Le départ éventuel de Christine Sinclair fera mal à l’équipe canadienne

La gardienne suédoise repousse avec brio un tir de pénalité tiré, à la demande de la capitaine Christine Sinclair, par Janine Beckie.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse La gardienne suédoise repousse avec brio un tir de pénalité tiré, à la demande de la capitaine Christine Sinclair, par Janine Beckie.

Christine Sinclair a porté le soccer canadien sur ses épaules pendant près de 20 ans.

Alors, quand Janine Beckie, et non la capitaine porte-bonheur, s’est présentée pour tirer le penalty avec la possibilité de créer l’égalité 1-1 en huitièmes de finale, lundi, lors de la défaite du Canada face à la Suède à la Coupe du monde féminine, plusieurs ont remis la décision en question.

Et dans un pays où le hockey est roi, les souvenirs des Jeux olympiques de Nagano en 1998 ont refait surface pour certains. À l’époque, un pays entier s’est questionné à savoir pourquoi Wayne Gretzky était assis sur le banc lorsque le Canada s’est incliné en tirs de barrage en demi-finale face à Dominik Hasek et à la République tchèque.

Les similitudes sont que le Canada a perdu les deux matchs et que Sinclair et Gretzky sont des trésors nationaux. Mais ça s’arrête là.

L’entraîneur d’Équipe Canada, Marc Crawford, avait choisi d’y aller avec cinq autres francs-tireurs pendant que le célèbre no 99 se croisait les doigts et espérait qu’un sixième tir serait nécessaire.

Sinclair a choisi son propre destin. Comme elle en a le droit. Les attaquantes ont besoin de se sentir d’attaque quand il s’agit d’effectuer un tir de pénalité.

Après avoir vu son tir de pénalité arrêté par la même gardienne — Hedvig Lindahl — lors d’une victoire du Canada en tirs de barrage lors du match pour la troisième place à la Coupe de l’Algarve en mars, Sinclair s’est entretenue avec Beckie lors de la pause pour la reprise vidéo à la 69e minute.

« Nous avons un groupe de joueuses au sein de cette équipe qui pratique les tirs de pénalité après chaque entraînement et plusieurs d’entre nous sont à l’aise à les prendre, a expliqué Sinclair après. Hedvig a arrêté le mien à la Coupe de l’Algarve il y a à peine deux mois. Je suis donc allée voir Janine et je lui ai demandé : Si tu le veux, c’est à toi’. Et elle m’a répondu : Absolument’.

«Je me sens mal de lui avoir demandé, a-t-elle ajouté. Mais j’ai une entière confiance en elle. Elle n’a peur de rien. »

Beckie a exécuté un bon tir, dans le coin inférieur. Lindahl a fait encore mieux en réalisant l’arrêt.

« Je lui ai demandé après le match si elle l’avait placé où elle le voulait et elle m’a dit oui. Et je lui ai répondu : Alors tu ne pouvais rien faire de plus’, a encore dit Sinclair. La gardienne a fait un arrêt formidable et il faut lui tirer notre chapeau. »

Beckie a confirmé que Sinclair lui avait demandé si elle voulait prendre le penalty à cause de ce qui s’était passé à la Coupe de l’Algarve.

« J’ai dit : C’est à toi de décider.’ Et elle m’a dit de le prendre », a raconté Beckie.

Beckie ne change pas sa routine dans ces circonstances, ce dont les Suédois se souvenaient très bien.

« Je ne suis pas du genre à changer les choses. J’ai confiance en mon tir. J’y ai pensé au moment de l’exécuter, mais oui, elle a fait un formidable arrêt. »

L’entraîneur Kenneth Heiner-Moller a expliqué que le Canada ne tient pas une liste des joueuses pour faire les tirs de pénalité.

« C’est selon la sensation du moment, de qui va se lever et c’est ce que Janine a fait, a-t-il confié. C’est une chose difficile à faire. Je suis évidemment fière d’elle.

« C’était en fait un tir assez bon. Mais Hedvig a fait un excellent arrêt. »

Beckie, âgée de 24 ans, qui a marqué 25 buts en 60 matchs pour le Canada, était inconsolable après le match.

« J’ai la sensation d’avoir laissé tomber l’équipe, c’est vraiment ce que je ressens en ce moment. Frustrée, déçue et un tas d’émotions négatives. »

Le tir de pénalité raté n’est pas l’unique raison pour laquelle le Canada a perdu ce match, même si l’issue aurait pu être différente en cas de réussite.

