Jean-Guy Talbot et Phil Goyette n’ont pas oublié leur passage à Saint Louis

Le 10 mai 1970, Bobby Orr marque le but victorieux pour les Bruins de Boston en finale de la Coupe Stanley sous le regard dépité du défenseur québécois Noël Picard.
Photo: Ray Lussier The Boston Herald via Associated Press Le 10 mai 1970, Bobby Orr marque le but victorieux pour les Bruins de Boston en finale de la Coupe Stanley sous le regard dépité du défenseur québécois Noël Picard.

À compter de lundi soir face aux Bruins de Boston, les Blues de Saint Louis auront une dizaine de jours pour mettre fin à une vilaine séquence de 12 défaites en finale de la Coupe Stanley. Douze défaites en autant de matchs, doit-on préciser. S’ils y parviennent, il y a au moins un homme, quelque part en Mauricie, qui va probablement applaudir et sourire.

Cet homme, Jean-Guy Talbot, fait partie du dernier groupe de joueurs des Blues de Saint Louis à avoir disputé un match de la finale de la Coupe Stanley. C’était le 10 mai 1970, le jour de la fête des Mères.

En ce dimanche printanier, en prolongation du quatrième match de la finale, l’illustre Bobby Orr a réussi le vol plané le plus spectaculaire de l’histoire de la Ligue nationale de hockey pour donner la coupe Stanley aux Bruins.

Le tout, sous les yeux de Talbot, l’un des six joueurs des Blues qui se trouvaient sur la fameuse patinoire du Garden de Boston.

Les Blues avaient été les grands gagnants d’un élargissement des cadres donnant accès à six nouvelles équipes, dans un concept où il était assuré que l’une d’elles allait participer à la grande finale.

Toutefois, pour une troisième année d’affilée, ils sont rentrés bredouilles de la finale de la Coupe Stanley. Le tout, sans même arracher une seule petite victoire pour se consoler un tant soit peu, après avoir été victimes de balayages aux mains du Canadien de Montréal, en 1968 et en 1969, puis des Bruins l’année suivante.

Lorsque l’on s’excuse de revenir sur ces moments de sa carrière, Talbot interrompt son interlocuteur sans hésiter.

« Ce ne sont pas de mauvais souvenirs. On savait qu’on n’en gagnerait pas une seule ! » lance l’homme de 86 ans en riant de bon coeur, à l’autre extrémité de la ligne téléphonique.

Ce ne sont pas de mauvais souvenirs. On savait qu’on n’en gagnerait pas une seule !

« Je disais aux gars : “Vous savez qu’on ne peut pas les battre. C’est impossible. On va travailler fort, on peut leur donner du fil à retordre et on va voir comment ça va aller. On va s’amuser, nous. Eux ne s’amuseront pas.” La première année, contre le Canadien, on avait perdu les quatre matchs par un but », se souvient-il.

Éloges aux propriétaires

Talbot, un ancien défenseur, est l’un des nombreux joueurs dont la carrière a pris une différente tournure à l’été de 1967, lors de l’expansion.

Comme les six formations originales — dont le Canadien avec lequel Talbot évoluait depuis 1954 — devaient soumettre une liste de protection, Talbot, alors dans la mi-trentaine, n’a pas été protégé.

« Je m’y attendais, on m’avait averti. J’étais l’un des plus vieux défenseurs de l’équipe et le Canadien avait déjà [Jacques] Laperrière et Jean-Claude Tremblay », raconte-t-il.

Réclamé par les North Stars du Minnesota, il n’y a joué que quatre matchs avant d’être échangé à Detroit. Puis, vers la période des Fêtes, il a de nouveau dû faire ses valises pour se rapporter aux Blues, que dirigeait Scotty Bowman.

En plus de se joindre à un groupe qui comptait plusieurs anciens coéquipiers avec le Canadien, notamment Dickie Moore, Red Berenson et Jim Roberts — et qui allait ensuite inclure Doug Harvey —, Talbot a découvert un coin des États-Unis qu’il a appris à aimer et un groupe de propriétaires dont il parle en haute estime, encore aujourd’hui.

« Saint Louis était une très belle ville. Les Salomon, les propriétaires, étaient de très bonnes personnes, ils se tenaient proches des joueurs. Ils étaient toujours à côté de nous, ils s’occupaient de nous. J’ai bien aimé Saint Louis. J’ai bien, bien aimé ça. »

Pour illustrer la bonté de ces propriétaires de la première heure, Talbot relate une anecdote en particulier.

« Un jour, M. Salomon m’a appelé et m’a demandé : “Penses-tu que les joueurs aimeraient avoir une télévision ?” J’ai dit oui. Il en a fait venir de l’Allemagne parce qu’il ne trouvait pas la marque qu’il voulait. À Noël, il a donné une télévision à tout le monde ! »

Phil Goyette, un coéquipier de Talbot avec le Canadien, n’a joué qu’un an avec Saint Louis, en 1969-1970, en même temps que Talbot. Il a connu la meilleure saison de sa carrière avec 78 points, bon pour le quatrième rang des pointeurs, et a ajouté 14 points lors des séries.

Comme Talbot, il n’a que de bons mots pour les Salomon.

« Ils nous ont bien servis. Ils m’ont donné une maison où vivre, une auto. J’avais tout. J’ai bien aimé ça là-bas. C’était une belle ville en plus. C’étaient des propriétaires fantastiques. Ils faisaient tout pour que nous soyons heureux », a témoigné Goyette, qui a reçu le trophée Lady Byng, remis au joueur le plus gentilhomme, lors de sa saison à Saint Louis.

Talbot admet avoir un penchant pour les Blues en vue de la finale et avoue avoir été impressionné par Samuel Blais. Mais le mot de la fin appartient à Goyette.

« J’espère pour Saint Louis, parce que j’ai joué là. Et contre Boston, c’est toujours préférable qu’on gagne ! »

 
 

La vignette de la photo qui accompagne ce texte, qui indiquait erronément que le défenseur qu’on voit derrière Bobby Orr était Jean-Guy Talbot, a été modifiée.