Pourquoi les Québécois aiment-ils le Super Bowl?

À 41 ans, Tom Brady pourrait surpasser dimanche Peyton Manning à titre de quart-arrière le plus âgé de l’histoire de la NFL à remporter un Super Bowl.
Photo: Maddie Meyer Agence France-Presse À 41 ans, Tom Brady pourrait surpasser dimanche Peyton Manning à titre de quart-arrière le plus âgé de l’histoire de la NFL à remporter un Super Bowl.

Plus d’un million de Québécois seront devant leur écran dimanche soir pour assister au 53e Super Bowl, le plus américain des rendez-vous sportifs. Pour le football, bien sûr, mais surtout pour ne pas manquer un événement qui a de quoi plaire à tous, même à ceux qui ignorent qui est Tom Brady.

Pour Vincent Filteau, le Super Bowl, c’est en quelque sorte une histoire de famille. Et cette histoire, elle a débuté il y a 17 ans avec les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, l’équipe qui affrontera les Rams de Los Angeles dimanche soir.

« Pour moi, le football, c’est une passion qui remonte à l’enfance », explique ce Québécois de 27 ans. Il se rappelle comme si c’était hier du Super Bowl disputé le 3 février 2002 entre ces mêmes Patriots et ces mêmes Rams. Ce soir-là, son père a repoussé le couvre-feu pour lui permettre de regarder la grande finale de la NFL jusqu’à la fin. Il a ainsi pu assister au triomphe de la Nouvelle-Angleterre, l’équipe préférée de son père et de son grand-père, et du quart-arrière vedette Tom Brady. « Ça a été un moment assez fort », se souvient-il.

Aujourd’hui, Vincent est toujours un partisan inconditionnel des Patriots et il espère de tout coeur que Brady pourra remporter son sixième Super Bowl… à 41 ans.

« Ce qui vient me chercher avec le Super Bowl et la NFL, c’est bien sûr la nature du sport comme telle, dit-il. Mais le football, c’est aussi un sport qui a une résonance très américaine. C’est une façon de comprendre notre américanité au Québec. »

Intérêt marqué

Dimanche soir, Vincent fera donc partie de ceux qui encourageront les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, sans doute l’une des équipes de la NFL qui divise le plus les Québécois : plusieurs y sont attachés en raison de sa proximité géographique et de ses impressionnants succès, mais plusieurs autres en ont assez de cette formation qui sera du Super Bowl pour une quatrième fois en cinq ans et qui a fréquemment été accusée de tricherie par le passé.

La grande finale attirera aussi les partisans québécois des Rams, plus discrets, ou simplement les adeptes de la NFL : selon un sondage Angus Reid publié l’été dernier, 51 % des Québécois préfèrent la NFL, alors que 32 % ont plutôt un penchant pour la Ligue canadienne de football (LCF). Selon ce coup de sonde, le Québec est d’ailleurs la province canadienne la plus attirée par la ligue de football américaine.

L’intérêt des Québécois pour la NFL se reflète aussi dans les paris sportifs enregistrés sur le site Mise-o-jeu de Loto-Québec. Les Super Bowl 2015, 2016, 2017 et 2018 se sont tous taillé une place parmi les cinq événements les plus populaires de l’histoire du site de paris sportifs au chapitre des ventes. « Seul le combat de boxe entre Floyd Mayweather et Conor McGregor, en 2017, a devancé les Super Bowl en matière de ventes », explique le porte-parole de Loto-Québec Renaud Dugas.

Le football américain suscite l’enthousiasme des parieurs québécois même lorsqu’on le compare au hockey. Lors de la dernière présence des Canadiens de Montréal en séries éliminatoires en 2017, leurs matchs rapportaient en moyenne 80 000 $, comparativement à 100 000 $ pour un match éliminatoire de la NFL cette année.

Photo: Photo fournie Michel et Vincent Filteau à un match des Patriots au Gillette Stadium, à Foxborough, au sud de Boston

Selon Laurent Turcot, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire des loisirs et des divertissements de l’Université du Québec à Trois-Rivières, l’intérêt des Québécois pour la NFL s’est développé au rythme de la médiatisation de la ligue.

« Il faut attendre les années 1980 et 1990, lorsqu’il y a une démocratisation des réseaux américains au Québec, pour que les Québécois commencent réellement à s’intéresser au Super Bowl », explique-t-il.

En s’invitant dans les foyers québécois, l’événement a d’abord séduit les amateurs de football, mais l’apparition de spectacles de la mi-temps mettant en vedette des artistes populaires a rapidement élargi sa portée.