Les Canadiennes ont en effet montré peu de mordant dans la surface.

Sinclair, qui compte 182 buts à son actif, a démontré sa force de caractère lors d’un penalty il y a quatre ans, en marquant à la 92e minute lors d’une victoire de 1-0 contre la Chine lors du match d’ouverture de la Coupe du monde.

Sinclair est connue pour son sang-froid devant le but.

« C’est toujours elle. C’est toujours elle qui marque le but qui nous est nécessaire pour remporter la coupe ou gagner un match », a reconnu Rhian Wilkinson, ancienne coéquipière et entraîneuse adjointe à la Coupe du monde, avant le tournoi.

Et c’est là tout le problème.

Personne ne peut reprocher à Sinclair d’avoir pris la décision de passer son tour pour le penalty. Après 286 matchs internationaux, on imagine qu’elle sait ce qu’elle fait.

De façon désintéressée, elle a placé l’équipe avant ses propres intérêts en raisonnant ainsi : une coéquipière pouvait peut-être faire mieux qu’elle.

Les Canadiens ne sont pas habitués à cela quand il s’agit de soccer féminin.

À 36 ans, l’incroyable Sinclair est au crépuscule de sa carrière. Prochainement, elle tirera sa révérence pour de bon.

Le match de lundi a démontré que ce sera alors bien difficile de la remplacer.

L’Italie a envoyé le message que l’équipe doit être prise au sérieux à ce Mondial féminin, mardi, signant une victoire convaincante de 2-0 devant la Chine.

L’Italie passe ainsi en quart de finale pour la première fois depuis 1991.

« Les joueuses ont une mission : faire en sorte que le public italien découvre et apprécie le soccer féminin, a déclaré l’entraîneuse Milena Bertolini. Cela donne plus d’énergie et de motivation. »

L’été dernier, l’équipe masculine italienne n’a pas réussi à se qualifier pour la Coupe du monde en Russie.

La Chine n’avait accordé qu’un seul but en trois matchs de groupe, mais l’attaque italienne talentueuse a brisé la défense tant vantée.

Valentina Giacinti a marqué à la 15e minute, puis la longue frappe d’Aurora Galli a mis le résultat bien clair, quatre minutes après le début de la deuxième demie.

L’Italie affrontera les Pays-Bas samedi à Valenciennes. L’Allemagne et la Suède se rencontreront dans l’autre quart de finale, dans la portion italienne du tableau.

L’Italie, qui disputait sa première Coupe du monde en 20 ans, avait déjà dépassé les attentes en s’imposant devant le Brésil et l’Australie, dans son groupe.

L’Italie a marqué neuf buts en trois victoires dans le tournoi, alors que les deux seuls buts concédés sont venus de penaltys.

L’Italie a subi un coup dur lorsque l’attaquant Cristiana Girelli a dû quitter le terrain avec une blessure à la jambe à la 39e. Elle a été remplacée par Galli, qui a marqué son troisième but du tournoi, tous comme réserviste.

Pays-Bas 2 — Japon 1

Lieke Martens a marqué son deuxième but du match lors d’un penalty, tard en fin de partie, et les Pays-Bas ont vaincu le Japon 2-1 pour accéder aux quarts de finale de la Coupe du monde de soccer féminin.

Le nouveau règlement concernant une main dans la surface de réparation a forcé l’arbitre Melissa Borjas à décerner un penalty, car Saki Kumagai a bloqué un tir de Vivianne Miedema avec sa main, même si ça ne semblait pas intentionnel.

Martens a touché la cible, envoyant les Pays-Bas en quarts de finale contre l’Italie.

Pendant ce duel opposant les championnes d’Asie et d’Europe, le jeu a été rapide et relevé. Un tir audacieux du talon de Martens a propulsé les Néerlandaises en avant à la 17e minute. Yui Hasegawa a créé l’égalité à la 43e minute, après avoir complété un beau jeu de passes.

Alors que la dernière équipe asiatique vient d’être éliminée, la Coupe du monde de soccer féminin verra sept équipes européennes en quarts de finale. Il s’agit d’un record.

Dans les autres affrontements, la Norvège croisera le fer avec l’Angleterre, l’Allemagne se mesurera à la Suède et l’équipe hôtesse, la France, disputera la victoire aux championnes en titre, les Américaines.