L’hyperandrogénie: la question qui dérange l’athlétisme

L’athlète sud-africaine Caster Semenya, à l’épreuve de 800m des Jeux du Commonwealth en avril 2018
Photo: Adrian Dennis Agence France-Presse L’athlète sud-africaine Caster Semenya, à l’épreuve de 800m des Jeux du Commonwealth en avril 2018

Que faire des athlètes hyperandrogènes ? L’épineuse question resurgit à partir de lundi avec l’audience du Tribunal arbitral du sport (TAS) qui examinera durant 5 jours le recours de la Sud-Africaine Caster Semenya contre le nouveau règlement imposé par l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (AIFA, mieux connue sous son sigle anglophone IAAF) aux athlètes féminines produisant naturellement beaucoup de testostérone.

L’hyperandrogénie est un excès d’hormones sexuelles mâles. Elle se caractérise notamment par une production naturelle plus élevée de testostérone, une hormone mâle qui est aussi utilisée comme un produit dopant.

Le sujet agite l'IAAF depuis l’émergence de Caster Semenya et ses premiers exploits aux Mondiaux de 2009. La Sud-Africaine, championne du monde du 800 m cette année-là à Berlin, avait alors été soumise à des tests de féminité et avait été interdite de compétition durant 11 mois avant d’être réintégrée.

En 2011, l'IAAF a fixé un seuil de testostérone de 10 nanomoles/litre de sang pour les athlètes concourant dans la catégorie femmes, mais le TAS, saisi par l’Indienne Dutee Chand, avait suspendu cette décision en 2015, donnant deux ans à l'IAAF pour présenter une étude scientifique prouvant la supériorité des athlètes hyperandrogènes.

En 2017, la revue médicale British Journal of Sports Medicine a publié une étude commandée par l'IAAF qui démontre que les femmes aux plus hauts taux de testostérone ont de meilleures performances dans certaines disciplines : le lancer de marteau (4,53 %), la perche (2,94 %), le 400 m haies (2,78 %), le 400 m (2,73 %) et le 800 m (1,78 %). Par contre, ces différences ne sont pas significatives sur 100 et 200 m.

En avril 2018, l'IAAF a donc imposé aux athlètes présentant des « différences de développement sexuel » (DSD) de faire baisser avec des médicaments leur taux de testostérone sous les 5 nanomoles/l de sang pour participer aux épreuves internationales du 400 m au mile (1,609 m).

La « discrimination » évoquée

Soutenue par le gouvernement sud-africain, Caster Semenya dénonce ces nouvelles règles, destinées selon elles à la « ralentir ».

« Je veux juste courir naturellement, comme je le fais depuis ma naissance, a déclaré la double championne olympique (2012, 2016) et triple championne du monde (2009, 2011, 2017) du 800 m. Ce n’est pas juste de me demander de changer, ce n’est pas juste que les gens se demandent qui je suis ».

Ses avocats parlent de « discrimination ». « Mlle Semenya est incontestablement une femme. Elle demande à être respectée et traitée comme n’importe quel autre athlète », ont-ils souligné jeudi.

Polarisation des points de vue

Le sujet divise au plus haut point le milieu sportif. Certains voient dans cet avantage, dont la réalité est contestée, une forme de dopage.

« Ce n’est pas du sport », avait ainsi lancé en 2016 l’ex-marathonienne Paula Radcliffe à qui l'IAAF avait fait appel pour défendre sa position devant le TAS un an plus tôt.

Jeudi, c’est Alain Calmat, président de la commission médicale du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), qui s’est publiquement interrogé sur le lien entre hyperandrogénie et dopage. « Nous sommes préoccupés par les nouvelles façons de se doper. L’intersexualité est-elle un dopage ou pas ? C’est en tout cas lié à l’éthique », a-t-il affirmé devant la commission de la Culture, de l’Éducation et de la Communication du Sénat en France.

Sans aller aussi loin que l’ancien champion du monde de patinage et ex-ministre des Sports, la Française Renelle Lamotte, double vice-championne d’Europe du 800 m, estime tout de même que la présence des athlètes hyperandrogènes pose un sérieux problème d’égalité. « Si Semenya est encore là avec tous les autres athlètes hyperandrogènes, je n’ai presque aucune chance de médaille mondiale dans ma carrière, ou peut-être une chance de 3e place, mais je peux dire au revoir à l’or tant qu’il y a Semenya. Dans le milieu les gens le savent », a-t-elle expliqué.

Pour d’autres athlètes en revanche, cette recherche de l’égalité dans le sport est un pur fantasme. « Je me sens mal vis-à-vis de Semenya, avait indiqué en mai 2018 la championne olympique et du monde du saut à la perche Ekaterini Stefanidi. Ils veulent créer de l’égalité, mais à quel endroit on met le curseur ? Je suis l’une des plus petites femmes sur la piste, est-ce que ça veut dire qu’on va couper les jambes des plus grandes parce qu’il y a une corrélation entre la taille et les performances à la perche ? »