Au basket, même Montréal est Toronto

Le slogan lancé en 2014 pour soutenir les Raptors («We The North» — «Nous sommes le Nord») s’entend cette année comme un véritable cri de ralliement sportif national.
Photo: Ron Turenne/NBAE via Getty Images Le slogan lancé en 2014 pour soutenir les Raptors («We The North» — «Nous sommes le Nord») s’entend cette année comme un véritable cri de ralliement sportif national.

C’est l’avantage d’avoir une seule équipe canadienne dans la NBA : les Raptors de Toronto auront tout le pays derrière eux à compter de ce soir, alors que la grande finale du circuit de basketball se met en branle dans la Ville Reine. Et point de jalousie régionale — même Montréal est Toronto ces jours-ci.

Le slogan lancé en 2014 pour soutenir les Raptors (We The NorthNous sommes le Nord) s’entend cette année comme un véritable cri de ralliement sportif national. « Je n’ai jamais vu un tel engouement, dit Dwight Walton. Il y a vraiment une sorte de fierté collective dans l’air. On devrait changer le nom de l’équipe pour les Raptors du Canada. »

Walton, un ancien joueur de l’équipe nationale (il a fait les Olympiques de 1988 avant de rouler sa bosse dans plusieurs circuits professionnels) qui commente aujourd’hui les activités de la NBA à la radio montréalaise TSN690, ne pourrait être plus enthousiaste — ou content. Car, non seulement les Raptors pourraient-ils être couronnés champions de la NBA, ils ont aussi créé « un buzz basketball qui se sent partout à Montréal », dit-il.

« Même l’amateur moyen qui ne suit pas la NBA régulièrement sait exactement ce qui se passe avec les Raptors, soulevait Walton en entretien mercredi. Pour un gars comme moi qui vit dans une ville où le hockey est toujours le sujet sportif numéro un, ça fait du bien. »

Le parcours spectaculaire des Raptors en séries — avec ce mémorable panier de Kawhi Leonard dans la dernière seconde de jeu du septième match de la demi-finale d’association pour point d’orgue — génère de fait un enthousiasme inédit pour le basketball un peu partout au pays. Et le Québec n’y échappe pas.

Des adeptes

Le réseau RDS, qui diffuse les matchs des séries de la NBA pour une deuxième année, a enregistré une pointe de 344 000 téléspectateurs lors du dernier match de la finale de l’Est samedi. Un résultat au-delà des attentes, s’étonnait mercredi son porte-parole.

Président et chef de la direction de La Cage brasserie sportive, Jean Bédard note lui aussi un « intérêt certain pour le basketball, et qui va en grandissant ». « Ça fait 25 ans que je suis avec La Cage, et c’est la première fois qu’on sent que les gens viennent vraiment écouter le basket. Ils veulent avoir le son, ils réagissent. »

Une situation qui fait évidemment l’affaire (et les affaires) du groupe de M. Bédard. « Avant, dès que le Canadien était éliminé, c’est comme si le sport n’existait plus. Mais les nouvelles générations d’amateurs s’intéressent à d’autres sports et à d’autres équipes. »

Ça fait 25 ans que je suis avec La Cage, et c’est la première fois qu’on sent que les gens viennent vraiment écouter le basket

La popularité croissante du basket se mesure au-delà des ailes de poulet vendues ou du seul parcours des Raptors. Depuis trois ans, l’organisme Basketball Québec a ainsi enregistré une croissance de 25 % du nombre de joueurs au Québec. Et la tendance est la même à l’échelle canadienne, dit le directeur général, Daniel Grimard.

« C’est un sport beaucoup plus accessible que le hockey ou le baseball, note M. Grimard. Il y a des terrains partout, dans les écoles, dans les parcs. Et je pense qu’on profite de [la présence d’immigrants] qui arrivent ici avec une culture sportive qui comprend le basket. C’est un élément important qui contribue à l’augmentation de la pratique. »

Durable ?

La performance des Raptors ne permettra pas à court terme de propulser le basketball au même niveau que le hockey dans les médias ou les bars sportifs, conçoit Dwight Walton. Mais son impact ne pourra être que positif, pense-t-il.

« Bien sûr qu’on est dans un cycle qui va redescendre. Mais de les voir en finale, ça aide. Sans aucun doute. Et il faut profiter de cette occasion, vivre ce moment pleinement et espérer que les amateurs vont rester accrochés. »

C’est aussi le souhait de l’ancien sénateur et banquier Michael Fortier, qui mène un groupe de travail préparant le terrain pour une future franchise montréalaise dans la NBA. « C’est un travail de longue haleine, dit-il. Mais il est certain que l’aventure des Raptors rend le projet attrayant. De notre côté, on n’a jamais eu de doutes sur l’intérêt du public pour la NBA. Mais pour quelqu’un de l’extérieur, qui perçoit notre marché comme un [seul] marché de hockey, voir cet engouement qui existe partout au Canada, ce n’est pas rien. »

Et ce qui serait encore mieux, ajoute Dwight Walton, c’est une victoire des Raptors contre les Warriors de Golden State. « Je crois profondément dans mon coeur qu’ils peuvent gagner. Et que s’ils le font, les fans vont rester. »