« C’est devenu un événement de divertissement complet, affirme Matthieu Proulx, un ancien joueur des Alouettes de Montréal qui analyse désormais le football au Réseau des sports (RDS). Il y en a pour ceux qui aiment la musique, avec le spectacle de la mi-temps, il y en a pour ceux qui aiment l’humour, avec les publicités, et il y en a bien sûr pour ceux qui aiment le football. »

« Ma belle-mère fait un party avec des voisines au chalet pour le Super Bowl, alors qu’elles ne regardent pas un match de l’année, dit-il en riant. C’est un happening. Les gens aiment les grands événements. »

Publicités américaines

Les Québécois n’ont d’ailleurs plus à attendre le lendemain du match pour trouver un condensé des meilleures publicités du Super Bowl, pour lesquelles chaque annonceur aura dépensé plus de 5 millions de dollars américains.

Depuis 2017, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) empêche les télédiffuseurs du pays de remplacer les publicités américaines par des annonces canadiennes.

Cela signifie que les Québécois qui écouteront le Super Bowl sur la chaîne américaine CBS pourront voir les publicités américaines pendant toute la durée du match. Au menu : Harrison Ford et Forest Whitaker qui testent des produits Amazon rejetés, les Backstreet Boys dans une annonce de Doritos et les incontournables chevaux Budweiser.

 

En comparaison, les paris à Mise-o-jeu s’élevaient en moyenne à 80 000 $ par match à la dernière présence du Canadien de Montréal en séries éliminatoires.

Et le match lui-même ? « Le thème de ce Super Bowl, c’est vraiment l’expérience contre la jeunesse », résume Matthieu Proulx. D’un côté, le quart Tom Brady et l’entraîneur Bill Belichick, deux habitués de la grande finale, et de l’autre, le jeune quart des Rams Jared Goff (24 ans) et le presque aussi jeune entraîneur Sean McVay (33 ans).

À son avis, c’est l’expérience qui l’emportera sur la jeunesse : « J’ai parié contre les Patriots la semaine dernière et je me suis dit : “C’est terminé, je ne vais plus jamais parier contre les Pats en matchs éliminatoires.” »

Vincent Filteau, lui, est plus prudent. « Je ne sais pas qui va gagner. Tout ce que je sais, c’est que ça va être un match serré. »

Le botté d’envoi est prévu à 18h30.

Le Super Bowl LIII en bref

Patriots de la Nouvelle-Angleterre (11e apparition, 5 titres)

Rams de Los Angeles (4e apparition, 1 titre)

Spectacle de la mi-temps

Maroon Five, Travis Scott et Big Boi

Nombre de caméras utilisées par CBS pendant le match : 115

Prix de revente moyen d’un billet du Super Bowl 3861 $US

Nombre projeté d’ailes de poulet consommées aux États-Unis pendant la fin de semaine  1,4 milliard
2 commentaires
  • Yolande Chagnon - Inscrite 2 février 2019 05 h 57

    MES INCONTOURNABLES

    Dans le monde du sport, j'ai trois incontournables: le Mondial de foot, l'Euro et le Super Bowl.

    Depuis le deflategate, je déteste les Patriots et cette année ne fait pas exception.

    Étant donné l'engouement des québécois pour la NFL, je me demande à quand une franchise de cette ligue à Montréal, probablement la ville où elle serait le mieux accueillie.

    Dans le reste du Canada, la NFL a beaucoup moins la cote; nationalisme canadien oblige, on préfère la CFL, ses trois essais et la possibilité qu'une coupe Grey se remporte par un score de 1-0 sur un botté de placement raté.

    Il faut dire que la NFL devrait modifier ses règlements pour les prolongations; cette année, dans les éliminatoires, on a vu deux parties se terminer en prolongation alors que l'équipe perdante n'a même pas eu possession du ballon une seule fois.

    Les prolongations devraient se jouer quart par quart au complet.

    Bon, je rêve un peu; Québec reverra ses Nordiques avant que Montréal ne touche à la NFL.

    Toronto ? Buffalo, tout juste de l'autre côté du Lac Ontario va poser ses conditions pour se protéder sans un petit marché.

    Et pourquoi pas Vancouver ?

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 2 février 2019 10 h 12

    Parce que...

    J'aime les Patriots...pour le NOM...pour la confiance que les joueurs démontrent en leurs capacités...ils peuvent rebondir à la dernière minute...ça prend de la force de caractère et de la discipline.
    J'aime bien le géant Rob Gronkowski...parfois pataud mais souvent ...efficace parce qu'il a des mains sûres et un physique imposant.
    Bien sûr que Tom Brady est mon favori...Il semble être bien respecté de ses joueurs.
    Dommage.... qu'il soit "peut-être" (rumeur) à son dernier Super Bowl...et pour lui et pour son équipe.
    Pourquoi je préfère le football professionnel américain?... il y a 4 essais...ça donne de l'espoir.
    Mais j'aime aussi le «football collégial»d'ici que je trouve moins ennuyant que le footbal professionnel "canadian"