Federer trébuche à l’Open d’Australie

«Roger est une légende de notre sport, c’est mon idole depuis que j’ai six ans», a dit Stéfanos Tsitsipás.
Photo: Jewel Samad Agence France-Presse «Roger est une légende de notre sport, c’est mon idole depuis que j’ai six ans», a dit Stéfanos Tsitsipás.

Passation de pouvoir à Melbourne : Roger Federer, double tenant du trophée, a été déchu dès les huitièmes de finale par le Grec Stéfanos Tsitsipás, incarnation de la jeunesse montante, dimanche.

Après 3 h 45 min de duel, Federer a été détrôné en quatre manches (6-7 (11/13), 7-6 (7/3), 7-5, 7-6 (7/5)), non sans s’être procuré quatre balles de deux manches à zéro. En Grand Chelem, c’est la troisième fois d’affilée que le Suisse de 37 ans dévisse précocement.

Et à mesure qu’elles se répètent, ces glissades incontrôlées posent inévitablement, de manière à chaque fois un peu plus pressante, la question de sa capacité à continuer à défier le temps qui passe — il fêtera ses 38 ans début août — et à pouvoir prétendre aux trophées les plus prestigieux.

À Wimbledon en juillet dernier, en quarts de finale face au Sud-Africain Kevin Anderson, alors no 8 mondial, il s’était procuré une balle de match dans la troisième manche avant de s’incliner en cinq.

À l’US Open début septembre, il s’était liquéfié dès les huitièmes de finale en quatre manches contre un adversaire nettement moins gradé, l’Australien John Millman, 55e mondial à l’époque. Il avait alors failli à convertir des balles de manche dans les deuxième et troisième manches.

Au-delà de la défaite, c’est la manière qui interpelle : c’est précisément là où Federer avait habitué à tordre le cou à ses adversaires, à savoir sur les points importants et en coup droit, qu’il pèche dernièrement dans les grandes occasions.

Oui à Roland-Garros

Il faut croire qu’il n’est pourtant pas encore rassasié : son élimination à peine actée, Federer annonçait qu’il jouerait à Roland-Garros cette année (26 mai-9 juin). Une première depuis quatre ans (il était blessé en 2016). Par « envie » et « plaisir », et parce qu’il ne ressent pas le besoin d’une « méga pause », à l’inverse des deux saisons précédentes. À moins qu’il faille y voir les prémices d’une tournée d’adieux…

Face à Tsitsipás, le Suisse aux vingt couronnes record en Grand Chelem s’est d’abord montré le plus solide dans les moments décisifs quand il a remporté la première manche au jeu décisif, à sa quatrième occasion, après avoir écarté trois balles de manche en faveur du jeune Grec.

Il a ensuite payé très cher sa litanie d’occasions manquées : douze balles de break sur douze, et, surtout, quatre occasions de s’échapper deux manches à zéro (à 5-4). Lui ont aussi coûté ses trop nombreuses fautes en coup droit.

Tsitsipás, lui, a patienté plus de deux heures et demie — 2 h 39 exactement — pour obtenir ses premières occasions de s’emparer du service adverse. Mais il a su en concrétiser une sans tarder.

À 20 ans, voilà le jeune Grec en quarts de finale en Grand Chelem pour la première fois de sa carrière, lui qui n’y avait encore jamais dépassé le troisième tour avant la quinzaine australienne.

« Je suis l’homme le plus heureux de la Terre à cet instant, a-t-il lancé à même le court, les yeux brillants d’émotion. Roger est une légende de notre sport, c’est mon idole depuis que j’ai six ans, jouer contre lui sur la Rod Laver Arena, c’était déjà un rêve qui devenait réalité, alors gagner à la fin, c’est indescriptible… »

Fini pour Kerber et Sharapova

Plus tôt, Rafael Nadal a lui économisé son énergie en ralliant les quarts de finale sans perdre une manche. Précieux pour lui qui était arrivé à Melbourne sans avoir joué en compétition depuis quatre mois et son abandon en demi-finale de l’US Open, la faute à une panoplie de soucis physiques (genou, abdos, cheville puis cuisse).

Sa dernière victime ? Le Tchèque Tomas Berdych, ex-no 4 mondial aujourd’hui 57e (6-0, 6-1, 7-6 (7/4), passé néanmoins à un point de lui chiper la troisième manche.

Sa prochaine ? Le jeune Américain Frances Tiafoe (39e), quart-de-finaliste en Grand Chelem pour la toute première fois, une qualification obtenue le jour même de ses 21 ans, aux dépens du Bulgare Grigor Dimitrov (21e) 7-5, 7-6 (8/6), 6-7 (1/7), 7-5.

« Il y a dix ans, j’avais dit à mes parents que je deviendrais joueur professionnel, que j’allais changer leur vie et la mienne, et me voilà en quarts de finale en Grand Chelem. Je n’arrive pas à y croire… », a-t-il soufflé la voix tremblante d’émotion.

Comme Federer, la no 2 mondiale Angelique Kerber et Maria Sharapova, ex-no 1 mondiale aujourd’hui 30e, ont dit au revoir à Melbourne en huitièmes de finale. La première balayée par l’ouragan Danielle Collins (35e) en 56 minutes (6-0, 6-2). La seconde manoeuvrée intelligemment (4-6, 6-1, 6-4) par l’Australienne Ashleigh Barty (15e). À 22 ans, Barty est la première Australienne quart-de-finaliste à Melbourne depuis dix ans.

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