les jeux les plus frénétiques, les joueurs peuvent en effet être poussés vers la sortie dès leurs 23 ans, âge à partir duquel les réflexes sont censés diminuer.

Car sur un champ de bataille en ligne, chaque milliseconde compte. Et dans le sport électronique, où 33 millions de dollars (un record) seront distribués cette semaine en Chine à l’occasion de la neuvième édition de The International, le temps... c’est de l’argent.

Les pratiquants du jeu DOTA 2, sur lequel s’affrontent les meilleurs joueurs du monde du 20 au 25 août à Shanghai, évoquent eux un âge « limite » pouvant péniblement atteindre les 30 ans, un cas assez rare dans le sport électronique.

Jingjun « Sneyking » Nu, 24 ans, de l’équipe Newbee, refuse pourtant de se sentir bridé par le poids des années : « Les gens pensent qu’à partir d’un certain âge, on est trop lent et pas assez bon, mais je pense que ça n’a aucune importance. »

Michael « Ninjaboogie » Ross, expert de DOTA 2, espère lui aussi défier la barrière de l’âge. À 27 ans, alors que la réalité le rattrape, il balaye la question d’un revers de la main.

« La retraite ? C’est la seule chose à laquelle je n’ai jamais vraiment pensé », affirme celui qui a passé la moitié de sa vie à jouer.

Devenir entraîneur ou analyste ?

Pourtant, la question « et après ? » est bien un sujet d’actualité pour les joueurs professionnels.

À la manière du sport « traditionnel », devenir entraîneur ou analyste est une des options qui se présentent aux joueurs de sport électronique après avoir mis leur clavier au placard.

Mais de l’aveu de certains, de nombreux professionnels n’auraient qu’une hâte après avoir passé 12 heures par jour devant leur écran pendant des années : en finir, une bonne fois pour toutes, avec ce sport.

Pour Duncan « Thorin » Shields, qui se présente comme historien du sport électronique, l’épuisement professionnel, au-delà de la simple question des réflexes, est en effet l’une des principales raisons qui contraignent les joueurs à prendre leur retraite si tôt.

Kurtis « Aui_2000 » Ling veut cependant croire que l’augmentation exponentielle des revenus générés par le sport électronique a dégagé l’horizon des joueurs professionnels.

« Il y a cinq ou 10 ans, nous étions obligés de prendre notre retraite, car le sport électronique ne nous permettait pas de subvenir à nos besoins. Maintenant, nous pouvons très clairement vivre de cette activité », affirme le joueur de 26 ans, retraité depuis une blessure, qui a amassé près de 2 millions de dollars au cours de sa carrière selon le site esportsearnings.com.

« Au fur et à mesure que le sport électronique se développe et que les revenus augmentent, il y aura de plus en plus d’opportunités pour les néo-retraités dans les affaires, la gestion et les médias », estime Roman Dvoryankin, directeur général de l’équipe Virtus.pro.

Dvoryankin souhaite d’ailleurs employer un directeur sportif, mais il assure qu’il n’y a aucun candidat sur le marché — une preuve, pour lui, que beaucoup de têtes d’affiche de la première génération jouent encore.

Le patron de Virtus.pro rejette aussi les accusations selon lesquelles de nombreux joueurs de sport électronique n’ont pas les compétences sociales nécessaires pour s’épanouir une fois qu’ils ont cessé de jouer.

« Ils sont tout à fait capables de communiquer avec les autres, mais pas face à face. Ce n’est toutefois pas propre au sport électronique, c’est une question de génération », estime-t-il.

« Les gens pensent qu’ils ne font que s’asseoir devant leur ordinateur, mais le fait est qu’ils parlent beaucoup... même si ce n’est qu’en ligne. »