Québec appelle les athlètes à dénoncer les comportements inappropriés

<p>Isabelle Charest, ministre déléguée à l’Éducation et ministre responsable de la Condition féminine</p>
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

Isabelle Charest, ministre déléguée à l’Éducation et ministre responsable de la Condition féminine

Le gouvernement du Québec a encouragé les athlètes à dénoncer tout « comportement inapproprié » dimanche, à la suite d’un reportage révélant que de nombreux entraîneurs du sport amateur au Canada avaient été condamnés pour délits sexuels contre des mineurs dans les 20 dernières années.

« En tant que ministre, ma priorité sera toujours que les athlètes puissent pratiquer leur sport dans un environnement sain et sécuritaire. […] Je tiens aussi à inciter les athlètes qui ont le sentiment que leur sécurité et leur intégrité sont compromises, à en parler, à chercher de l’aide et à dénoncer tout comportement inapproprié », a déclaré par voie de communiqué Isabelle Charest, ministre déléguée à l’Éducation et ministre responsable de la Condition féminine.

L’enquête menée par CBC/Radio-Canada a révélé que 340 entraîneurs de jeunes ont fait l’objet d’accusations de délits sexuels entre 1998 et 2018. Parmi eux, 222 ont été condamnés pour des abus contre plus de 600 jeunes de moins de 18 ans. Rien qu’au Québec, on dénombre 57 condamnations. La province arrive juste derrière l’Ontario, qui comptabilise le maximum de condamnation au pays, soit 86.

À l’heure actuelle, 34 autres dossiers sont encore en cours de procédures devant des tribunaux du pays, précise l’enquête.

Les accusations vont de « l’agression sexuelle à l’exploitation sexuelle en passant par le leurre d’enfants et la fabrication ou la possession de matériel pornographique juvénile. »

Pour arriver à dresser un tel portrait de la situation, les journalistes du diffuseur public ont épluché des milliers d’articles journalistiques et de dossiers judiciaires à travers les tribunaux du Canada.

Si le hockey compte le plus grand nombre d’entraîneurs accusés (86), les autres sports pratiqués au pays n’y échappent pas. Le soccer arrive en deuxième position, avec 40 entraîneurs accusés, suivi par le basketball (32 accusations), les arts martiaux (25) et la natation (23).

Liste publique

« On a vraiment de la difficulté [à définir] au niveau du sport, entre autres, le modus operandi [des prédateurs]. Des études, on n’en a pas vraiment. Donc, c’est difficile de comprendre qui est ce type de personnes et quelle est leur stratégie », a déclaré en entrevue avec CBC/Radio-Canada Sylvie Parent, professeure au Département d’éducation physique de l’Université Laval .

Selon elle, les organisations sportives peinent à gérer de tels dossiers. « Ça prend clairement une entité indépendante appuyée sur la recherche qui pourrait permettre d’avoir une politique, globale, unique pour tous les sports. »

Mme Parent, appuyée par d’autres intervenants, plaide en faveur d’un registre national, une liste indiquant quels sont les entraîneurs qui ont déjà été bannis du sport et pour quelle raison.

En faire plus

Du côté de Québec, la ministre Isabelle Charest a affirmé que le « Québec est un leader au Canada en ce qui a trait aux moyens mis en place pour assurer la sécurité [des sportifs] ».

Elle a rappelé l’existence de plusieurs mesures mises en place dans les dernières années pour lutter contre ce problème, comme la création d’organismes et de plateformes pour sensibiliser et encadrer « la pratique du sport et du loisir dans un environnement sain et sécuritaire ».

En juin 2018, l’Assemblée nationale a aussi adopté à l’unanimité une motion « demandant au gouvernement de modifier, d’ici 2020, les règles de reconnaissance des fédérations sportives afin d’exiger l’adoption d’un plan d’action en matière de prévention des agressions physiques, psychologiques, émotionnelles et sexuelles dans la pratique d’un sport au Québec. »

Mme Charest a toutefois reconnu que « beaucoup de travail reste à faire ».