Dévastée, Laurence Vincent-Lapointe se défend de tout dopage

Laurence Vincent-Lapointe ratera les championnats du monde de Szeged, en Hongrie, qui se tiennent la semaine prochaine, une étape importante avant les Jeux olympiques de Tokyo.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Laurence Vincent-Lapointe ratera les championnats du monde de Szeged, en Hongrie, qui se tiennent la semaine prochaine, une étape importante avant les Jeux olympiques de Tokyo.

La canoéiste Laurence Vincent-Lapointe est sur le point de participer à la plus importante course de sa carrière. Celle consistant à blanchir son nom et, l’espère-t-elle, celle qui lui permettra ultimement de participer aux Jeux olympiques de Tokyo l’été prochain.

La multiple championne du monde de canoë a avoué, mardi matin, que son monde s’est écroulé comme un château de cartes lorsqu’elle a appris avoir échoué à un contrôle antidopage la semaine dernière.

« Je ne sais pas ce que j’aurais fait, sans l’équipe qui était avec moi pour surmonter le choc, a-t-elle mentionné quelques heures après son retour de Hongrie. C’est vraiment difficile. Sur le coup, je n’ai même pas été capable de pleurer ; j’étais carrément sous le choc. Puis ensuite, je me suis roulée en boule et j’ai demandé à voir ma mère. »

Ses parents, Nathalie Vincent et Guy Lapointe, ont d’ailleurs accompagné l’athlète de 27 ans, visiblement ébranlée et très émue, alors qu’elle s’exprimait publiquement pour la première fois depuis que la Fédération internationale de canoë a annoncé sa suspension provisoire, la veille.

« J’ai tellement travaillé fort ; ça fait des années que je travaille pour être la meilleure, des années que je mets tous les efforts pour rester la meilleure », a-t-elle d’abord dit, après avoir pris une longue pause pour éviter les sanglots. « Et avec tout ce que j’ai fait, je ne comprends pas pourquoi j’aurais accepté de tout risquer, à un an des Jeux olympiques.

« Tout risquer, parce que c’est non seulement ma carrière d’athlète, mais une vie qui est brisée, a-t-elle poursuivi, difficilement. Je sais que je suis la meilleure. Ça fait quasiment 10 ans que je gagne sans cesse […] Ce n’est pas juste de prendre une substance, et là c’est moi qui me retrouve dans cette situation-là. Je ne sais pas comment ça s’est rendu là, je ne sais pas pourquoi, mais pour moi, tout ce que j’ai fait comme effort, ça vient de tomber en poussière. »

Depuis, elle admet qu’elle craint de porter les stigmates du dopage. « C’est ma plus grande peur, parce que peu importe que je sois blanchie ou non, que je gagne aux JO ou non, il y aura toujours quelqu’un pour douter que ce soit volontaire, a-t-elle évoqué. Je vais essayer d’ignorer ces commentaires-là, parce que je sais que des gens me connaissent et qu’ils ont confiance en moi. Je sais que je n’ai rien fait et que je n’ai rien à cacher, même si je sais que des gens ne me croiront pas. »

Vincent-Lapointe a été épinglée à la suite d’un test antidopage effectué à Montréal fin juillet, alors qu’elle s’entraînait en prévision des Championnats du monde de Szeged, en Hongrie. Elle a appris le 13 août que son échantillon d’urine A avait révélé des traces de Ligandrol, un agent anabolisant selon l’Agence mondiale antidopage, un résultat qui a été confirmé quelques jours plus tard lors de l’analyse de l’échantillon B.

Le Centre national d’entraînement mis en cause ?

Selon son avocat, Adam Klevinas, la concentration retrouvée dans les deux échantillons est compatible avec une contamination possible des suppléments. La Trifluvienne a pour sa part indiqué que c’est le Centre national d’entraînement de canoë féminin, où elle s’entraîne, qui lui fournit et teste les suppléments qu’elle consomme.

« C’est ce centre-là qui achète des suppléments auprès d’une compagnie qui suit les recommandations provenant de la liste de l’Agence mondiale antidopage pour tester les suppléments, a-t-elle expliqué. Je ne prépare aucun de mes suppléments. »

M. Klevinas entend donc tester en laboratoire tous les contenants de suppléments scellés du même lot que ceux qu’utilisait Vincent-Lapointe afin de déterminer s’il s’y trouve des traces de Ligandrol. Il estime cependant qu’il est encore trop tôt pour pointer du doigt le Centre national d’entraînement, ou encore la compagnie qui le fournit et le laboratoire qui effectue les tests de qualité.

« En ce moment, c’est le cas de Laurence devant la Fédération internationale de canoë. Il faut trouver l’origine [du Ligandrol] afin qu’elle soit admissible aux JO l’an prochain, et par la suite, on verra les démarches qu’il faudra entreprendre », a-t-il dit laconiquement.

Vincent-Lapointe s’expose à une suspension de deux ans. Il lui faudra prouver qu’elle a pris toutes les précautions nécessaires à l’égard des règles liées à l’antidopage et qu’elle n’a pas agi de façon intentionnelle. Selon l’avocat, l’audience complète pour présenter leur cause devant la Fédération internationale devrait avoir lieu d’ici la mi-octobre.

« C’est à nous maintenant de creuser et de trouver l’origine de cette substance-là. Et aussitôt que nous sommes prêts à présenter nos preuves, alors on va commencer la procédure. Ceci étant dit, à la lumière des faits connus présentement, le degré de faute de Laurence est très bas. En ce moment, les faits lui sont donc très favorables », a-t-il expliqué.

Dans l’immédiat, Vincent-Lapointe rate les Championnats du monde de canoë sprint cette semaine à Szeged, en Hongrie, une étape importante dans le processus de qualification olympique. Elle avait trois titres à défendre aux Mondiaux.

« Je vais prendre un peu de temps pour moi, parce que ç’a été rough, a-t-elle admis. J’ai besoin de repos, mentalement et physiquement. Sauf que je n’ai pas dit mon dernier mot […] Je ne veux pas abandonner mon rêve olympique. On travaille pour accélérer le processus, pour trouver d’où ça vient. Je ne veux pas que mon rêve vire au cauchemar, je ne veux pas que ce soit la fin. Je veux qu’il continue. »