Patinage de vitesse: une championne accuse son entraîneur d’agressions sexuelles

La Coréenne Shim Suk-hee devant la Québécoise Marianne St-Gelais dans une épreuve de Coupe du monde à Shanghai en novembre 2017
Photo: Chandan Khanna Agence France-Presse La Coréenne Shim Suk-hee devant la Québécoise Marianne St-Gelais dans une épreuve de Coupe du monde à Shanghai en novembre 2017

Shim Suk-hee, double médaillée d’or aux Jeux olympiques, accuse son ancien entraîneur, déjà condamné pour l’avoir battue pendant des années, d’agressions sexuelles, a annoncé son avocat mercredi.

La patineuse sur courte piste a porté plainte auprès de la police contre Cho Jae-beom le mois dernier, le même jour où elle témoignait à son procès en appel contre sa condamnation à 10 mois de prison pour avoir régulièrement frappé la sportive.

À 21 ans, l’athlète a quatre médailles olympiques à son compteur, dont l’or en relais aux JO de Sotchi de 2014 et à domicile à Pyeongchang, en février.

Elle a raconté à la police que l’entraîneur l’avait agressée sexuellement depuis ses 17 ans jusqu’en janvier 2018, soit un mois avant les JO, a dit à l’AFP son avocat Im Sang-hyeok. « Il s’agit de crimes graves que notre société ne doit pas ignorer. »

Certains faits ont eu lieu dans des centres d’entraînement du gouvernement, ce qui témoigne des failles du système public de gestion des sportifs, a-t-il ajouté.

La Corée du Sud est une puissance sportive régionale, l’un des deux seuls pays d’Asie avec le Japon à avoir accueilli à la fois les Jeux olympiques d’hiver et d’été.

Dans une société déjà ultraconcurrentielle, gagner dans l’arène sportive compte plus que tout. Les entraîneurs ont un énorme pouvoir sur la carrière des jeunes athlètes. Les sévices physiques et verbaux sont fréquents, et ceux qui les dénoncent sont souvent condamnés en tant que « traîtres ».

La patineuse avait passé les agressions sexuelles sous silence « de peur d’être stigmatisée en tant que femme, de l’impact sur sa famille et des représailles éventuelles de Cho », a ajouté son conseil. Elle a finalement « rassemblé tout son courage » pour parler dans l’espoir d’éviter à d’autres sportives de subir le même sort.

L’entraîneur a reconnu avoir passé des athlètes à tabac pour « améliorer leurs performances », mais dément les accusations d’agressions sexuelles, selon la chaîne sud-coréenne SbS.

Mme Shim n’a pas mentionné sa plainte au procès à la demande de la police, a encore expliqué l’avocat. À l’audience en décembre, elle avait raconté que les violences augmentaient à mesure qu’elle grandissait. « À partir de sept ans, il me battait souvent, et m’agressait verbalement. À un moment, il m’a frappée avec un bâton de hockey, me brisant les doigts », avait-elle dit.

La cour d’appel doit rendre son arrêt dans cette affaire le 14 janvier.