Après la corruption à l’IAAF, le tour des JO de Tokyo et de Rio?

Des virements financiers suspects ont éclaboussé par ricochet les Jeux olympiques d’été de Rio, en 2016, ceux de Tokyo, prévus en 2020, et les Mondiaux d’athlétisme de 2019, au Qatar.
Photo: Toshifumi Kitamura Agence France-Presse Des virements financiers suspects ont éclaboussé par ricochet les Jeux olympiques d’été de Rio, en 2016, ceux de Tokyo, prévus en 2020, et les Mondiaux d’athlétisme de 2019, au Qatar.

Chargés d’enquêter sur un pacte de corruption entre le sommet de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF) et la Russie, les juges français ont démêlé l’écheveau de virements financiers suspects, sous couvert d’actions de lobbying ou de contrats de marketing sportif, qui ont éclaboussé par ricochet les Jeux olympiques d’été de Rio, en 2016, ceux de Tokyo, prévus en 2020, et les Mondiaux d’athlétisme de 2019, au Qatar.

Point commun à tous les dossiers : Papa Massata Diack, ex-puissant consultant marketing de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), que son père, Lamine Diack, a présidée de 1999 à 2015.

 
Photo: Seyllou Agence France-Presse Papa Massata Diack

Dans leur enquête sur l’IAAF, les juges ont découvert deux virements suspects, les 30 juillet et 28 octobre 2013, en provenance d’un compte japonais sous le libellé « Tokyo 2020 Olympic Games Bid ». Les dates intriguent, car Tokyo a obtenu les Jeux par un vote du Comité international olympique (CIO), dont Lamine Diack était membre, le 7 septembre de la même année, à Buenos Aires. Mais surtout, l’argent, 2,8 millions de dollars singapouriens (2,7 millions de dollars canadiens au cours actuel) au total, a atterri sur le compte de la société Black Tidings à Singapour, une « coquille vide » liée à Papa Massata Diack.

Quand la marathonienne russe Lilya Shobukhova avait réclamé en 2014 à ses maîtres chanteurs de l’IAAF et de la Fédération russe d’athlétisme une partie des sommes qu’elle avait dû payer pour éviter une suspension pour dopage, c’est depuis un compte de Black Tidings que les fonds (près de 450 000 dollars canadiens) lui sont revenus.

Dans le cadre d’une nouvelle information judiciaire, les juges ont mis en examen pour corruption active l’ancien patron du comité de candidature de Tokyo 2020, Tsunekazu Takeda. Devant le juge van Ruymbeke, M. Takeda s’est défaussé sur ses collaborateurs, mais il a dû se retirer de la présidence du Comité olympique japonais.

L’enquête sur Tokyo 2020 porte aussi sur l’attribution des JO de Rio 2016. D’autres virements suspects ont été découverts, impliquant des hommes d’affaires brésiliens, le patron du comité de candidature de Rio, Carlos Nuzman, et encore Papa Massata Diack. Comme pour Tokyo, les justices française et brésilienne soupçonnent PMD d’avoir monnayé le soutien de son père contre de grosses sommes d’argent.

L’ancienne vedette namibienne du sprint Frankie Fredericks s’est retrouvée impliquée dans le dossier, parce qu’il a reçu le 2 octobre 2009 un virement d’environ 300000 dollars américains d’une société de Papa Massata Diack. Problème, c’est le jour où Rio a obtenu l’organisation des JO, lors d’un vote à Copenhague pour lequel Frankie Fredericks était scrutateur du CIO. Il a été mis en examen à Paris pour corruption.

Cette fois, les soupçons portent sur deux versements d’un total de 3,5 millions de dollars qui ont été réalisés en octobre et en novembre 2011 par la société Oryx Qatar Sports Investment, détenue à parts égales par le patron du PSG et de la chaîne beIN Sports, Nasser Al-Khelaïfi, et son frère Khalid, au profit d’une société de marketing sportif dirigée par Papa Massata Diack. S’agissait-il d’obtenir de l’IAAF l’organisation de Mondiaux d’athlétisme dans ce pays à la chaleur estivale écrasante ? En 2011, c’est Londres qui a été choisie, mais Doha a remporté le morceau trois ans plus tard. Nasser Al-Khelaïfi a été placé sous le statut de témoin assisté par le juge van Ruymbeke fin mars, à six mois des Mondiaux dans la capitale qatarie.