Les adieux d’Alex Harvey

Alex Harvey a fait ses derniers pas de skis dimanche, à Québec, bouclant la boucle d’une carrière épatante avec deux médailles d’argent en autant de jours.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Alex Harvey a fait ses derniers pas de skis dimanche, à Québec, bouclant la boucle d’une carrière épatante avec deux médailles d’argent en autant de jours.

Il ne fallait pas chercher les larmes sur le visage du skieur de fond québécois Alex Harvey lors de son ultime conférence de presse, dimanche. Le fondeur de 30 ans au parcours sportif impressionnant a fait preuve de calme et d’humilité, estimant que son legs principal est d’avoir « montré aux jeunes que c’est possible d’atteindre ce niveau-là, si tu te [consacres à ton sport] corps et âme à chaque jour ».

Quelques heures plus tôt, c’est sur les plaines d’Abraham, à quelques kilomètres à peine de son patelin natal de Saint-Ferréol-les-Neiges, qu’Alex Harvey faisait ses derniers pas de skis, bouclant la boucle d’une carrière épatante avec deux médailles d’argent en autant de jours.

Alors qu’Harvey s’était déjà hissé samedi sur la deuxième marche du podium lors de l’épreuve du 15 km style classique en départ de groupe, le skieur a obtenu le même résultat dimanche, devant une foule bruyante, lors de la poursuite de 15 km style libre.

Dans le ski de fond, « c’est pas toujours le plus fort qui gagne, a raconté Alex Harvey devant les caméras. C’est une des beautés du sport et c’est pour ça que moi, j’ai eu des podiums dans ma carrière. Je ne pense pas que j’ai jamais été le plus fort, mais des fois, je suis capable de gagner grâce à la stratégie, l’équipement, la technique, ou d’autres choses. »

Quand même, depuis son premier podium, en janvier 2009, lors de sa quatrième course chez les seniors, le fils du cycliste et fondeur Pierre Harvey a cumulé les palmarès, et ce, sur différentes distances.

En 2011, il remporte les Championnats du monde à Oslo avec son bon ami et skieur Devon Kershaw. Mais c’est l’année suivante qu’Harvey obtient sa première victoire individuelle, à Falun, en Suède.

Le skieur remportera cinq autres titres individuels au cours de sa carrière. Un de ses récents succès a eu lieu à Lahti, en février 2017, avec une victoire sur 50 km, un parcours sur lequel Harvey a devancé « cinq Norvégiens, quatre Russes, quatre Finlandais et tous les autres », avait illustré le sportif à Radio-Canada.

C’est juste fou pour moi de terminer comme ça, à Québec, avec finalement deux podiums pendant les finales de la Coupe du monde

Alex Harvey n’aura toutefois pas réussi à mettre la main sur une médaille olympique, arrivant au bas du podium à Vancouver lors du sprint par équipe. Il termina aussi quatrième récemment, à Pyeongchang, en 2018, lors du 50 km. Le fondeur canadien avait alors lancé à la télé que « se faire battre par deux Russes aux Jeux olympiques quand tu termines quatrième, ce n’est pas facile », évoquant les rumeurs de dopage qui planaient lourdement sur la Russie.

Remerciements

« C’est juste fou pour moi de terminer comme ça, à Québec, avec finalement deux podiums pendant les finales de la Coupe du monde », a affirmé Harvey, et ce, après une année qu’il a lui-même qualifiée de « rock and roll ».

« Je voudrais remercier la foule, parce que sans les milliers de personnes ici présentes pendant tout le week-end, je n’aurais probablement pas pu skier comme ça », a souligné Alex Harvey.

Un gentleman

En quelque dix ans de compétition, le skieur a réussi à se hisser parmi l’élite de ce sport au pays et à l’international. S’il n’a pas pu décrocher de médaille olympique, le sportif dit avoir « toujours réussi à répondre présent » lors des Tour de ski et des Mondiaux. Il a aussi tenu à souligner l’apport au sport de ses compatriotes canadiens : « On est plusieurs à avoir eu de belles carrières, en commençant par mon père, Becky [Scott], Sara [Renner], Chandra [Crawford], Devon [Kershaw] et moi. »

L’influence d’Alex Harvey sur le ski est d’ailleurs indéniable, selon le directeur général de Ski de fond Canada, Shane Pearsall. « Il a eu un gros impact au Québec, et aussi dans le reste du pays dans une moindre mesure, assure M. Pearsall. Dès que tu as un Canadien sur le podium, les gens le remarquent, les jeunes aussi, et ça soulève le sport. »

M. Pearsall, qui voit en Harvey un gentleman, raconte qu’après sa course ce dimanche, « [Alex] a signé des autographes longtemps. Même en train de manger, il prenait le temps de parler aux gens en signant des autographes ! C’est un grand homme en dehors de la piste, et sur la piste il est un des meilleurs au monde. »

Un mode de vie

La suite des choses se déroulera en partie sur les bancs d’école pour Alex Harvey, qui compte bien terminer son baccalauréat en droit. Il aimerait aussi fonder une famille avec sa conjointe, Sophie Ringuet.

Si le skieur ne se voit pas dans le rôle d’entraîneur — un travail qu’il estime davantage destiné à ceux « qui en ont bavé un peu plus que ceux qui se sont rendus au top » —, Harvey aimerait redonner à son sport, tant que cela n’implique pas trop de déplacements, un des aspects qui a usé le sportif durant les dernières années.

« J’aimerais ça être impliqué, surtout [pour] trouver des idées pour casser le moule du développement et avoir de nouvelles idées », a-t-il lancé en conférence de presse.

L’été dernier, d’ailleurs, Alex Harvey est allé rencontrer la « nouvelle génération d’athlètes », raconte Shane Pearsall, « pour faire part de sa vision, de trucs de course et d’entraînement. Il est un pur professionnel ».

 
4e
C’est la place à laquelle Alex Harvey s’est hissé au 50 km lors de sa participation à ses derniers Jeux olympiques, à Pyeongchang, en 2018.

Alex Harvey a d’ailleurs insisté devant les médias sur les sacrifices que demande le ski de fond, qualifiant son sport de « mode de vie ». N’ayant lui-même pas été, dans sa jeunesse, le meilleur de son sport — pas même au sein de sa propre famille, a-t-il avoué en riant —, Harvey a tenu à dire aux jeunes « que c’est possible, et que si tu fais les bonnes choses à tous les jours pendant quatre, cinq, six ans, tu as une chance de te rendre au plus haut niveau ».

Le monde réel

Conscient qu’il est depuis quelques années au « centre d’un petit monde » qui s’occupait de tout pour lui, Alex Harvey se tourne maintenant vers le retour à ce qu’il a appelé « le monde réel ».

Et s’il est convaincu que les nouveaux défis qui l’attendent devraient lui donner bien de la satisfaction, Harvey convient que « ça ne sera pas autant d’émotion et d’adrénaline [que] quand tu passes le fil d’arrivée, comme aujourd’hui, comme hier [samedi], que [quand] t’as tout laissé sur la piste, que t’es dans les trois meilleurs, que tu vas être récompensé sur le podium, et que t’as une foule qui crie avec toi depuis quatre heures. Ça va être difficile de revivre ça, il faut que je réajuste mes attentes ! »

D’autant qu’il n’existe pas de fartage parfait pour les montées et les descentes de la vie en dehors des pistes.

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