Près de 300 sportifs russes dans le collimateur de l’Agence mondiale antidopage

Si les fédérations concernées n’engagent aucune poursuite malgré les dossiers envoyés par l’AMA, celle-ci se réserve le droit de porter l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).
Photo: Marc Braibant Agence France-Presse Si les fédérations concernées n’engagent aucune poursuite malgré les dossiers envoyés par l’AMA, celle-ci se réserve le droit de porter l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).

Près de 300 sportifs russes soupçonnés de dopage ont été identifiés après l’analyse de données récupérées dans l’ex-laboratoire de Moscou, a annoncé mardi l’Agence mondiale antidopage (AMA), qui a transmis les dossiers de 43 d’entre eux aux fédérations concernées en vue d’obtenir des sanctions.

L’AMA n’a précisé ni les noms, ni les sports concernés.

Grâce aux données récupérées en début d’année par les experts de l’AMA, « le service Renseignements et enquête de l’agence a identifié un groupe cible de 298 sportifs (représentant 578 échantillons) présentant les données les plus suspectes », a précisé l’AMA dans un communiqué.

Parmi ces cas, les dossiers de 43 sportifs (représentant 150 échantillons) « ont été envoyés aux fédérations concernées », qui ont le pouvoir disciplinaire. Elles « ont commencé l’évaluation des preuves afin d’identifier les cas relevant d’une violation des règles antidopage », poursuit l’agence.

Si les fédérations n’engagent aucune poursuite malgré les dossiers envoyés par l’AMA, celle-ci se réserve le droit de porter l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).

« Le service Renseignements et enquêtes de l’AMA continue de bien progresser dans cette affaire complexe et de longue haleine », a souligné son directeur, Günter Younger, qui se réjouit d’avoir « fait un pas de plus pour traduire en justice ceux qui ont triché ».

Échantillons analysés

Après avoir récupéré les données des contrôles, l’AMA avait annoncé fin avril avoir pris possession de plus de 2200 échantillons dans l’ancien laboratoire moscovite, au coeur du système de dopage institutionnel ayant régné en Russie entre 2011 et 2015. Ces échantillons sont en cours d’analyse et trois résultats anormaux ont d’ores et déjà été « identifiés », a précisé l’AMA, qui les a notifiés à l’agence antidopage russe, Rusada.

La transmission des données du laboratoire était une des conditions demandées par l’AMA pour lever la suspension de la Rusada, en septembre 2018, trois ans après que les sanctions furent imposées quand le scandale du dopage institutionnel en Russie a explosé.

La Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a aussi fait de l’analyse de ces données une condition préalable à un retour de la Russie, privée d’athlétisme international depuis novembre 2015.

L’IAAF a maintenu début juin la suspension de la Russie. C’est la 11e fois que le Conseil de l’IAAF, réuni à Monaco, recale les Russes, dont l’ultime apparition sous leurs couleurs dans une compétition internationale d’athlétisme remonte aux Championnats du monde en 2015 à Pékin.

Grâce aux enquêtes internationales du juriste canadien Richard McLaren, qui a mis au jour un système de dopage institutionnel en Russie entre 2011 et 2015, ou en s’appuyant sur les données des contrôles transmises par un lanceur d’alerte, des poursuites disciplinaires ont déjà pu être engagées contre des sportifs russes, mais en nombre restreint.

Trois biathlètes ont écopé de suspensions allant de deux à quatre ans, tandis que le Tribunal arbitral du sport (TAS) a prononcé le 1er février des suspensions de deux à huit ans pour douze athlètes, dont Ivan Ukhov, privé de sa médaille d’or du saut en hauteur aux JO de Londres 2012, et Svetlana Shkolina, qui s’est vue retirer son titre de championne du monde de la hauteur en 2013.